LES ÉOLIENNES S O M M A I R E
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2 – Les Energies et les
ressources renouvelables Energies et ressources renouvelables Loyola de Palacio, Vice-Président de la Commission européenne (1999-2004), a proposé un livre vert de l’énergie en 2001. Malgré l’action éclairée et déterminée qu’elle a menée, l’Europe est toujours bien loin d’une politique commune de l’énergie. Cette dernière exige volonté et consensus. Politique, volonté et consensus nécessitent un minimum de langage commun. Le « signal du marché » pour les produits courants constitue une boussole satisfaisante. Pour l'énergie c'est plutôt une cacophonie. La recherche d’un langage commun en matière d’énergie est-elle une utopie? Parmi les caractéristiques spécifiques des études relatives à l’énergie se trouve celle, majeure, des délais nécessaires à la réalisation des investissements, ces délais pouvant se chiffrer en dizaines d’années. De ce fait, la grande difficulté, spécifique aux démocraties dans le domaine de l’énergie, réside en ce que les enjeux se situent à plusieurs décennies de distance. La représentation démocratique a un champ de vision limité par la perspective électorale. C’est donc là qu’intervient l’opinion publique. Le citoyen est sensible au long terme, sa vie familiale lui apprend la hiérarchie des délais, il sait que la réalité n’est pas forcément rationnelle. Malheureusement, les lois de la thermodynamique constituent une espèce de physiologie rébarbative des transformations de l’énergie. Non seulement les unités utilisées échappent au sens commun mais les ordres de grandeur eux-mêmes sont ignorés. Le plus drôle, c’est que l’approche jacobine, qui a tendance à censurer le réel en tant que non rationnel, postule que les esprits éclairés échappent à ces travers alors que Jung (« un mythe moderne » 1958) nous apprend que ce sont eux qui les propagent. C’est le paradoxe de la peur qui veut que toute explication soit vouée à l’échec. La répétition du symbole porteur de peur ne fait que renforcer celle-ci. Seul le besoin, le nôtre, et/ou celui de tous les déshérités du monde, peut permettre de faire contrepoids à la diffusion de la peur. Les décisions passées, ou leur absence, pèsent d’autant plus lourdement. En Italie, un référendum a banni le nucléaire, l’Allemagne a organisé son « retrait ». La Grande-Bretagne voit se terminer les beaux jours du gaz de la mer du Nord. La dépendance énergétique de l’Europe peut atteindre 70 % en 2030 si l’on ne fait rien. Si on ajoute à ce tableau les revendications de souveraineté, on peut ne plus voir qu’une juxtaposition d’actions incohérentes pour chaque ressource. L’image devient celle d’un groupe de touristes qui, surpris par une crue brutale, ne sachant pas dans quelle direction nager et se débattant de façon désordonnée, finissent par se noyer. Que ce soit au niveau collectif ou au niveau élémentaire, dépasser un seuil de 30 % de dépendance conduit à armer soi-même le mécanisme de « l’aventure ». C’est l’accès à l’énergie qui constitue aujourd’hui la principale source de tensions internationales, même si celles-ci se dissimulent souvent derrière des querelles ethniques ou idéologiques. A considérer sur une carte le nombre et les tracés des gazoducs et des oléoducs qui assurent l’approvisionnement des pays européens, on peut y voir, si on est très optimiste, la garantie d’approvisionnement pour les décennies qui viennent. C’est d’ailleurs dans ce but qu’ils ont été réalisés. Si on est simplement réaliste, on peut aussi penser à Gulliver enchaîné. Il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste de l’énergie pour pouvoir imaginer la diversité des « aventures » potentielles dont l’actualité nous a déjà donné quelques exemples.
La crise de 1973 n’était pas une crise de rareté, c’était une crise politique, elle était cependant annoncée dès avril 73 par des prix spot aberrants par rapport aux spéculations très raisonnables des rapports économiques directeurs de l’époque. La seule façon de limiter les crises futures de raréfaction des hydrocarbures et les importantes fluctuations des prix spot qui les accompagnent est donc d’introduire nucléaire et charbon élaboré, associés à l’électricité et aux autres médiateurs flexibles, dans le mix énergétique des grands blocs. Même en Europe où le charbon d’accès facile a disparu, il peut être intéressant de maintenir, comme au Japon par exemple, un approvisionnement à partir du charbon d’importation dans le voisinage des zones portuaires. En termes de décision stratégique, aucune des énergies alternatives (solaire, éolien, géothermie, marées ou vagues, biomasse elle-même), ne peut peser suffisamment devant un dosage qui s’exercera entre deux couples: pétrole/gaz, uranium (et thorium)/charbon, dont la géopolitique est radicalement différente.
