LES ÉOLIENNES

S O M M A I R E

  1. Historique et inventaire
    Jean François COLLIGNON
    Appendice : Principaux textes législatifs et réglementaires
  2. Les Energies et les ressources renouvelables
    Michel HUG
  3. Les Eoliennes – Avantages
    André ANTOLINI
  4. Les Eoliennes – Inconvénients
    Alain BRUGUIER
  5. Eoliennes et Paysage
    Claude PARENT
  6. Les Eoliennes, belles comme Crésus
    Marcel BOITEUX
  7. L’Energie du vent
    Yann ARTHUS-BERTRAND
  8. Les Eoliennes et la santé publique
    Pr. Claude-Henri CHOUARD
  9. Les Eoliennes et le patrimoine
    Christian PATTYN
    Appendice : Liste des associations signataires
  10. Les Eoliennes et les Finances Publiques
    Henri PRÉVOT
  11. Frénésie éolienne, le chant des sirènes
    Didier WIRTH
  12. Conclusion de l’Académie des Beaux-Arts
  13. En guise d'appendice... quelques suggestions pour demain, inspirées par hier
    Claude PARENT

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4. Les Eoliennes - Inconvénients
par
Alain BRUGUIER
Président de la Fédération nationale Vent de Colère

Éolien industriel

Vent de colère !, fédération nationale regroupant 312 associations affiliées (22000 adhérents) a recueilli d’un bout à l’autre de notre pays d’innombrables témoignages et une expérience de terrain (discussions, rencontres, réunions) qui lui font redouter l’aggravation d’un désordre social, conséquence d’un mécontentement grandissant et d’une désespérance de nombreux ruraux, en particulier face à leurs élus. Ces appréhensions supplémentaires particulièrement anxiogènes provoquent une légitime amertume, menacent l’harmonie rurale de la France profonde et les équilibres républicains.
Créée en Languedoc-Roussillon en novembre 2001, Vent de colère ! apporte une action quotidienne d’information et de soutien aux habitants des petites communes rurales, mal armés pour résister aux pressions de toutes sortes des promoteurs éoliens et à l’engouement irraisonné de certains élus.
La Fédération a mis en échec de nombreux projets qui auraient affecté des sites emblématiques du patrimoine français. Parmi les projets particulièrement choquants : le Palais des Papes à Avignon et la Cité de Carcassonne, tous deux classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO, les Abbayes de Fontfroide et de Villelongue dans l’Aude, le château de Thoiry en région parisienne, le Site historique d’Azincourt dans le Nord etc.


Impact paysager :

Une éolienne industrielle, c’est une machine de 150 mètres de haut, pesant 300 tonnes, auxquelles s’ajoute un socle de plus de 1000 tonnes de béton. Plus de 1000 de ces machines sont déjà implantées en France (ou en passe de l’être), principalement en Languedoc-Roussillon, mais aussi en Bretagne, Normandie, Nord-Pas de Calais, Corse (Cap Corse), Lorraine, Rhône-Alpes, Poitou-Charentes, Centre, Pays de Loire, Picardie, Bourgogne, Midi-Pyrénées, Auvergne, Champagne-Ardenne etc.
Bien que déjà catastrophique, la situation actuelle ne donne qu’un faible avant-goût de ce qui nous menace. Le Ministère de l’Industrie offre aux promoteurs privés la perspective de l’installation de plus de 3000 éoliennes dès 2007.
Un bilan récent faisait état de ce que notre pays est redevenu en 2005 la première destination touristique au monde, principalement du fait de son incomparable richesse patrimoniale : monuments, architecture, sites historiques, paysages remarquables. Pense-t-on pouvoir préserver cet avantage en multipliant les atteintes graves et durables portées aux paysages et à l’environnement de nos belles régions ?
Les riverains voient leur qualité de vie altérée par les nuisances, pas seulement à cause de l’énormité des machines, mais aussi parce qu’elles sont bruyantes (bruits puissants et irréguliers et infrasons nocifs), parce qu’elles sont éclairées jour et nuit et que leurs mouvements lancinants attirent l’œil et les rend impossibles à ignorer.

