"Une constante
de la vie musicale française : l'esprit de chapelle"
Communication prononcée par Monsieur François
Porcile lors de la séance du mercredi 7 juin 2006
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire perpétuel,
Mesdames, Messieurs,
À travers mes travaux sur la musique française
de ces cent cinquante dernières années, il m’est
apparu qu’une constante a régi sous des jours divers
toute la vie musicale, et singulièrement parisienne : l’esprit
de chapelle.
Chapelles de tous ordres : confessionnelles et esthétiques,
certes, mais aussi sociales, voire politiques ; chapelles électives
et exclusives, prosélytes ou sectaires, prenant parfois l’allure
d’églises fortifiées ; chapelles clandestines,
semblables aux catacombes des premiers chrétiens ; chapelles
de châteaux, flanquées d’abbés de cour
et de maîtres de chapelle... chapelles antagonistes suscitant
de sempiternelles querelles de clocher attisées par des prédicateurs
patentés : les critiques.
Ce pourquoi il est loisible de situer l’origine de cet esprit
de chapelle à l’époque où la critique
musicale glissa de la chronique mondaine à la tribune esthétique,
soit au moment où la Société Nationale de Musique
prenait son essor, dans les années 1875-80. Dès lors,
recourant volontiers à la métaphore ecclésiastique
ou militaire, la critique entretint un bipartisme manichéen
entre écoles et sociétés rivales, alimenté
par ce redoutable travers bien français de la classification
et de l’étiquetage.
Fondée au lendemain de la capitulation de janvier 1871 par
Camille Saint-Saëns et Romain Bussine, la Société
Nationale de Musique, prenant pour blason « Ars Gallica »
et pour porte-flambeau César Franck, entendait promouvoir
la musique instrumentale française contre l’omnipotence
du théâtre lyrique tombé aux mains des Italiens.
« Elle devint rapidement, souligne Emile Vuillermoz, un foyer
ardent de réaction contre les importations étrangères
et d’encouragement pour les compositeurs de chez nous décidés
à défendre nos traditions artistiques. » (1)
Parmi ceux-ci, Henri Duparc, Emmanuel Chabrier, Pierre de Bréville,
Gabriel Fauré, Alexis de Castillon, André Messager,
Ernest Chausson, Vincent d’Indy.
« Les affiliés de ce qu’on a appelé, avec
une affectueuse familiarité « la bande à Franck
», poursuit Vuillermoz, ont fait figure sinon de desservants
d’une petite chapelle, du moins de membres d’un tiers-ordre
musical voués aux pratiques d’un culte très
sérieusement étudié. » (2)
...mais un culte fortement combattu, semble-t-il, si l’on
se réfère à ce plaidoyer de Camille Saint-Saëns
publié dans Le Voltaire du 27 novembre 1880 :
« S’il fallait fournir une preuve de l’influence
qu’a eue la Société Nationale et du bien qu’elle
a fait à l’Ecole française, on la trouverait
dans les attaques violentes dont elle a été l’objet.
Elle si modeste, elle presque ignorée, a été
dénoncée à la vindicte publique. On l’a
traitée d’ « Internationale de Musique »,
ce qui était absurde. On a voulu en faire une coterie d’intolérance
et d’admiration mutuelle. La vérité est que
l’intolérance est impossible à la Société
Nationale dont les membres se rencontrent seulement sur un point,
le culte de la musique sérieuse, et se séparent sur
les autres.
Le comité a réuni des classiques réactionnaires
et des wagnériens avancés, qui n’en vivaient
pas moins dans la meilleure intelligence. C’est un cénacle,
si l’on veut ; ce n’est point une coterie. » (3)
Mais c’est un cénacle d’abord national, il ne
faut pas l’oublier. Et le fait qu’on puisse y accueillir
des oeuvres de Grieg et Rimski-Korsakov provoquera en 1886 la démission
fracassante de Saint-Saëns. « Patriote jusqu’au
chauvinisme, français jusqu’au « gallicanisme
», ce normand à-demi champenois avait fait de la xénophobie
le dogme essentiel de son évangile », écrit
encore Vuillermoz. (4)
Saint-Saëns écarté, César Franck bientôt
disparu – en 1890 – la Société Nationale,
sous couvert de dévotion franckiste, va tomber sous la coupe
d’un grand prêtre nommé Vincent d’Indy,
pour qui « le principe de tout art est d’ordre purement
religieux ». « Ce n’est plus la foi simple, ingénue,
purement sentimentale de Franck, précise l’historien
Paul Landormy : C’est une foi raisonnée, doctrinale,
que l’artiste s’impose à lui-même et qu’il
prétend imposer aux autres. » (5) Pour son élève
Joseph Canteloube, « Vincent d’Indy fut plus et mieux
qu’un grand musicien ; il fut un chef, un guide, une sorte
de prophète d’un ordre nouveau dépassant la
musique. » (6)
Alors ce prophète va bâtir son temple, la Schola Cantorum.
Créée en 1894, cette école de musique religieuse
a pour ambition première la remise à l’honneur
de la tradition polyphonique et du plain-chant grégorien.
Il s’agit donc par définition d’une chapelle,
mais qui au bout de deux ans va s’ouvrir à la musique
profane, et délivrer un enseignement exclusivement axé
sur le contrepoint, en opposition aux pratiques du Conservatoire
privilégiant l’étude de l’harmonie. Prônant
ainsi cette prééminence de l’écriture
horizontale du contrepoint, soit la superposition des lignes mélodiques,
contre la science verticale de l’enchaînement des accords,
c’est-à-dire l’harmonie, la Schola se posait
en ennemie du Conservatoire.
Mais cette opposition ne se limite pas à une simple querelle
de principes d’écriture. Pour Louis Laloy, la Schola
est « une école de morale, non moins que de musique.
» (7) Parmi ses étudiants, non astreints à la
limite d’âge imposée pour l’accès
au Conservatoire, on trouve nombre de représentants de la
noblesse de robe et d’épée : Déodat,
baron de Beauville, baron de Séverac, René d’Avezac
de Castéra, Louis d’Arnal de Serres, Louis de Crèvecoeur,
Guy de Lioncourt, etc... bref nous sommes en plein carnet proustien
; et en pleine affaire Dreyfus qui divise la France en deux, la
Schola Cantorum apparaît comme un bastion monarchiste et anti-dreyfusard
face à la citadelle franchement républicaine et plutôt
dreyfusarde du Conservatoire. Vincent d’Indy, antisémite
notoire, n’a jamais caché ses sympathies pour l’Action
française, et son élève Auguste Sérieyx,
rédacteur de son cours de composition, deviendra le critique
musical du journal de Charles Maurras...
C’est encore Vuillermoz, alors élève de Fauré
au Conservatoire, qui note : « D’Indy eut tout le loisir
de matérialiser ses principes artistiques, d’organiser
méthodiquement son apostolat, de rédiger son évangile,
de prêcher sa croisade... » (8) … « évangile
selon Saint Jacques », conformément à l’adresse
de la Schola, installée rue Saint Jacques dans un couvent
désaffecté. Il est d’ailleurs piquant de noter,
en regard, qu’en 1911 le Conservatoire s’installera
rue de Madrid dans un collège de Jésuites. D’une
chapelle l’autre...
Toujours est-il que les Scholistes tiennent les rênes de la
Société Nationale et regardent d’un oeil soupçonneux
les produits du Conservatoire. A telle enseigne que Gabriel Fauré,
pourtant président de la Société, doit plaider
la cause de son élève Maurice Ravel auprès
du secrétaire Ernest Chausson : « Notre société
ne doit-elle pas encourager les jeunes ? Ne nous a-t-elle pas encouragés
quand nous étions tout petits ? » (9)
L’oeuvre de Ravel, Schéhérazade, ouverture de
féérie, sera finalement donnée à la
Nationale le 27 mai 1899, sous la direction de son auteur, qualifié
de « débutant médiocrement doué »
par le critique Willy. Bel exemple de perspicacité...
