LES ÉOLIENNES
S O M M A I R E
- Historique et inventaire
Jean François COLLIGNON
Appendice : Principaux textes législatifs et réglementaires
- Les Energies et les ressources renouvelables
Michel
HUG
- Les Eoliennes – Avantages
André ANTOLINI
- Les Eoliennes – Inconvénients
Alain BRUGUIER
- Eoliennes et Paysage
Claude PARENT
- Les Eoliennes, belles comme Crésus
Marcel BOITEUX
- L’Energie du vent
Yann ARTHUS-BERTRAND
- Les Eoliennes et la santé publique
Pr. Claude-Henri CHOUARD
- Les Eoliennes et le patrimoine
Christian PATTYN
Appendice : Liste des associations signataires
- Les Eoliennes et les Finances Publiques
Henri PRÉVOT
- Frénésie éolienne, le chant des
sirènes
Didier WIRTH
- Conclusion de l’Académie des Beaux-Arts
- En guise d'appendice... quelques suggestions pour demain, inspirées par hier
Claude PARENT
Retour
|
5 – Eoliennes et Paysage
par
Claude PARENT
Membre de la section d’Architecture
Eoliennes et paysage
L’introduction dans le paysage de ces machines à vent le
modifie profondément en terme d’occupation de l’espace.
Jusqu’à nos jours, de mémoire d’homme, les éléments
architecturaux dominants sur un site étaient le château fort,
l’édifice religieux, le palais…
Plus récemment le silo, le hangar, l’usine nucléaire
et le barrage hydraulique se sont ajoutés à la liste.
Ces bâtiments, de par leur taille et la nature architecturale qu’ils
exprimaient, de par leur qualité intrinsèque, prétendaient
à singulariser le lieu, à le finaliser en lui conférant
une identité.
Structurant le paysage d’origine, ils entraient sans violence dans
la mémoire collective du site. La population faisait sien le clocher
du village et le château de son prince ou le monastère et
plus tard la mairie. Et même souvent, l’architecture dominante
servait à dénommer l’endroit.
Mais jamais, malgré l’introduction en milieu rural ou urbain
de ces projets qui se différenciaient nettement des habitations
ou des chaumières environnantes par leur force expressive et leur
caractère, jamais cette architecture ne pratiquait le hors d'échelle
par des dimensions excessives vis-à-vis du paysage existant, jamais
elle n’encombrait le site de façon outrancière et
scandaleuse.
En plaine, le clocher le plus haut n’est qu’une simple flèche
signalant le village, en montagne le barrage fermant la vallée
respecte la ligne d’horizon et un château fort ne fait que
prolonger le mouvement du pic rocheux sur lequel il s’assied.
Il existe un respect mutuel entre le relief et l’architecture, il
se noue une connivence entre la nature et le construit.
Certes toutes ces constructions des hommes s’emparent du sol et
l’occupent mais jamais elles ne s’attaquent au ciel qui le
recouvre.
Pour, ne serait-ce que l’égratigner, les pylônes des
lignes à haute tension jouent de la transparence et s’efforcent
à une silhouette arachnéenne. Or malgré cela, sous
la pression populaire, elles vont peu à peu disparaître.
Notre tradition dans le monde occidental est de convaincre l’architecture,
aussi singulière et insolite soit-elle, de s’associer au
paysage en respectant son échelle et ce, même si elle s’efforce
au contraste le plus dur et le plus violent. Ainsi l’architecture
parvient-elle par une savante alchimie à créer le "nouvel
état du lieu" si cher à l’architecte américain
Frank Llyod Wright. Et pour se faire, elle ne peut en aucun cas, par des
dimensions hors du commun comme par une forme répulsive, s’attaquer
à son ciel, l’occuper abusivement, le conquérir en
inscrivant sur lui les signes insupportables d’un graphisme outrecuidant
: un rejet instantané s’ensuivrait.
Dans cet interdit absolu réside la dernière chance d’épanouir
la sensibilité humaine.
Par voie de conséquence directe, l’absolue nécessité
du sensible, la recherche de conditions favorables à son développement
dans toute l’activité des hommes sur notre planète,
s’opposent donc de façon véhémente à
la présence dominatrice des éoliennes dans nos paysages.