« Je suis un fanatique des énergies renouvelables, mais elles ne seront jamais à la hauteur de nos besoins. Surtout au moment où des continents entiers, comme la Chine et l’Inde, rentrent dans l’ère du développement. Tant qu’on ne m’aura pas prouvé que l’homme moderne est prêt à revenir à la lampe à pétrole et à la bicyclette, je continuerai à défendre l’énergie nucléaire ». C’est la déclaration de Georges Charpak, Prix Nobel de physique, au Nouvel Observateur du 3 novembre 2005. Face à la difficulté de gestion des contraintes géopolitiques, la connotation poétique associée au mot de « renouveau » les fait apparaître comme un espace de liberté, véritable miroir aux alouettes pour amateurs d’une nature qui ressemble davantage au jardin de nos grands-parents qu’à la monstrueuse complexité des modèles qui tentent de prévoir le comportement de la planète. Dites « douces », peut-être de façon impropre, elles se caractérisent par leur faible densité et la difficulté d’asservir leur production aux fluctuations de la demande. La conséquence immédiate, c’est que leur collecte mobilise des surfaces importantes et beaucoup de matériaux coûteux. En termes de développement durable, une question se pose. Ces énergies ne mobilisent-elles pas davantage de moyens que ce qu’on peut espérer leur voir produire pendant toute leur durée de vie ? Aucune n’échappe à ce questionnement. Certaines localisations peuvent être meilleures que d’autres selon les cas particuliers en dehors desquels elles constituent un véritable gâchis de ressources. Dans la partie argentine de la Cordillère des Andes, le 21 janvier 2003, le pilote allemand Klaus Ohlmann a établi un record mondial de vol dynamique en circuit fermé, parcourant en planeur 3009 kilomètres, à une moyenne supérieure à 200 km/h. C’est précisément le « domaine de vol » de nos éoliennes ! Les atlas, mêmes les plus simples, contiennent les cartes des vents alizés et des vents permanents. C’est là où le vent souffle sans arrêt et qu’il n’y a pas de réseau électrique, qu’il faut localiser les investissements éoliens de la planète. Une mention particulière doit être réservée à l’hydraulique. En effet, dans ce cas, la collecte, la concentration et le stockage s’effectuent naturellement par les bassins versants des cours d’eau. Toutefois, en zones peuplées, la résistance de l’opinion publique peut être très vive, plus importante même que dans le cas du nucléaire. Inversement, en zone à développer, c’est la consommation qui est à créer. Une autre mention particulière consiste à évoquer des stations satellites solaires qui transmettraient l’énergie par transmission micro-ondes. Utopie pour utopie, celle-ci semble être vraiment la seule qui soit compatible avec un développement durable.
En fait, nous ne consommons pas l’énergie, nous assistons
seulement au désolant spectacle de sa dissipation. La dissipation
de l’énergie reste le résultat ultime de l’activité
humaine. Seuls de profonds changements de mode de vie peuvent réduire
le rythme de cette dissipation. L’usager, le consommateur, le citoyen,
sont les arbitres ultimes et incontournables du mode de vie. On leur doit
de placer en temps utile les enjeux à leur portée. L’esclavage est aboli par François Arago, ministre de la marine et de la guerre, en 1848. Mais aujourd’hui la moitié de la population du globe subit un profond déficit énergétique provoquant, s’il est associé à un déficit chronique en eau, la misère agricole et sanitaire. L’histoire de l’Europe est en train de s’écrire. Dans le domaine de l’énergie comme dans les autres, elle aura une morale. La manifestation de colère don quichottesque des victimes actuelles et à venir des moulins à vent contre leurs promoteurs permet d’apprécier la schizophrénie collective qui régente des données incohérentes et inconséquentes. Ce jeu de massacre coûteux ne sert que les intérêts des détenteurs de rentes de situation. Il est grand temps de préparer une politique européenne de l’énergie. Une politique est la conjugaison d’une vision et d’une volonté. La vision est celle d’un humanisme planétaire digne du passé culturel de l’Europe. La manifestation de la volonté consiste à faire nos propres choix, avant que les circonstances ne nous obligent à subir ceux d’autrui. |