Ravel à son tour forme le groupe des « Apaches »,
à l’allure de chapelle puisqu’il compte parmi
ses membres l’aumônier de l’Opéra, l’abbé
Léonce Petit, surnommé à cause de son abondante
chevelure « Tignasse de Loyola ». On y rencontre le
pianiste Ricardo Vines, les compositeurs Maurice Delage, Florent
Schmitt et le scholiste – mais oui – Déodat de
Séverac. On y cultive le goût de la musique russe –
Tchaïkowski excepté – et une admiration sans bornes
pour Debussy. Les « Apaches » seront au premier rang
des défenseurs de Pelléas et Mélisande : «
les pelléastres », persifle Jean Lorrain. Dans le camp
adverse, Vincent d’Indy, pour qui « cette oeuvre ne
vivra pas parce qu’elle n’a pas de forme » ; opposant
d’Indy à Debussy, Vuillermoz souligne « l’incompatibilité
d’humeur entre deux prêtres de l’art qui ne servaient
pas les mêmes dieux. » (10)
En ce temps, entrent à la Schola, par une curieuse erreur
d’aiguillage, deux élèves insolites : Erik Satie,
qui à trente-neuf ans veut parfaire sa technique du contrepoint.
« Satie est entré dans les ordres ! », ironise
Willy. Et puis Edgard Varèse, qui claquera vite la porte,
excédé par « la bigoterie, la pédanterie
et l’arrogance » du maître de céans : «
D’Indy voulait faire de nous des petits d’Indy et je
trouvais qu’un seul suffisait. »
De son côté Ravel, qui récuse le « puritanisme
franckiste », ne se fait guère d’illusions sur
l’accueil qu’on réserve à son cycle de
mélodies Histoires Naturelles à la Nationale, le 12
janvier 1907 :
« Je sais bien ce qui m’attend auprès des adeptes
moroses de ce néo-christianisme. Mais ça m’est
bien égal. » (11)
Réaction prévisible, sous la plume du scholiste intégriste
Auguste Sérieyx : « Il est difficile de se moquer de
la musique et des musiciens à un plus haut degré.
(...) Ce serait absolument risible s’il n’y avait en
tête de programme Ars Gallica, art français, et si
quelques étrangers, épars dans la salle, ne pouvaient
s’imaginer qu’en servant ces caricatures sans esprit
on leur fait entendre notre musique nationale. » (12)
Et Saint-Saëns de soupirer : « Je suis bien forcé
de combattre l’armée qui, sous prétexte de servir
les plus hauts intérêts de l’art, travaille –
inconsciemment – à le détruire »... et
de prophétiser : « Vous pourrez voir, dans une quarantaine
d’années, ce que pèseront Pelléas et
les Histoires naturelles. » (13)
Louis Laloy, ancien scholiste pourtant, fit l’éloge
des Histoires Naturelles : « Cet article, écrit-il
dans La Musique Retrouvée, n’eut l’heur de plaire
à aucun des deux partis qui se disputaient l’hégémonie
de la musique française. La Schola offensée me condamna
comme hérétique (...) et ceux qui se qualifiaient
de « debussystes » me furent encore plus sévères.
»
À quelques mois de là, en juin 1907, Déodat
de Séverac soutient sa thèse de fin d’études
à la Schola, dont l’intitulé, dans ce contexte
particulier, ne manque pas de piment : « La centralisation
et les petites chapelles musicales ».
Il y dénonce les « confréries rivales qui chacune
se croient dépositaires de la vérité intégrale
et, à ce titre, se décochent des traits acérés
au nom du beau et de l’art », et stigmatise les jeunes
musiciens qui, « s’ils sont affiliés à
différentes sectes qui s’excommunient mutuellement,
adorent au fond le même dieu : Paris. » « Ils
font de la musique de Paris et pour Paris. »
Parmi eux, Séverac distingue un groupe qu’il appelle
les « pseudo-indépendants ». Ils « célèbrent
leur culte en un temple nommé la « Société
Nationale de Musique ». L’évangile que l’on
y prêche depuis trente-cinq ans environ a eu une heureuse
influence sur la musique contemporaine. (...) Les fidèles
se partagent en deux groupes et se rassemblent autour des deux chapelles
latérales.
« Dans la chapelle de droite, le prédicateur est une
sorte de moine du moyen-âge. (...) Il enseigne les grandes
traditions classiques et la nécessité d’une
« discipline sévère » dans la réalisation
des oeuvres. Il dit que l’art peut et doit progresser éternellement
sans sortir de la voie que les grands maîtres lui ont tracée.
»
Alors ses adeptes s’emploient à dresser une statue
de la muse dite « musique horizontale » avec sur son
socle cette inscription : unum solum, necessarium, contrapunctum.
(Une seule chose compte, le contrepoint)
« Le prêtre qui officie dans la chapelle de gauche parle
avec élégance et avec charme. (...) Il a tour à
tour l’esprit raffiné d’une attique et la grâce
d’un abbé de cour. C’est « l’amour
de la musique pour la musique » qu’il enseigne et il
a dans la voix des accents pathétiques, parfois sublimes,
toujours charmants et délicieux. »
Et ses fidèles d’ériger une statue de la muse
appelée « musique verticale » sur le socle de
laquelle on peut lire : Nihil nisi harmonia prodest (rien n’importe
autant que l’harmonie).
Séverac poursuit : « Les fidèles sortent et
se répandent dans la ville. Ils se retrouvent bientôt
dans différents salons où l’on cause beaucoup
(beaucoup trop) de musique. Dans ces salons, il y a parfois de jolies
femmes et quelques hommes qui, pour n’être pas tous
beaux, sont pires que les jolies femmes. Tous sont des « gens
de goût ». C’est là que le jeune musicien
fait entendre ses essais ; c’est là que s’élaborent
les dogmes nouveaux et les axiomes momentanés, c’est
là que se fourbissent les armes. » (14)
Nous passons alors de la chapelle confessionnelle à la chapelle
aristocratique et mondaine, aiguillonnée par un paramètre
qui va s’avérer déterminant dans la vie musicale
française du XXème siècle, le snobisme. Et
le premier bénéficiaire de ce courant sera, avec un
talent inégalable de prestidigitateur, l’animateur
des Ballets Russes, Serge de Diaghilev. « Le succès
des Russes est impensable sans les snobs ! dira Igor Markévitch.
Diaghilev s’est servi du snobisme comme un cuisinier se sert
du poivre, du sel, des condiments. » (15) Diaghilev drainera
- et écumera - dans son sillage toutes les aristocrates et
Madame Verdurin proustiennes, qu’elles aient nom comtesse
Greffulhe, Adhéaume de Chevigné, Princesse Murat,
Misia Sert, Marguerite de Saint-Marceaux ou Princesse de Polignac,
laquelle commanda à Ravel sa première pièce
à succès, la Pavane pour une infante défunte.
