LES ÉOLIENNES
S O M M A I R E
- Historique et inventaire
Jean François COLLIGNON
Appendice : Principaux textes législatifs et réglementaires
- Les Energies et les ressources renouvelables
Michel
HUG
- Les Eoliennes – Avantages
André ANTOLINI
- Les Eoliennes – Inconvénients
Alain BRUGUIER
- Eoliennes et Paysage
Claude PARENT
- Les Eoliennes, belles comme Crésus
Marcel BOITEUX
- L’Energie du vent
Yann ARTHUS-BERTRAND
- Les Eoliennes et la santé publique
Pr. Claude-Henri CHOUARD
- Les Eoliennes et le patrimoine
Christian PATTYN
Appendice : Liste des associations signataires
- Les Eoliennes et les Finances Publiques
Henri PRÉVOT
- Frénésie éolienne, le chant des
sirènes
Didier WIRTH
- Conclusion de l’Académie des Beaux-Arts
- En guise d'appendice... quelques suggestions pour demain, inspirées par hier
Claude PARENT
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7 – L’Energie du vent
par
Yann ARTHUS-BERTRAND
Membre de la section de Photographie
L’énergie du vent
Certains creusent le sol pour en retirer de l’énergie et
laissent derrière eux de grands trous, d’autres à
grands frais barrent les fleuves et inondent des terres vivantes et précieuses;
d’autres encore hissent vers le ciel des mâts et des grandes
ailes. Cette énergie-là, c’est celle du vent et indirectement
celle du soleil. Mais le courant d’air inaltérable lui ne
s’arrête jamais.
Mise à part la chaleur du centre de la Terre, toute énergie
sur notre planète appartient au soleil. Les organismes vivants
(à quelques exceptions près) tirent leur force des rayons
du soleil. C’est la seule énergie qui donne la vie à
la vie. Nous en dépendons même si nous, les hommes, croyons
nous en affranchir quand nous recourons à l’énergie
issue de la fission nucléaire. Aucune forme de vie ne repose sur
la radioactivité.
Le charbon, le pétrole, le gaz naturel ne sont que de l’énergie
solaire stockée, en quantité limitée, sur des millions
et des millions d’années par la vie.
Le bois est aussi de l’énergie solaire mise en réserve.
En brûlant du bois, les hommes la libèrent, la transmettent,
ils ne la créent pas. Mais l’énergie dilapidée
de ces millions de tonnes de charbon, de pétrole, de gaz et de
bois n’est pas sans conséquences. Nous commençons
à nous rendre compte des désordres que nous avons engendrés.
La planète n’est plus en mesure d’amortir l’impact
de notre consommation d’énergie.
Contrairement à la matière, l’énergie ne se
recycle pas. Elle s’échappe et se perd. C’est pour
cela que nous ne devrions pas gaspiller comme nous le faisons les énergies
fossiles. Nous devrions nous concentrer sur celles qu’on appelle
renouvelables.
C’est pour toutes ces raisons que l’énergie éolienne
me fascine. Ses avantages sont nombreux. Elle ne détruit pas la
nature. Elle ne pollue ni l’eau, ni l’air. Elle ne produit
pas de déchets.
Surtout, une éolienne ne rejette pas de gaz à effet de serre.
Selon les scientifiques, si nous voulons éviter une catastrophe
climatique, les habitants de la planète devront réduire
de moitié leurs émissions de gaz carbonique d’ici
2050. Afin de laisser aux pays les plus pauvres une chance de se développer,
les pays riches dont la France devront diviser par quatre leur consommation
d’énergie fossile et non renouvelable. Alors qu’on
mesure déjà les premiers effets du réchauffement
du climat de la Terre lié à l’accumulation de gaz
à effet de serre dans l’atmosphère, le développement
spectaculaire de l’énergie du vent est pour moi un signe
encourageant. C’est comme cela que je ressens les choses.
Même si les éoliennes doivent être espacées
les unes des autres, leur emprise au sol est faible : quelques mètres
carrés. On peut les installer au milieu des champs sans renoncer
à y pratiquer l’agriculture. C’est une énergie
locale. Contrairement à une centrale thermique, il n’y a
pas de transport de combustibles. Le “combustible” nécessaire
est déjà sur place, là même où est installée
la turbine, et il est gratuit. S’il faut de l’énergie
pour construire une éolienne (et parfois un peu d’énergie
fossile, émettrice de gaz à effet de serre), celle-ci est
compensée au bout de quelques semaines.
On lui connaît quelques inconvénients. Les aérogénérateurs
ne produisent pas de l’électricité de manière
continue. C’est fonction de l’humeur du vent. Et celui-ci
ne souffle pas en tout temps et en tout lieu. Il y a des endroits sur
la planète où les vents ne sont jamais que des brises. Mais
ce n’est pas rédhibitoire. De la même manière
qu’elles savent répondre à la demande, les compagnies
électriques savent gérer la disponibilité des différentes
sources d’énergie. Là où les éoliennes
sont nombreuses, elle peuvent fournir plus de 30 % de l’électricité
consommée comme au Danemark, dans le Schleswig-Holstein ou en Navarre.
Certains trouvent les éoliennes inesthétiques et bruyantes.
Je pense que c’est un combat vain que de refuser les éoliennes.
C’est une beauté utile. C’est cette utilité
même qui les rend belles. Dans quelques années, on voudra
les garder comme on préserve et on restaure aujourd’hui les
moulins à vent. Elles ont aussi cette autre qualité : si
on n’en veut pas ou plus, on peut les démonter.
Il y a quelques semaines, je me trouvais en Californie, parmi 5 000 éoliennes,
juché à 40 mètres au-dessus du sol sur la nacelle
de l’une d’elles. Tous ces engins tournaient en ne faisant
pas plus de bruit que le vent dans les branches d’un arbre ou la
rumeur lointaine de l’océan.
Les oiseaux, surtout les migrateurs, qui recherchent aussi les vents favorables,
sont parfois victimes de collisions mais les éoliennes sont bien
moins meurtrières que les lignes à haute-tension ou les
antennes relais.
L’énergie du vent, à condition qu’on demande
leur avis à ceux qui accueilleront chez eux ces grands moulins,
nous offre un avenir que d’autres énergies nous refusent.
Le développement durable ne peut se faire qu’avec les gens.
C’est mon travail de les convaincre avec mes photos.
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