LES ÉOLIENNES

S O M M A I R E

  1. Historique et inventaire
    Jean François COLLIGNON
    Appendice : Principaux textes législatifs et réglementaires
  2. Les Energies et les ressources renouvelables
    Michel HUG
  3. Les Eoliennes – Avantages
    André ANTOLINI
  4. Les Eoliennes – Inconvénients
    Alain BRUGUIER
  5. Eoliennes et Paysage
    Claude PARENT
  6. Les Eoliennes, belles comme Crésus
    Marcel BOITEUX
  7. L’Energie du vent
    Yann ARTHUS-BERTRAND
  8. Les Eoliennes et la santé publique
    Pr. Claude-Henri CHOUARD
  9. Les Eoliennes et le patrimoine
    Christian PATTYN
    Appendice : Liste des associations signataires
  10. Les Eoliennes et les Finances Publiques
    Henri PRÉVOT
  11. Frénésie éolienne, le chant des sirènes
    Didier WIRTH
  12. Conclusion de l’Académie des Beaux-Arts
  13. En guise d'appendice... quelques suggestions pour demain, inspirées par hier
    Claude PARENT

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10 – Les Eolienneset les finances publiques
par
Henri PRÉVOT
Directeur des énergies nouvelles
Section des énergies renouvelables
(Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie)

Les éoliennes dans la politique nationale de l’énergie

La politique française de l’énergie s’inscrit dans un contexte européen tout en présentant des traits spécifiques. La part confiée à la production nucléaire est en France très supérieure à la moyenne européenne, alors que certains pays ont pris le parti de renoncer complètement à ce mode de production. En sens inverse, plusieurs pays, notamment ceux du Nord, ont obtenu que l’Union européenne fixe à chaque pays un objectif de production d’électricité à partir d’énergie renouvelable, à savoir l’hydraulique, le photovoltaïque, la biomasse ou l’éolien. Le chiffre fixé pour la France, avec son accord, est de 21% ; il a été inscrit dans la loi et toutes les décisions relatives à la production d’électricité s’y réfèrent.

Comme les possibilités de production d’électricité hydraulique, avec 15% de la production d’électricité, sont pratiquement saturées, que l’électricité photovoltaïque coûte vraiment trop cher et que l’on s’accorde en général pour considérer que la biomasse est plus efficacement utilisée comme source de chaleur que pour produire de l’électricité avec un faible rendement, pour augmenter la part de production d’origine renouvelable il fallait créer d’importantes capacités de production éolienne, sur terre ou en mer. La loi avait donné à l’Etat les moyens d’y parvenir : obliger EDF à acheter cette électricité à un prix qui soit suffisamment rémunérateur.

Il ne pourra certes pas être reproché à l’Etat ni à son administration de ne pas avoir pris les mesures propres à développer le parc des éoliennes. La Commission de régulation de l’énergie, qui a parmi ses responsabilités de donner un avis sur les prix de reprise de l’électricité fixés par le gouvernement, a calculé que le prix fixé pour les éoliennes assure aux producteurs une rentabilité sur investissement tellement confortable qu’elle a donné un avis négatif puisque les producteurs sont sûrs de pouvoir vendre leur électricité quel que soit le niveau de la demande et même s’il faut pour cela ralentir le fonctionnement des centrales nucléaires. Il n’est donc pas étonnant que les projets se soient multipliés au point de susciter des réactions parfois assez vives des personnes vivant au voisinage, qui se voient imposer une modification du paysage et parfois d’autres gênes.

Ce prix fixé ainsi en dehors de règles du marché est supporté par l’ensemble des consommateurs d’électricité. Il s’explique par la volonté de créer un nouveau marché, de diversifier les sources de production d’électricité et de diminuer les émissions de gaz à effet de serre. En effet, tant que la capacité de production nucléaire est figée à son niveau actuel, les éoliennes remplaceront des centrales au gaz ou au fioul lorsque la production nucléaire ne suffit pas à répondre à la demande. Encore faut-il qu’alors, le vent souffle suffisamment. Les éoliennes contribuent ainsi à diminuer nos émissions de gaz carbonique pendant un sixième du temps environ. Mais s’il est décidé de construire de nouvelles centrales nucléaires, les éoliennes, dont la production est fluctuante et peu prévisible, ne présenteront plus de ce point de vue aucun intérêt ; au contraire, il sera nécessaire de garder en fonctionnement des centrales au charbon ou au fioul pour compenser instantanément les variations de la production éolienne.

Les entreprises de ce secteur industriel disposent donc de quelques années pour relever ce défi de la compétitivité par rapport à l’énergie nucléaire, c’est à dire diviser leurs prix de revient par deux. Alors il appartiendra aux citoyens et à leurs représentants de décider de l’importance qu’ils entendent donner à ce mode de production qui, de toute façon, comme semble le montrer l’expérience allemande, ne dépassera sans doute pas quelques pourcents de la production d’électricité.

Mais, quel que soit leur avenir, les éoliennes construites en ce début du XXIème siècle resteront longtemps dans le paysage et marqueront une étape sur la voie un peu tâtonnante empruntée par notre pays pour s’affranchir encore davantage de l’emprise des énergies fossiles en s’inspirant, avec modestie, de l’exemple de ses voisins et en acceptant une discipline européenne beaucoup moins justifiée chez nous que dans d’autre pays qui, pour l’heure, ont fait un choix énergétique différent.