En 1909, Ravel est membre du Comité directeur de la Société
Nationale. Devant le refus opposé à une pièce
symphonique de son élève Maurice Delage, Conté
par la mer, il décide d’en démissionner, et
en fait part à son ami Charles Koechlin, lui aussi refusé
:
« Les sociétés, même nationales, n’échappent
pas aux lois de l’évolution. Seulement, on est libre
de s’en retirer. (...) Je présentais trois oeuvres
de mes élèves, dont l’une particulièrement
intéressante. Comme les autres, celle-ci a été
refusée. Elle n’offrait pas ces solides qualités
d’incohérence et d’ennui, par la Schola Cantorum
baptisées construction et profondeur. (...) J’entreprends
de former une nouvelle société, plus indépendante,
au moins dans ses débuts. (...) Voulez-vous être des
nôtres ? » (16)
Membre actif de cette Société Musicale Indépendante,
dite SMI, Charles Koechlin en expliqua ainsi les raisons de la création
en 1910 :
« Saint-Saëns paraît déplorer que la Société
Nationale ait fini par devenir une « petite chapelle ».
Il est rare qu’il en soit autrement dans la vie des associations
artistiques. L’unité de vues nécessaire à
la cohabitation pacifique au sein du même comité risque
toujours de tourner à l’étroitesse orgueilleuse.
Et c’est alors que, forcément, une nouvelle scission
se produit. (...)
« C’est pourquoi le second schisme, aboutissant à
la fondation de la Société Musicale Indépendante,
fut également logique et bienfaisant. Logique, car il n’était
pas naturel que les héritiers de la tradition musicale de
Chabrier, de Fauré et de Debussy, dépendissent d’une
majorité essentiellement « d’Indyste ».
Bienfaisant, parce que l’existence même de la SMI réveilla
les forces un peu lasses de l’ancienne société
rivale, et lui fournit une émulation précieuse. (...)
« Les quelques musiciens qui fondèrent la SMI se détachèrent
de la Nationale comme des fruits mûrs se libèrent de
l’arbre – les mauvaises langues diraient : des fruits
pourris. » (17)
...fruits pourris qui s’appellent Maurice Ravel, Florent Schmitt,
Louis Aubert, André Caplet, Jean Huré, Roger-Ducasse,
Charles Koechlin, présidés par Gabriel Fauré.
Ce dernier, interrogé à la veille du premier concert
de la SMI par le critique Louis Vuillemin, s’insurge : «
L’ingratitude des jeunes ? Et celle des vieux donc ! A vrai
dire, toutes ces histoires de scissions, de disciples, de scolastique,
ne vous semblent-elles pas totalement dépourvues d’intérêt
? » (18)
Il semblerait que non, si l’on en juge par cette réaction
de Ravel : « Vuillemin, qui n’est pas à moitié
journaliste, n’a vu dans notre belle soirée que sifflets,
hurlements, gifles, passes de jiu-jitsu entre scholistes et anti-scholistes.
(...) Le rêve du rédacteur, et de la rédaction
toute entière serait, paraît-il, des duels entre Fauré,
d’Indy, Debussy, Ravel, tout au moins des coups de pied dans
le ventre. » (19)
Et Ravel, connaissant les relations d’amitié entre
Vuillemin et Vuillermoz, envoie ce dernier prêcher pour «
notre très sainte SMI » : « Vous serez l’archange
protecteur de notre petite chapelle. » (20)
Vaine démarche, aussi vaine que la tentative de fusion des
deux sociétés, en décembre 1916. « Ça
n’a pas pris du tout, écrit d’Indy à Sérieyx.
Ravel, Koechlin, Grovlez, Casadesus et Cie ont refusé au
nom de leur « Esthétique » (entre guillemets,
trois points d’interrogation et de suspension) « qui
ne peut être la même que la nôtre » (toujours
entre guillemets). J’avoue que cela m’a paru tellement
drôle que j’en rigole encore. » (21)
Ce qui n’empêche pas d’Indy de revenir à
la charge dans le Courrier musical de janvier 1917, où il
classe les musiciens en deux catégories :
« 1) les musiciens qui ont quelque chose dans le coeur ;
2) les musiciens qui n’ont rien dans le coeur ; les premiers
font de la musique (souligné), les autres n’en font
pas (souligné). »
Dans le numéro suivant, Koechlin réplique : «
Les meilleures intentions (que nous avons) et les plus belles théories
ne sauraient empêcher des faits : bien des oeuvres acceptées
à la Nationale eussent été refusées
par notre jury de la SMI ; et par contre il me serait très
facile de citer des pièces d’orchestre (jouées
depuis à la SMI) écartées par le comité
de la Nationale (il leur préféra certaines compositions
dont, au concert, la musicalité nous parut douteuse). Le
schisme était donc très logique... Et à mon
avis, deux seules choses importent : le coeur – et la musicalité.
» (22)
Cette guerre qui équivaut pour Vuillermoz à un conflit
« entre les catholiques et les panthéistes »
(23) va se trouver submergée par la vague déferlante
de jeunes musiciens adorateurs de Stravinsky et zélateurs
d’Erik Satie, lequel vient de faire scandale au Châtelet
avec Parade, ballet «réaliste » sur un argument
de Jean Cocteau. Les plus turbulents s’appellent Georges Auric
et Francis Poulenc, âgés alors de dix-huit ans.
Auric fustige « les artifices mesquins d’un trop méticuleux
bon goût » entendus à la SMI, autant que les
« médiocres feux de Bengale franckistes » allumés
à la Nationale. Retour de bâton : quand Poulenc va
présenter sa Rapsodie nègre à Paul Vidal, professeur
de composition au Conservatoire, l’accueil est sans ambages
: « Votre œuvre est infecte, inepte, c’est une
couillonnerie infâme. (...) Ah ! Je vois que vous marchez
avec la bande Stravinsky Satie et Cie, eh bien bonsoir ! »
(24)
Cocteau rédige alors Le Coq et l’arlequin. On a voulu
faire de ce mince recueil d’aphorismes musicaux le bréviaire
d’une nouvelle génération de compositeurs adeptes
d’un retour à la simplicité qui, comme l’indique
la dédicace à Georges Auric, « ne craint ni
d’aimer ni de défendre ce qu’elle aime. »
Coq d’un nouveau clocher dédié au culte d’Erik
Satie, Cocteau déclare : « L’impressionnisme
vient de tirer son joli feu d’artifice à la fin d’une
longue fête. C’est à nous de bourrer les pétards
d’une autre fête. »
Debussy vient de disparaître, et Cocteau lance en guise d’éloge
funèbre : « On ne peut pas se perdre dans le brouillard
Debussy comme dans la brume Wagner, mais on y attrape du mal. »
Le ton est donné : « Tout ‘vive un tel’
comporte un ‘à bas un tel’, martèle Cocteau.
Il faut avoir le courage de cet ‘à bas un tel’
sous peine d’éclectisme. » Ce sera, vraie ou
fausse, l’image de ce « groupe des six », inventée
par le musicographe Henri Collet un samedi de janvier 1920, réunissant
Germaine Tailleferre, Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger,
Darius Milhaud, Francis Poulenc. « Six jeunes musiciens utilisés
par Cocteau, selon le perfide Vuillermoz, comme obus brisants pour
renverser la muraille qui barrait la route aux explorateurs. »
« Directeur de conscience, Jean Cocteau improvisait avec la
plus vive intelligence le catéchisme de la nouvelle religion.
» (25)
Religion combative : Debussy enterré, il reste une statue
à déboulonner, Maurice Ravel. « Ravel refuse
la légion d’honneur mais toute sa musique l’accepte
», clame Satie. Auric lui emboîte le pas. Mais Ravel
s’en amuse : « Il a raison ce petit, de taper sur Ravel.