L’impact paysager, contrairement aux affirmations des promoteurs, est une notion objective et quantifiable. Sa « quantifiabilité » s’appuie d’une part sur « la surface de covisibilité », d’autre part sur « l’impact visuel qui est l’intégrale de la surface apparente de l’éolienne sur la surface de covisibilité ». Ainsi en moyenne, l’impact visuel double lorsque la hauteur de l’éolienne augmente de 10 mètres. L’impact visuel d’une éolienne de 150 m est 300 fois supérieur à celui d’une éolienne de 50 m (cf Rapport du Conseil Général des Ponts et Chaussées, Daniel Burette, 15 décembre 2004).
Une éolienne ne s’intègre pas dans le paysage, elle le crée. Cette grave mutilation des paysages fait l’objet d’une scandaleuse désinformation de la part du lobby éolien.


Impact écologique :

Ce n’est pas parce qu’en France un maximum d’éoliennes seraient installées que nous consommerions plus d’électricité d’origine renouvelable. EDF peut revendre les Certificats Verts obtenus par les exploitants à d’autres pays qui « paient » mieux l’électricité « verte ». Les exploitants peuvent aussi, directement, exporter leurs Certificats Verts ou droits à polluer.

L’enjeu majeur pour l’éolien industriel est d’élaborer des prévisions fiables sur des échelles de temps suffisantes. C’est en effet la veille pour le lendemain que se prennent l’essentiel des décisions dans la gestion d’un système électrique : démarrage des groupes de production pour couvrir la demande du lendemain, vérification du respect des règles de sécurité du réseau, constitution des réserves pour faire face aux incertitudes de la prévision de consommation et aux aléas. La qualité de la prévision de production éolienne a donc un impact direct sur le dimensionnement de ces réserves, principalement constituées par des centrales thermiques fonctionnant à puissance réduite, et donc sur l’intérêt écologique et économique de cette ressource.

Aucun moyen de production n’étant aussi variable et aussi imprédictible que l’éolien industriel, son développement dans ces conditions (à partir d’une puissance installée significative) va conduire à une très nette augmentation des groupes de production thermique à flamme (THF), que l’on devra maintenir en réserve pour faire face à des variations de production ou de consommation.
En France, cela signifiera dans les faits une probable augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES).
Notre parc électrique étant très peu « carboné », contrairement à ceux de pays comme le Danemark, l’Allemagne ou l’Espagne, l’éolien industriel n’aura, en France, aucun impact (à la baisse) sur les émissions de GES, car :
- au sein d’un réseau national fermé, Moyenne Tension (MT), il s’ajoutera à la production de base (hydraulique, nucléaire),
- au sein d’un réseau européen interconnecté, Haute et Très Haute Tension (HT, THT), il sera alors exporté en supplément, contribuant à désenfumer la Ruhr ou la Navarre, certainement pas la France.

Éolien industriel et intérêt général :

La France est déjà, et de loin, le pays d’Europe dont la production d’électricité provoque le moins de rejet de GES. Le décret Pierret/Cochet du 8 juin 2001 engendre une rémunération excessive (entre trois et dix fois le prix du marché), des livraisons d’électricité d’origine éolienne par EDF, de l’ordre de 83,8 € le MWh. Cette situation artificielle sans réelle justification économique est lourde d’effets pervers.
La France produit 95% de son électricité sans émettre de GES, les 5% restants, d’origine thermique, permettent d’ajuster en permanence la production aux variations de consommation, observées aux heures de pointe ou en période de grand froid. Pour ces 5% là, l’éolien industriel ne peut absolument rien ! Dès lors, est-ce vraiment un « mal nécessaire » ?