Les principales raisons de cette exclusion sont :
Une forme d’expression essentiellement mécanique étrangère
au contexte paysager.
Une dimension hors d’échelle par rapport à la végétation
et à la construction en place.
Une agression de la géométrie qui morcelle et compartimente
le ciel en niant la plénitude du vide de l’espace.
Une insertion esthétique exaltant l’objet à l’encontre
de la continuité du paysage qu’il détruit dans sa
répétitivité.
Bref une certitude de pollution visuelle généralisée,
pollution confirmée par l’extraordinaire dissémination
des éoliennes. On ne parle plus de quelques exemplaires isolés
dans des endroits aptes à les recevoir, mais – sans rire
– de bouquets d’éoliennes, de champs d’éoliennes
là où on ne peut voir qu’épandages industriels
en quadrillage régulier sur des milliers d’hectares et ce
sur les rivages des océans, les replis d’un alignement de
collines, les grandes plaines céréalières ; tout
cela s’agite de façon obsédante et vrombissante dans
un ronronnement continu.
Bientôt, assis sur une plage de la Manche, on ne verra se coucher
le soleil que dans l’intervalle de ces immenses rotors, sans jamais
plus distinguer le bruit des vagues et de leur ressac.
Bientôt, en ouvrant les volets sur le spectacle enchanteur d’une
colline de Provence s’inscrira, dans le rectangle de la fenêtre,
une gigantesque machine de deux cents mètres de hauteur dont le
bruit des pales fera taire les cigales.
Quand verrons-nous le ciel de la Corse si sauvage et si jalouse de son
identité, découpé par ces mécaniques géantes
? Il y a toujours du vent dans cette île. Il y aurait un bon rendement
sur ses collines ! Cette beauté que ni les promoteurs, ni le tourisme
ne sont arrivés à massacrer, cette beauté rare, les
bons apôtres de l’ingénierie écologique la détruiront
en dix ans.
Et pour quel bénéfice ? Les quelques pièces de monnaie
d’un marché de dupes. Tout le monde le sait.
Mais tout le monde le cache ou s’efforce de l’ignorer ; il
s’agit là d’un jeu bien plus important que celui de
quelques modestes kilowatts verts à récolter. Il s’agit
du pouvoir, il s’agit d’inscrire dans le ciel les signes les
plus visibles possibles de la puissance de l’économie, ce
nouveau dieu du troisième millénaire.
Dans les temps les plus anciens, en effet, les divinités inspiraient
les constructions hors normes. A leur service, en leur honneur furent
bâtis le Parthénon et les cathédrales qui écrasaient
les maisons et les masures mais glorifiaient la suprématie divine.
Le symbole était sacré. Le hors d’échelle cependant
très localisé portait en lui l’espérance et
la foi d’un peuple entier. Il était légitimé.
Aujourd’hui le Dieu dollar, par des tours plus extravagantes les
unes que les autres, a détruit gaillardement le milieu urbain ;
les architectes domptés s’inclinent en rivalisant d’esthétique
pour inscrire le fric dans le ciel de nos villes.
La guerre de l’urbain est perdue.
C’est à la génération qui vient de refuser
que s’implante en milieu rural, préservé jusque là,
ces machines tournantes géantes qui défient l’horizon,
encombrent le ciel, s’attaquent à la notion même du
vide pour inscrire de la façon la plus totalitaire qui soit le
signe impératif du mariage de la technologie et de l’économie.
Mon Dieu, que nos dieux se sont vulgarisés tout d’un coup.
Pourtant nous sommes avertis, on a su l’échec de Babel, on
connaît le culte du Veau d’or.
Il nous reste ce ciel encore vide au dessus de nos têtes. Les avions
ne font que le traverser, les satellites aussitôt lancés
le quittent, gardons-le libre encore, libre de ces éoliennes qui
nous sont tellement étrangères et qui, une fois leur mauvais
coup fait, deviendront inutiles. Ne faisons pas confiance à l’économie
triomphante pour nettoyer les traces de ces délits. Elle nous abandonnera
ces carcasses géantes pour crime d’obsolescence et d’absence
de profit.
Que pourra-t-on faire sinon d’en dépolluer le paysage.
|