Et s’il ne tapait pas sur Ravel, il ferait du Ravel. En voilà
assez du Ravel ! »
Interrogé en 1933 sur cette violence de la jeunesse musicale
d’après guerre, Ravel dira justement : « Ils
éprouvaient le besoin instinctif de rompre brutalement avec
les traditions de leurs aînés. Ils se trouvaient dans
des conditions sociales et intellectuelles si différentes
de celles qui existaient avant 1914 qu’ils furent amenés,
presque automatiquement, à adopter des méthodes et
un style de briseurs d’idoles. » (26)
Vingt ans plus tard, en préface à un concert du Groupe
des Six, Cocteau justifiera ainsi cette attitude : « Nous
avons tous été insupportables et il convenait de l’être,
car seul l’esprit de contradiction sauve de la routine, et
si le rôle de la jeunesse n’était pas de se cabrer
contre ce qui est, même si elle l’admire, son rôle
se bornerait à l’obéissance et à peupler
les champs de bataille. »
Le Groupe des Six ne peut faire figure de « chapelle »
que sur cet étroit dénominateur commun, évoqué
par Germaine Tailleferre : « Nous n’avons pas trouvé
de maîtres dans les conservatoires, les académies,
les instituts. Nous n’avons pas adoré les idoles de
cénacles ou d’esthètes mais nous avons trouvé
un précurseur, un enfant plus âgé que nous qui
allait nous montrer les jeux les plus divertissants : Erik Satie.
» (27)
Mais, souligne Cocteau, « le culte de Satie est difficile,
parce qu’un des charmes de Satie, c’est justement le
peu de prise qu’il offre à la déification. »
De fait, Satie, chez qui la bienveillance n’est pas la qualité
première, se révèle un gourou ombrageux, irascible
et vétilleux, qui va se brouiller tour à tour avec
tous ses jeunes disciples, Milhaud excepté.
Milhaud, précisément, est chargé de diriger
dans le cadre des concerts organisés par le pianiste du «
Boeuf sur le toit », Jean Wiéner, les premières
auditions parisiennes du Pierrot lunaire d’Arnold Schoenberg.
Tollé général, où domine la voix de
Louis Vuillemin – déjà rencontré –
qui intitule son article : « Concerts métèques
». Il s’en prend à une clique de « jobards
cosmopolites », « thuriféraires en service commandé
». Et comme Wiéner, non content de faire découvrir
Schoenberg et Webern en même temps que la musique de Jazz,
programme de surcroît des oeuvres des « Six »,
Vuillemin éructe : « M. Wiéner porte atteinte
au goût du public en persistant à grouper à
l’exclusion presque systématique des vrais maîtres
de la musique, une équipe de novices dont la réclame
a déjà touché l’étranger et l’a
dupé, au détriment de l’art et de la France
; en imposant aux snobs, à grand tapage, certains décadents
germaniques à la façon de M. Schoenberg, dont le succès
à Paris divertirait beaucoup Berlin. » (28)
Vuillermoz lui fait écho : « Le petit troupeau hétéroclite
et bariolé d’étudiants en musique qui hante
la bergerie Cocteau ne nous apporte aucune nouveauté. »
(29)
Et Vincent d’Indy porte l’estocade : « Il est
assez curieux de voir d’honnêtes jeunes gens s’ingénier
à salir et dénaturer cette belle matière qu’est
le son musical pour en arriver à accoucher de petits monstres
qui n’ont vraiment rien de commun avec la musique. »
(30)
Fidèle à son bon maître Satie, Wiéner
programme le Socrate en janvier 1923. C’est cette année-là
que Satie, autrefois seul desservant de l’ « Eglise
Métropolitaine d’Art de Jésus Conducteur »,
fonde une dernière chapelle au sigle de sa banlieue, l’
« Ecole d’Arcueil », unissant autour de lui Henri
Sauguet, Roger Désormière, Henri Cliquet-Pleyel et
Maxime Jacob, ce dernier légitimant l’appellation de
« chapelle », puisqu’il entrera dans les ordres
en 1930, pour s’appeler désormais Dom Clément
Jacob.
Mais les « Six » et les pèlerins d’Arcueil
ne forment pas deux chapelles antagonistes : bien au contraire,
ils sont les nouveaux élus de Diaghilev, et fréquentent
les mêmes salons, Beaumont, Noailles ou Polignac.
Après la disparition de Diaghilev en 1929, ils se regrouperont,
sous la houlette de la marquise de Casa Fuerte, et toujours grâce
au généreux mécénat de la vicomtesse
de Noailles et de la princesse de Polignac, pour fonder une chapelle
élitiste nommée « La Sérénade
», dont le premier concert a lieu le 1er décembre 1931.
A côté d’un « comité mondain chargé
du soutien financier », selon la formule de Milhaud, le comité
directeur réunit, outre lui-même, Auric, Poulenc, Igor
Markévitch, Nicolas Nabokov, Vittorio Rieti et Henri Sauguet,
autrement dit tous les derniers poulains de Diaghilev subventionnés
par le même aréopage aristocratique. Chapelle quasi
autarcique, donc, où Vuillermoz fait trôner Poulenc
en abbé de cour, à la fureur de l’intéressé.
Toutefois « La Sérénade », sensible aux
effets de la mode, accueille Kurt Weill, dont L’Opéra
d’ Quat’sous est l’un des premiers triomphes du
cinéma sonore récemment apparu. La création
française de Mahagonny songspiel, le 11 décembre 1932
salle Gaveau, constitue un évènement parisien sans
précédent. Darius Milhaud se souvient : « Le
milieu mondain était aussi bouleversé que s’il
avait assisté à la première audition d’une
Passion de Bach, et en citant cette oeuvre, je ne fais que répéter
ce qui me fut dit par une amie, légèrement entachée
de ce charmant snobisme qui permit à La Sérénade
de subsister. » (31)
Cinq jours plus tard, on assista salle de l’Ecole Normale
de Musique, au premier concert de « Triton », société
rivale de la Sérénade, fondée par Pierre-Octave
Ferroud et baptisée « Triton » en hommage à
l’intervalle autrefois interdit de quarte augmentée,
qu’on appelait « diabolus in musica ». Henry Barraud,
futur directeur musical de la Radio à la Libération,
en définit ainsi le propos : « Le seul but de «
Triton » était de donner chaque année un certain
nombre de concerts de musique de chambre et de créer autour
de ce genre, quelque peu délaissé des compositeurs
et du public, un mouvement d’intérêt et de sympathie.
» (32)
Bref, un programme comparable à celui de la Société
Nationale, à cette différence près qu’il
s’ouvre d’emblée, et largement, aux compositeurs
étrangers. Pour le musicologue Claude Rostand, alors jeune
étudiant, cette entreprise fut essentielle : « Grâce
à « Triton », c’est à dire grâce
à Ferroud, cette période de la vie musicale parisienne
fut une des plus riches et des plus prospères que l’on
ait jamais connues. Ce fut, pour les musiciens comme pour le public,
une série d’échanges et de contacts de portée
largement internationale et où se concentrait toute la vie
musicale vraiment vivante de l’époque. Sans «Triton
» plusieurs générations de compositeurs et d’auditeurs
auraient complètement méconnu la musique de leur temps.
» (33)
Il s’agit donc d’une anti-chapelle, animée par
un esprit éclectique et cosmopolite qui éveille aussitôt
les soupçons des affidés de La Sérénade,
dont l’esthétique, estime Darius Milhaud, « était
plus définie ». Dans cette différence, on peut
voir aussi un net clivage entre un cénacle d’aristocrates
et un comité de roturiers, autrement dit entre la noblesse
et le tiers-état. A propos de « La Sérénade
», il convient d’ajouter ce réflexe de caste
qu’a parfaitement résumé Igor Markévitch
: « La culture comme plaisir n’est le lot que d’une
certaine couche de la société. (...) La tendance du
snobisme était de penser que, pour être belle, une
œuvre devait plaire à un cercle très restreint.