La taxe professionnelle attendue par les municipalités ne crée aucune richesse puisqu’elle n’apporte aucune valeur ajoutée. La commune qui percevra une TP plafonnée par l’administration fiscale risque de perdre une partie de sa dotation globale de fonctionnement (DGF) et d’équipement (DGE), ainsi qu’une partie des fonds nationaux et départementaux de péréquation.
Ces perspectives illusoires de recettes sont dérisoires par rapport aux pertes pour le tourisme vert et historique, le secteur résidentiel, l’image des produits du terroir et les valeurs foncières et immobilières.
Les quelques propriétaires privés qui percevront des redevances de location de leurs biens au détriment de la qualité de vie de l’ensemble de la population, vont faire naître des sentiments de suspicion et de jalousie à leur endroit.
La dépréciation patrimoniale est garantie : les Notaires de France et certaines agences immobilières reconnaissent que la proximité d’éoliennes réduit considérablement la valeur des maisons et des propriétés.
Aucune création d’emploi permanent n’est à attendre sur la commune, bien au contraire, les structures de tourisme rural : gîtes, chambres d’hôtes, camping de plein air, verront leur activité décliner.


La France est liée par des engagements internationaux :

Selon le Protocole de Kyoto, l’Union Européenne doit réduire entre 2008 et 2012 ses émissions de GES de 8% par rapport à 1990. Les situations nationales étant très différentes, cette mutualisation leur donne des marges de manœuvre importantes.
En France, le secteur de l’énergie électrique ne figure qu’au sixième rang en termes de dégagement de GES et le volume de ces émissions s’inscrit en très net recul. Les secteurs responsables de la croissance des émissions de GES, sont les transports routiers, le résidentiel tertiaire, l’industrie, l’agriculture, le bâtiment.

Alors que les thuriféraires de cette filière (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie, les Verts, certains médias) font constamment référence, à propos de la directive européenne, à un objectif qui serait pour la France de produire 21% de son électricité à partir d’énergies renouvelables à l’horizon 2010, il s’agit en réalité d’un objectif indicatif national de consommation d’électricité, produite à partir de sources d’énergie renouvelable.

Dans l’hypothèse où il n’y a pas substitution partielle de l’éolien au nucléaire, mais addition, il faut souligner que, comme notre pays est déjà exportateur brut d’énergie en Europe, l’électricité d’origine éolienne que certains souhaitent produire en France serait exportée vers nos voisins qui la paierait un prix inférieur à celui auquel EDF l’aurait réglée aux promoteurs des sites de production. Veut-on ainsi subventionner nos voisins ou leur éviter de construire de telles machines ?
Exporter notre surplus d’électricité éolienne reviendra à aider nos voisins à respecter leurs propres engagements. Une telle fraternité transfrontalière, financée par les consommateurs français, mériterait d’être célébrée sur les autels bruxellois !

La gratuité du « carburant » n’en fait pas pour autant une filière bon marché. Outre la Contribution au Service Public de l’Electricité (CSPE), dont on se dédouane sur le dos des consommateurs, principalement domestiques, le réseau supportera des charges non prises en compte, comme par exemple la reconstitution de réserves tertiaires : pour 1 000 kW d’éolien, il faut 800 kW de puissance d’équilibrage ou capacité palliative.

Conclusions :

Le législateur recherche des solutions alternatives ; en particulier, et puisque la campagne ne veut pas se voir défigurée par des forêts d’éoliennes, afin de réduire la prolifération des projets et des problèmes, la loi du 13 juillet 2005 prévoit de regrouper les éoliennes dans des Zones de Développement de l’Eolien (ZDE) de plusieurs dizaines de machines !
S’il est indispensable de se soucier des paysages, ce n’est pas seulement cette raison qui doit nous conduire à refuser l’éolien industriel où que ce soit et quelle que soit l’échelle des parcs envisagés : la concentration des nuisances induite par le regroupement des éoliennes n’en réduit pas l’intensité, bien au contraire ! Mais surtout, la dispersion ou le regroupement des éoliennes ne changent absolument rien à leur inutilité énergétique ni à leur coût intolérable pour l’Etat, le consommateur d’électricité et le contribuable.

En France, l’abrogation du décret Pierret / Cochet est une mesure de salubrité publique à obtenir de toute urgence.