| L'Académie des Beaux-Arts présente les artistes de la Casa de Velázquez 2009 |
Alors que s’ouvre une année de plus dans la longue histoire qui lie nos deux institutions, l’Académie des Beaux-Arts à la Casa de Velasquez qui, depuis 1916, incarne avec brio la rencontre fructueuse entre deux grandes cultures, je me prends à rêver d’Espagne. Ce grand voisin rival, ennemi ou ami de notre pays en fonction des aléas de l’histoire, a toujours fasciné la France et particulièrement les artistes français comme une sorte de tentation de l’excès, de la démesure. Il est étonnant de constater combien la seule évocation de l’Espagne fait surgir dans l’inconscient ou dans la mémoire certaines visions mêlées de gloire et de sévérité, d’exubérance et de ferveur. En Espagne la joie et la tristesse paraissent plus intenses, les émotions plus définitives, c’est un pays où la lumière aveugle et la chaleur fait suffoquer, où l’amour et la beauté font souvent mourir. Je me souviendrai toujours de l’éblouissement, de la symphonie de sensations que fut pour moi la découverte de ce pays et le tournant que ce séjour de deux ans représenta dans mon itinéraire d’artiste, à l’image de celui de mes compagnons d’alors, Jean Cardot ou Guy de Rougemont. C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis toujours curieux d’observer la manière dont les pensionnaires d’aujourd’hui utilisent cette parenthèse de temps et d’espace privilégiée, s’approprient l’esprit des lieux, en partant dans une quête éperdue d’images et de sensations ou bien en approfondissant certains questionnements intérieurs grâce aux conditions matérielles exceptionnelles que leur apporte leur séjour. Dans les moments de crise et de doute, l’existence de tels endroits apparaît à la fois plus luxueuse et plus que jamais nécessaire en nous rappelant que l’art est l’une des rares activités permettant à l’homme de se recentrer autour de sa nécessité intérieure. Aussi notre Académie est-elle particulièrement fière de contribuer à la gestion de cet établissement unique qu’est la Casa de Velasquez et d’accompagner le cheminement artistique de ses pensionnaires, dont ce catalogue permet de garder l’empreinte lumineuse.
Arnaud d’Hauterives |