Si elle emportait le suffrage d’un grand nombre, elle devenait
suspecte ! » (34)
De fait, au dernier concert de « Triton », le 8 mai
1939, on révéla au public français Pierre et
le Loup de Serge Prokofiev.
« Sérénade » et « Triton »
disparaîtront, tout comme la SMI, dans la débâcle
de 1940. Seule la « Nationale » survivra aux années
noires.
Entre les deux guerres, si la musique de chambre était ainsi
à l’honneur, il manquait à la musique symphonique
un élan significatif. C’était tout au moins
le point de vue du jeune compositeur Yves Baudrier, lequel, entendant
Les Offrandes oubliées d’Olivier Messiaen, prend conscience,
dit-il, « du mouvement spiritualiste qui allait entraîner
nombre d’artistes en France ». Lui vient alors l’idée
de former un groupe de compositeurs qui reprendrait le sigle «
Jeune France » autrefois lancé par Berlioz, pour promouvoir
une musique qui « se doit, selon Baudrier, d’apporter
sans répit à ceux qui l’aiment, sa violence
spirituelle et ses réactions généreuses. »
Autour de lui, André Jolivet, Daniel-Lesur et Olivier Messiaen.
On s’empressa de faire du quatuor d’humanistes «
Jeune France » une nouvelle chapelle, d’autant que Messiaen
et Lesur, organistes de métier et tous deux professeurs à
la Schola Cantorum, y font figure d’hommes d’église.
Au lendemain de leur premier concert, le 3 juin 1936, André
Coeuroy écrit dans Gringoire :
« On les aime bien, les quatre petits frères spiritualistes,
on les aime bien parce qu’ils disent fortement et obstinément
ce qu’ils ont à dire ; ils sont chefs de file dans
le courant de haute pensée qui régénère
la musique française. » Mais quand le même Coeuroy
leur demande : « Contre qui êtes vous ? » et obtient
pour réponse : « Contre personne », son enthousiasme
s’éteint aussitôt : « Alors, vous n’existez
pas ! » « Jeune France » est donc une fausse chapelle,
puisque sans ennemis.
Cinq ans plus tard, Olivier Messiaen, nommé à son
retour de captivité professeur d’harmonie au Conservatoire,
va constituer, volontairement ou non, une chapelle aux cierges explosifs.
La classe de Messiaen va vite apparaître comme le symbole
d’un enseignement novateur, lumineux, anti-académique,
qui ne peut bientôt se suffire au seul cadre du Conservatoire.
A partir de 1943 Messiaen organise un cours de composition et d’analyse
chez un camarade de stalag, Guy-Bernard Delapierre, à qui
il dédiera sa Technique de mon langage musical, ouvrage dont
la publication, en juillet 1944, suscitera autant l’admiration
que l’hilarité.
Témoin ce petit échange épistolaire entre Pierre
Bernac et Francis Poulenc : « J’ai pensé vous
faire bien rire en vous envoyant l’incroyable bouquin de Messiaen.
Cela dépasse en bêtise tout ce que l’on peut
imaginer ! » Réponse de Poulenc : « C’est
tout simplement inénarrable. Dukas et Dupré sont très
responsables de cet état pédagogique exacerbé
par le mysticisme du Monsieur. » (35)
Du côté de ses élèves, c’est une
admiration inconditionnelle. « Messiaen a été
pour moi un éveilleur », dira Serge Nigg ; et Pierre
Boulez : « Je dois dire que mes premières véritables
leçons de composition ont été ces cours que
Messiaen faisait en dehors du Conservatoire. » (36)
Le rayonnement de Messiaen aimante toute une génération
de jeunes musiciens en rupture de ban avec les esthétiques
musicales d’avant guerre. « La grande vedette musicale
de Paris c’est Messiaen, constate Poulenc. Il a des disciples,
des prêtresses, somme toute un vrai culte. » Le paradoxe,
c’est que ces jeunes compositeurs ne découvrent pas
leur credo musical auprès de Messiaen, mais auprès
du grand prêtre du système dodécaphonique prôné
par Arnold Schoenberg, René Leibowitz.
Trois événements de l’année 1945 vont
situer le climat dans lequel évoluait le milieu musical parisien,
en une époque où l’on découvrait avec
passion les œuvres interdites sous l’Occupation :
En février, Pierre Boulez entend le Quintette à vents
de Schoenberg sous la direction de Leibowitz : « Ce fut pour
moi comme une illumination. J’eus le désir passionné
de me familiariser avec cette musique et surtout, pour commencer,
d’apprendre comment c’était fait. J’étais
encore à la classe de Messiaen. Avec plusieurs de mes camarades,
j’ai constitué un groupe et nous avons demandé
à Leibowitz des leçons d’initiation. »
(37)
Ce groupe se fait remarquer, le mois suivant, en sifflant copieusement
les œuvres récentes de Stravinsky, Danses concertantes
et Impressions norvégiennes, données par l’Orchestre
National. On fait endosser à Messiaen la responsabilité
de ce chahut.
« Je suis certain, écrit Poulenc dans Le Figaro, que
Messiaen est trop intègre et trop intelligent pour ne pas
se rendre compte de la sottise de tout cela et conseiller désormais
à ses élèves une attitude plus digne, quelle
que soit son opinion sur les dernières œuvres de Stravinsky.
» (38)
En réalité, le « à bas Stravinsky »
de la « secte fanatique des Messiaenistes », selon la
formule de Poulenc, correspond exactement au « à bas
Ravel » de la première après guerre... Ravel
qui constatait que les jeunes loups d’alors « avaient
rompu publiquement avec l’art de luxe que constituait l’impressionnisme
d’avant guerre et avaient essayé d’orienter la
sensibilité contemporaine vers un idéal plus amer,
plus âpre et plus fort. Ils répudiaient ouvertement
la sensibilité et l’attendrissement. Ils faisaient,
de leur propre aveu, de la musique « cruelle ». »
(39)
Ainsi, d’une après guerre à l’autre, l’histoire
semble se répéter, et comme l’écrit Poulenc
à Honegger : « Soyons indulgents pour les jeunes qui
« brûlent » comme nous avons brûlé.
» (40)
21 avril 1945 : création des Trois petites liturgies de la
présence divine d’Olivier Messiaen, dans le cadre des
Concerts de La Pléiade, financés par l’éditeur
Gallimard. Petite chapelle mondaine née sous l’Occupation,
qui attire « le public le mieux habillé du monde »,
« tout ce que Paris compte d’heureux de vivre »,
lit-on dans la presse. (41)
Poulenc y voit la résurgence d’une coterie type «
La Sérénade », avec « public snob »
composé de « jolies idiotes » (sic).
Quoi qu’il en soit, l’œuvre de Messiaen y fait
sensation, divise le public en partisans et adversaires acharnés.
Cette création sembla pour Serge Nigg « marquer le
renouvellement spirituel du pays », tandis que Claude Rostand
stigmatise l’ « invraisemblable délire verbal
» de Messiaen. Le coup d’envoi est donné du compositeur
voué à être désormais ballotté
de bûcher en tabernacle. Bernard Gavoty ironise sur «
les fanatiques de Messiaen qui boivent religieusement la parole
obscure du jeune maître », et Tony Aubin, nouveau professeur
de composition au Conservatoire, menace d’exclusion ceux de
ses élèves qui oseraient assister au cours de Messiaen,
lequel fut pourtant son condisciple à la classe de Paul Dukas.
