Au cours de l’année 2006, sous
l’impulsion du Professeur François-Bernard Michel,
membre de l’Académie et alors Président de
la Compagnie, l’Académie des Beaux-Arts a souhaité
redonner vie à un ancien projet, le "Dictionnaire
de l’Académie", qui regroupait les Académiciens
autour de notions d’ordre esthétique. Au terme de
discussions au cours desquelles les Académiciens confrontaient
leurs points de vue, une définition de la notion était
rédigée.
L’Académie a constitué pour
ce faire en 2006 un groupe de travail, intitulé «
Comité des travaux et débats de l’Académie
» qui s’est donné pour objectif la continuation
de ce projet dont elle a souhaité conserver l’esprit
de discussion tout en lui ôtant son caractère par
trop didactique : il lui a semblé en effet qu’aux
notions d’ordre esthétique, fluctuantes selon les
époques, correspondait davantage une discussion ouverte
qu’une volonté de fixation dans les termes rigides
d’une définition.
Composé de représentants de l’ensemble
des sections de l’Académie, ce groupe de travail
s’est réuni tout au long de l’année
2006 autour de la notion de « Dessin » et le texte
de ce débat a été retranscrit au sein de
la publication trimestrielle de l’Académie, La
Lettre de l’Académie (n°49).
Le deuxième thème abordé
par les Académiciens fut celui de la Forme et le troisième
celui de la Transversalité.
La pluridisciplinarité caractérise une partie de la création
artistique d’aujourd’hui. Dans ce débat, les académiciens tentent
de discerner les aspects contemporains de la transversalité et
ce qu’elle doit à la tradition. A la Renaissance, l’artiste humaniste,
curieux de l’Antiquité comme des nouveaux savoirs scientifiques
et artistiques, se veut universel, à l’image de Michel Ange ou
de Léonard de Vinci. Le travail collectif des ateliers sert des
projets transversaux fédérés par une commande politique ou religieuse.
La rupture s’opère au XVIIe siècle avec le cloisonnement de disciplines
hiérarchisées en arts majeurs et arts mineurs. Cette hégémonie
des Académies isole l’artiste dans sa pratique et conduit à un
changement de son statut. Avec l’affirmation de l’expression individuelle,
initiée par le Romantisme, se pose désormais la question de l’héritage.
Remise en cause de la transmission et des catégories esthétiques
traditionnelles, brouillage des repères, hybridation et hétérogénéité
des matériaux : la pratique de la transversalité favoriserait-elle
la disparition du métier et la généralisation de l’amateurisme
? Si le risque de faire n’importe quoi existe évidemment et si
certains savoir-faire disparaissent, les apports des nouveaux
outils et des nouvelles techniques génèrent en même temps des
gestes et des modes de pensée nouveaux. Ressentie par l’artiste
comme une nécessité esthétique et non comme un artifice, la transversalité
est alors une pratique comme une autre, qui permet au plasticien
de renouveler ses moyens d’expression et de donner plus d’ampleur
à son projet.
La discussion permet ainsi de mieux définir la pratique de la
transversalité en art en affirmant qu’il n’existe pas de croisement
disciplinaire sans maîtrise des disciplines. La transversalité,
au service d’une unité supérieure à la diversité des techniques
employées, exige une collaboration entre tous les arts plutôt
qu’une appropriation approximative des différentes techniques.
Au terme du débat, les académiciens proposent de distinguer deux
démarches pluridisciplinaires : la métaphore et le métissage.
La première consiste à transposer les codes d’un art à un autre,
à l’exemple des portraitistes de l’Antiquité grecque qui s’appuient
sur une longue tradition juridique et littéraire pour nourrir
l’iconographie. La seconde consiste à unir les disciplines pour
créer un art nouveau, à l’exemple du cinéma, expression mixte
par excellence où les disciplines qui se croisent, s’affrontent
et se fédèrent, sont au service d’une œuvre unique.