Vilipendé par les traditionalistes, le pape Messiaen subit
tout autant les foudres d’un Savonarole nommé René
Leibowitz. Quand Maurice Le Roux lui présente ses premiers
travaux, le couperet tombe : « C’est épouvantable,
Messiaen vous a rendu un bien mauvais service. » (42)
Mais à son tour l’intransigeant Leibowitz va se trouver
contesté par son premier admirateur, Pierre Boulez, qui va
violemment lézarder les murs de sa chapelle schoenbergienne
intégriste. Jugé incompétent comme chef d’orchestre,
il est également attaqué sur la rigidité et
l’étroitesse de son enseignement. « Echanger
Messiaen contre Leibowitz, dira Boulez, c’était échanger
la spontanéité créatrice contre le manque total
d’inspiration et la menace d’un académisme sclérosant.
S’il a pu faire illusion pendant quelque temps, c’était
simplement à cause de l’ignorance où nous, on
était, en France, de toute l’évolution de la
musique sérielle depuis trente ans. » (43)
Messiaen n’échappera pas non plus aux flèches
de son turbulent disciple, qui qualifiera la Turangalila symphonie
de « musique de bordel », partageant ainsi l’hostilité
de Poulenc envers « la malhonnêteté de cette
œuvre écrite pour la foule et l’élite,
le bidet et le bénitier. » (44) Gavoty en rajoute dans
la métaphore ecclésiastique : « Il lui faut
suivre l’évangile qu’il a rédigé.
Messiaen prend ses désirs pour des dogmes, ses instincts
pour des prodiges, et les paradis javanais pour le ciel catholique.
» (45)
Pris entre deux feux, Messiaen est à la fois le diable et
le bon dieu, mais un bon dieu étranger à la religion
sérielle, ce que lui reprochent certains de ses disciples,
comme Jean Barraqué : « L’attrait fascinant que
Messiaen a exercé sur une certaine génération
est à plus d’un titre intrigant, si l’on prend
conscience des quelques contradictions qui entachent les rapports
artistiques du Maître et de ses élèves. »
(46)
C’est l’époque du sérialisme le plus rigoureux
et le plus sectaire, régénéré chaque
été par le pèlerinage à Darmstadt, haut
lieu de l’avant-garde, ainsi décrit par Girolamo Arrigo
: « On y venait de partout pour le grand concile de la musique
nouvelle, sous la houlette de deux ou trois pontifes. Quand ils
rentraient chez eux, les évêques donnaient les consignes
sévères dont il n’était pas question
de s’écarter. » (47)
C’est le temps de l’intransigeance et des anathèmes.
Pour Boulez, qui répugne « à donner la main
à cette classe putride qui constitue le plus clair du monde
musical parisien », « tout compositeur est inutile en
dehors des recherches sérielles. » (48) Et André
Hodeir préconise de « détruire, impitoyablement,
où qu’il se forme, ce chancre propre à notre
époque : le néo-classicisme. » (49)
Dans ce climat de guerre de religion, un nouveau groupe s’est
constitué en 1947 pour creuser une troisième voie,
celle d’un retour aux sources du langage musical, tournant
résolument le dos aux ukases dodécaphoniques comme
à la sclérose de la tradition tonale : le groupe du
Zodiaque, créé par trois élèves de Daniel-Lesur
: Maurice Ohana, Pierre de La Forest Divonne et Alain Bermat, auquel
s’adjoindra le chef d’orchestre Stanislaw Skrowaczewski.
Une position difficile à défendre, comme le reconnaîtra
Maurice Ohana : « ça n’a pas tenu : nous avions
tout le monde contre nous, aussi bien les réactionnaires
que les avant-gardistes. » (50) Les concerts du Zodiaque étaient
pourtant soutenus financièrement par Saint Gobain : une préfiguration
du mécénat de la bourgeoisie industrielle dont bénéficiera
quelques années plus tard le Domaine Musical.
Entre-temps s’est érigée une nouvelle église,
faite d’un matériau neuf, le son en lui-même,
libéré du carcan du diatonisme et du chromatisme :
Pierre Schaeffer a inventé la musique concrète. Cette
soudaine ouverture, dans un premier temps, séduit : de Messiaen
à Boulez, de Milhaud à Stockhausen, d’Ohana
à Varèse. D’autant qu’elle bénéficie
d’un atout majeur : l’apparition du magnétophone
à bande, fin 1950. Mais la personnalité de Schaeffer,
visionnaire et autocrate, dérange et agace. C’est un
« rigolo » ou un « bricolo » selon le point
de vue où on se place. « Trop intellectuel »
aux yeux de Pierre Henry, c’est un « ignorant des bases
et des rudiments de la musique », pour le très réactionnaire
Jacques Chailley, un « bricoleur musical » pour Pierre
Boulez. Il n’empêche que Pierre Schaeffer, en ouvrant
ainsi au matériau sonore des horizons nouveaux, aura favorisé
un élargissement expressif de la musique que toutes les églises
fortifiées de l’époque auront contribué
à anémier.
Pierre Boulez va pouvoir édifier la sienne, grâce à
un phénomène récurrent, l’effet du snobisme.
Mais ce qui était, avant guerre, l’apanage des aristocrates,
se trouve récupéré, dans les années
cinquante, par une bourgeoisie d’affaires avide de nouveauté.
Comme l’a reconnu Suzanne Tézenas, mécène
et présidente du Domaine Musical : « Au début,
pour avoir des soutiens, il a fallu flatter les gens par le snobisme.
C’étaient quand même des snobs qui cherchaient
la nouveauté. » (51) « Grâces soient rendues
au snobisme, forme moderne de la solitude collective, sans lequel,
sans doute, rien de décisif ne se serait tenté dans
l’évolution musicale », écrira Pierre
Schaeffer. (52)
Le Domaine Musical, temple parisien de l’avant-garde, va donc
bénéficier de ce courant, passant d’une dimension
de chapelle à des proportions de basilique. Boulez ironisera
: « Nous avons commencé au Petit Marigny : chapelle.
Nous avons poursuivi salle Gaveau : toujours chapelle. Nous venons
de commencer notre saison avec une salle Pleyel comble : encore
chapelle. Si nous emplissions le Vélodrome d’hiver,
nul doute que ce mot-gigogne nous atteindrait encore, le coït
politique-chapelle se prolongeant à l’aise. »
(53)
La musicologue Hélène Jourdan-Morhange ajoute : «
Bénissons le snobisme qui permet de remplir une salle comme
l’Odéon pour des séances de musique contemporaine.
» (54)
Le critique Antoine Goléa, grognard inconditionnel de la
grande armée boulezienne, exulte : « Le développement
foudroyant de cette entreprise montre bien que les temps sont heureusement
passés où la musique moderne et contemporaine digne
de ces qualificatifs était le domaine exclusif d’une
chapelle d’initiés. Précisément, le but
du Domaine Musical a été, dès ses débuts,
d’élargir sans cesse le cercle des auditeurs de la
musique réputée « maudite ». Et rien n’a
empêché la réussite de l’entreprise :
ni l’attitude incompréhensive et haineuse d’une
partie de la critique, ni les sarcasmes des musiciens bien en place
de l’enseignement officiel. » (55)
Francis Poulenc, tout en ne répugnant pas au calembour scatologique
« dodécacas », se laisse emporter par le mouvement
: « Il y a une atmosphère touchante à ces concerts,
écrit-il. Toute une jeunesse s’entasse debout aux places
à 150 francs. Je ne comprends pas qu’on puisse ignorer
un tel courant. Quand je pense que le pauvre X ricane et dit : ‘S’il
y a des fautes dans mon matériel, on croira que c’est
dodécaphonique’. Cela vaut le ‘mon fils en ferait
autant’ devant Paul Klee. Ceci dit, je continuerai à
écrire do mi sol do et n’approuve pas Stravinsky qui
se met des chapeaux trop jeunes pour son âge. » (56)
Car Stravinsky, après une longue période néo-classique,
vient d’adopter l’écriture sérielle, «
l’Evangile selon Saint-Arnold-Schoenberg », ironise
Gavoty. Scandalisé, l’octogénaire Vuillermoz
intitule « Le crépuscule du dieu » sa critique
du ballet Agon. Et pour Messiaen, le Canticum Sacrum est un «
devoir de l’élève Machaut corrigé par
Leibowitz ».
Un ralliement aussi prestigieux ne pouvait qu’ébranler
un milieu musical divisé en deux blocs antagonistes. D’un
côté, on dénonce « les illusions semeuses
de déboires » (57) d’un système qui «
apparaît comme la seule musique du présent et de l’avenir,
véritable religion, ayant ses dogmes, ses saints, ses hérétiques
et ses excommuniés », pour le persifleur Jacques Chailley
; et de l’autre, Antoine Goléa vilipende les musiciens
« qui se meuvent dans les eaux dormantes, dans les eaux mortes
du néo-classicisme ; ceux-là sont morts avant d’être
nés. » (58)
Betsy Jolas, alors élève de Milhaud et Messiaen, a
clairement resitué cette atmosphère conflictuelle
: « Le monde musical, tout comme l’autre – c’était
l’époque de la guerre froide – se trouvait partagé
en deux camps violemment hostiles. Aux attaques répétées
des uns contre les ... (j’ai oublié les épithètes
!) répondaient avec le même acharnement les vitupérations
des autres contre ce qu’on n’appelait plus désormais
que « cette musique-là »... « Cette musique-là
» dont je n’avais encore que la certitude qu’elle
était la seule alternative à l’autre, celle
que nous pensions avoir rejetée. » (59) « Ce
choix avait revêtu le caractère d’urgence d’une
position politique. Il fallait voter sériel ou s’abstenir.
» (60)
Alors, quelles planches de salut pour les compositeurs qui ne votent
pas sériel, tout en évitant les ornières de
la tradition tonale ?
Le havre de l’église schaefferienne, bien sûr,
ce Groupe de Recherches Musicales de la Radio qui suscite les sarcasmes
de Boulez : « Certains compositeurs se sont réfugiés
dans l’électroacoustique parce qu’une musique
écrite sur du papier leur posait des problèmes qu’ils
ne savaient pas résoudre. » (61)
Reste la musique de film, rejetée d’un côté
comme de l’autre, qui permit à quelques compositeurs
comme Georges Delerue, Antoine Duhamel, Pierre Jansen ou Maurice
Jarre de s’exprimer pertinemment, à la faveur de l’éclosion
de la Nouvelle Vague, en marge des foudres du terrorisme sériel.
Mais en même temps ce choix de la musique fonctionnelle –
pacte avec le diable – leur interdisait l’accès
aux manifestations de musique dite « sérieuse ».
Dernière issue, la musique pour la radio, et singulièrement
pour ce « Service des Illustrations Musicales » dirigé
jusqu’en 1963 par Henri Dutilleux. Il commanda des partitions
d’accompagnement de pièces radiophoniques à
des compositeurs de style aussi différents que Maurice Ohana
ou Serge Nigg, Louis Saguer ou Jean Wiéner, Maurice Jarre
ou Betsy Jolas, Georges Delerue ou Claude Prey. Pour Ohana, «
Dutilleux a sauvé la vie aux musiciens qui n’étaient
ni au Domaine Musical ni dans la réaction, encore bien armée
à l’époque. » (62)
La Radio fit également preuve d’ouverture, au début
des années soixante, en organisant au palais de Chaillot,
sous l’égide du Théâtre National Populaire,
plusieurs cycles de concerts « Présence de la Musique
Contemporaine » : « Sans esprit de chapelle ou de système,
assure le directeur musical de la Radio, Henry Barraud, nous vous
présentons quelques-uns des événements essentiels
de notre temps dans le domaine de la musique internationale et vivante.
» Mais dans le même temps, la Radio se refuse à
diffuser les concerts du Domaine Musical. L’œcuménisme
d’Henry Barraud a ses limites, fort bien définies par
lui même : « Les dodécaphonistes ne sont pas
fondés à ériger ce système en un dogme
exclusif hors duquel il n’y aurait point de salut. »
Nous sommes aux débuts de la Cinquième République,
et André Malraux, patron du tout nouveau Ministère
des Affaires Culturelles, va orchestrer – sciemment ou non
– un combat des chefs entre deux ennemis de longue date, Marcel
Landowski et Pierre Boulez : l’un qu’il va charger d’un
projet global de réforme de la musique en France, l’autre
qu’il nomme à la tête d’une direction autonome
de la musique.
A l’annonce de cette dernière décision, Boulez
voit rouge et rédige une lettre incendiaire à l’adresse
de Malraux : « Délier la musique de la vie culturelle
me paraît enfermer définitivement musique et musiciens
dans un ghetto non seulement démodé, mais asphyxiant.
Vous fermez la porte sans rémission à tout renouvellement
fondamental des structures en favorisant un conservatisme et une
myopie qui ont été, jusqu’à présent,
des plus préjudiciables à la vie musicale en France.
» (63)
Considérant qu’il n’est « pas en odeur
de sainteté dans les milieux musicaux français »
(64), Boulez, « qui ne se sent aucune vocation de grand prêtre
», selon ses propres termes, abandonne alors son église
à Gilbert Amy, qui va maintenir le Domaine Musical à
bout de bras, jusqu’en 1973. Entre autres tentatives novatrices,
il va chercher à déparisianiser l’institution,
laquelle n’avait jamais donné le moindre concert au-delà
des boulevards de ceinture jusqu’en 1965 : comme quoi le constat
de Déodat de Séverac, dressé soixante ans auparavant,
n’avait rien perdu de son actualité.
Comme l’a constaté Maurice Fleuret : « Le Domaine
est resté longtemps le temple d’une certaine orthodoxie
de l’avant-garde, le champ clos où se font et se défont
les réputations nouvelles. » (65) Il était donc
très difficile à Gilbert Amy d’infléchir
l’image sectaire du Domaine, d’autant que la statue
du Commandeur restait omniprésente. D’autre part, devant
la politique de saupoudrage des subventions pratiquée par
Landowski sous prétexte d’équité, le
Domaine Musical pouvait encore moins facilement assurer un équilibre
financier qui fut, de tout temps, son talon d’Achille.
André Boucourechliev analysera lucidement ce déclin
de l’avant-garde : « Les années cinquante et
le début des années soixante sont celles d’une
avant-garde ‘desperada’ et fière, indifférente
au succès médiatique ; la fin des années soixante,
c’est la fin de la sainteté, des ‘justes’.
» (66)
Une des dernières grandes manifestations du Domaine, la présentation
de Momente de Stockhausen, revêtit pour certains critiques
l’aspect d’une liturgie funèbre. Ainsi lisait-on
dans Combat : « Fervente, la foule attendait. La foule espérait.
Car c’est bien dans les termes du vocabulaire religieux qu’on
doit parler d’une telle cérémonie. Attitude
respectueuse : voix basse en entrant dans le sanctuaire. »
(67)
Prélude aux larmes de crocodile qui vont couler quand sonnera
le glas du Domaine Musical. « Saluons sa mémoire. Requiescat
in pace. », titre Le Journal du Dimanche. (68) Dans Le Monde,
Jacques Lonchampt constate que le Domaine Musical est bien mort
et mal enterré. Aucune voix ne s’est élevée
pour s’en émouvoir ou chanter simplement le Requiem
du défunt. » (69) C’est Benoît Duteurtre
qui s’en chargera, vingt ans plus tard, sur un ton iconoclaste,
avec son « Requiem pour une avant-garde ».
L’effondrement de l’église militante de l’avant-garde
permit l’éclosion de petites chapelles dissidentes
et concurrentes qui vont illustrer avec plus ou moins de bonheur
le souhait émis par le grand distributeur des subventions,
Marcel Landowski, appelant de ses voeux une musique contemporaine
animée « d’un souffle nouveau, plus spiritualiste
et moins formel. » (70)
Et nous voilà revenus au bipartisme qui alimentait autrefois
les querelles entre Scholistes et anti-scholistes...
Dans son remarquable ouvrage Le Paradoxe du Musicien, Pierre Michel
Menger a parfaitement souligné la perversité d’une
telle situation :
« Le divorce esthétique entre l’avant-garde sérielle
soutenue par une petite partie de l’élite sociale parisienne
et l’école française traditionnelle ou indépendante
a rejeté les musiciens amateurs et la plupart des mélomanes
vers la fréquentation accrue des œuvres du passé.
» (71)
Insidieusement, cette tendance s’accentuant au fil des ans,
et profitant de l’affaiblissement des positions de l’avant-garde,
va provoquer un effet de bascule et curieusement faire ressembler
toute une production musicale de couleur plus ou moins passéiste
à cette vogue des « retours à » qui fut
une des caractéristiques de la musique de l’entre-deux
guerres.
Au nom d’une prétendue liberté retrouvée,
ces nouveaux apôtres de la tonalité ont voulu tordre
le cou à des décennies de formalisme sclérosant.
Par un effet de boomerang quelque peu revanchard, le bipartisme
a repris du service, abrité par de nouvelles églises
et nourri par de nouveaux châteaux.
Faut-il en conclure que la vie musicale française ne peut
exister qu’à travers cet éternel manichéisme
des étiquettes et de l’affichage ?
On peut souhaiter que les créateurs, dépassant enfin
ces clivages d’appartenance aux systèmes, et débarrassés
de ces vieux oripeaux identitaires, adoptent cette conclusion d’Edgard
Varèse : « Le dernier mot est : imagination ».
NOTES
(1) Emile Vuillermoz, Histoire de la Musique, Paris, Fayard, 1949,
p. 286
(2) idem, p. 312
(3) Le Voltaire, 27 novembre 1880
(4) Vuillermoz, op. cit., p. 289
(5) Paul Landormy, Histoire de la Musique, Paris, Armand Colin,
1920
(6) Musica, n° 66, septembre 1959, p. 27
(7) Louis Laloy, La Musique retrouvée, Paris, Desclée
de Brouwer, 1928
(8) Vuillermoz, op. cit., p. 319
(9) Lettre du 20 mai 1899
(10) in Histoire de la Musique, op. cit.
(11) Lettre à Jean Marnold, 7 février 1906
(12) Vuillermoz, op. cit., p. 323
(13) Lettre à Jules Ecorcheville, 16 juin 1909
(14) in Déodat de Séverac, Ecrits sur la musique,
Liége, Mardaga, 1993
(15) in Musica, n° 47, février 1958
(16) Lettre à Charles Koechlin, 16 janvier 1909
(17) Conférence prononcée le 24 février 1916,
in Intemporel, n° 21, janvier-mars 1997
(18) in Comoedia, 20 avril 1910
(19) Lettre à Cipa Godebski, 25 avril 1910
(20) Lettre à Emile Vuillermoz, 22 avril 1910
(21) Lettre du 18 décembre 1916
(22) Le Courrier musical, 15 février 1917
(23) Vuillermoz, op. cit., p. 322
(24) Francis Poulenc, Correspondance, Paris, Fayard, 1994, p. 55
(25) Vuillermoz, op. cit., p. 465
(26) Excelsior, 28 novembre 1933
(27) in Hélène Jourdan-Morhange, Mes amis musiciens,
Paris, Editeurs Français Réunis, 1956
(28) Le Courrier musical, janvier 1923
(29) Excelsior, 8 janvier 1923
(30) Comoedia, 28 janvier 1924
(31) Darius Milhaud, Notes sans musique, Paris, Julliard, 1949,
p. 237
(32) Henry Barraud, La France et la musique occidentale, Paris,
Gallimard NRF, 1956, p. 156
(33) Claude Rostand, L’Oeuvre de Pierre-Octave Ferroud, Paris,
Durand, 1957, p. XI
(34) in Musica, n° 47, février 1958
(35) Correspondance, op. cit., p. 559-560
(36) in Jean Boivin, La classe de Messiaen, Paris, Christian Bourgois,
1995, p. 354
(37) in Antoine Goléa, Rencontres avec Pierre Boulez, Paris,
Julliard, 1958, p. 28
(38) Le Figaro, avril 1945
(39) Excelsior, 28 novembre 1933
(40) Correspondance, op. cit., p. 794
(41)Tony Aubin, in Comoedia, 22 mai 1943
(42) in Boivin, op. cit., p. 60-61
(43) in Goléa, op. cit., p. 47
(44) Correspondance, op. cit., p. 695
(45) Le Figaro, 28 juillet 1950
(46) Le Guide du concert, n° 229, 3 avril 1959
(47) Le Nouvel Observateur, n° 275, 16 février 1970
(48) « Schoenberg est mort », in The Score, février
1952
(49) La Musique depuis Debussy, Paris, Presses Universitaires de
France, 1961, p. 185
(50) in Pierre-Michel Menger, Le Paradoxe du Musicien, Paris, Flammarion,
1983, p. 222
(51) idem, p. 223
(52) Traité des objets musicaux, Paris, Le Seuil, 1966
(53) cité par Jesus Aguila, Le Domaine Musical, Paris, Fayard,
1992
(54) Le Guide du concert, 8 décembre 1959
(55) Musica, n° 50, mai 1958 (signé de son pseudonyme
Rémy Francoeur)
(56) Correspoondance, op. cit., p. 836
(57) Paul Le Flem, Musica, n° 64, juillet 1959
(58) Musica, n° 56, novembre 1958
(59) Le Monde, 23 septembre 1983
(60) Preuves, n° 178, décembre 1965
(61) in Menger, op. cit., p. 128
(62) idem, p. 73
(63) Correspondance Pierre Boulez/André Schaeffner, Paris,
Fayard, 1998, p. 89
(64) Lettre à André Schaeffner, 10 août 1966
(65) Le Nouvel Observateur, 6 décembre 1971
(66) in Aguila, op. cit.
(67) Jack Gousselaud, Combat, 25 janvier 1973
(68) 20 janvier 1974
(69) Le Monde, 9 novembre 1973
(70) Le Monde, 26 novembre 1973
(71) op. cit., p. 51
(72) Edgard Varèse, Entretiens avec Georges Charbonnier,
Paris, Belfond, 1970, p. 79
François Porcile est réalisateur,
historien du cinéma, écrivain, musicologue. Auteur
de nombreux ouvrages et articles sur la musique, particulièrement
sur la musique de film, et sur le cinéma, il conseilla François
Truffaut pour la musique de plusieurs de ses films. On lui doit
notamment La Belle Epoque de la musique française. Le
temps de Maurice Ravel. 1871-1940 (1999), Les conflits
de la musique française 1940-1965 (2001) et la première
monographie consacrée à Maurice Ohana en
2005, écrit conjointement avec le compositeur Edith Canat
de Chizy, son épouse.
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