INSTITUT DE FRANCE

ACADEMIE DES BEAUX-ARTS

Discours prononcé dans la séance publique tenue par l'Académie des Beaux-Arts
présidée par M. Jean PRODROMIDES, président de l'Académie, le mercredi 12 octobre 2005

POUR LA RECEPTION DE

M. Seiichiro UJIIE
ELU MEMBRE ASSOCIE ETRANGER

par

M. Arnaud d'HAUTERIVES,
Secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts

 

Monsieur,

Vous accueillir dans notre Compagnie est, pour celui qui parle en son nom, une joie. Permettez moi de vous l’exprimer ici, devant ceux qui sont désormais vos confrères, devant votre famille, vos amis, ceux qui sont venus du Japon spécialement pour vous accompagner dans ce moment solennel, ou ceux qui n’ont eu qu’à traverser Paris. A tous, je souhaite la plus cordiale bienvenue sous cette Coupole où se sont réunis, depuis maintenant deux siècles, tant d’artistes et d’amis des arts.
Cette joie est aujourd’hui sans ombre. Vous le savez, la tradition vivante de notre Compagnie veut que, lors de sa réception sous la Coupole, tout nouvel académicien rende hommage à celui dont il va occuper le fauteuil. A la joie d’accueillir un nouveau membre se mêle donc souvent la tristesse d’avoir perdu un ami et la nostalgie qu’entraîne la remémoration. Mais aujourd’hui, rien ne viendra troubler cette fête, puisque, je le rappelle, vous avez été élu à un siège créé, pour être précis par le décret du 8 juin 1998. Le thème de votre discours sera donc libre, et nous nous réjouissons de vous entendre dans un instant.
Il est relativement rare que ces voûtes vénérables résonnent aux inflexions de la langue japonaise, même si, je dois le signaler, vos compatriotes sont, ou ont été, bien représentés au sein de la section des Associés étrangers de notre Académie. Je reparlerai de notre cher Yosoji Kobayashi, à qui nous devons de vous connaître et certainement aussi de vous compter désormais parmi nous. Mais je pense encore au regretté Kenzo Tange, qui nous a quittés cette année. Je citerai enfin notre confrère chef d’orchestre Seiji Ozawa, qui n’a pas encore été reçu sous cette Coupole, mais qui le sera un jour, je l’espère.
Vous le voyez, Monsieur, vous ne serez pas totalement dépaysé parmi nous lorsque vous nous ferez l’amitié de nous rendre visite, et le hasard fera peut-être qu’en ce temple de la langue française, l’on pourra surprendre des bribes de conversations dans votre langue japonaise. Mais vous n’aurez pas besoin de vous exprimer dans votre idiome maternel pour vous sentir ici chez vous : votre parfaite connaissance de notre culture et vos actions nombreuses en faveur de l’art en France vous servent de passeport.


L’usage veut que l’académicien à qui incombe la tâche de recevoir un nouveau membre dresse le portrait de celui-ci, et dise à tous ses confrères combien l’impétrant est digne d’appartenir à leur cénacle.
Sacrifions donc à la tradition et remontons à présent les années, si vous le voulez bien.
Vous êtes né en 1926, dans une famille lettrée et ouverte sur le monde : votre grand-père, avocat de culture libérale, n’hésita pas à faire suivre des études supérieures à ses enfants, y compris à ses filles, à l’université de Tokyo et à l’université Tsuda, ce qui était fort rare à l’époque, et pas seulement au Japon. Cela se passait au cours des premières années du règne de l’empereur Taisho, après 1912.
Votre père exerça de hautes responsabilités dans le Japon d’avant-guerre, et dirigea un important groupe financier. De tempérament libéral, il avait au cours de sa carrière beaucoup voyagé. En dépit de sa position sociale et professionnelle élevée, il ne soutint jamais le régime militariste et expansionniste qui précipita le Japon dans la guerre, cette guerre que votre père jugeait insensée. Trois ans et demi plus tard, les 6 et 9 août 1945, devait arriver l’événement qui restera à jamais un des grands traumatismes de l’humanité : les Américains lançaient leurs bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, entraînant la capitulation du Japon. On peut imaginer ce que dut être la vie d’un jeune homme de 19 ans lors de cette triste période et la perception qu’il put avoir d’un événement si tragique.
Peut-être alors avez-vous compris que dans ce monde incertain, marqué à la fois par la perte des repères et par une violence aveugle, l’art, par son don d’émerveillement, peut contribuer à restaurer la confiance et la fraternité entre les hommes.
Dès votre plus jeune âge, vous avez été fidèle aux opinions libérales de votre père qui vous a appris à détester le militarisme. Vous fîtes un jour une étonnante découverte dans son bureau : parmi de nombreux et très divers ouvrages figurait le Capital de Karl Marx, soigneusement annoté. On ne s’attend guère à trouver un tel livre dans le bureau d’une personnalité influente du Japon de cette époque. Cela témoigne pour le moins d’une ouverture d’esprit et d’une curiosité qui est aussi la vôtre.
Devenu étudiant après la guerre, et comme beaucoup de jeunes gens de votre génération, vous avez milité dans des mouvements communistes, par idéalisme, et surtout par rejet du régime militariste qui avait amené le Japon à la ruine. Lorsque vos parents l’apprirent, ils ne se formalisèrent pas et votre père déclara avec humour qu’il s’agissait d’une étape passagère, « comme la rougeole pour les enfants ». Il disait en effet, je le cite : « Le marxisme est certes un idéalisme, mais il ne sera pas applicable à moins que l’ensemble de l’humanité soit essentiellement bonne. En réalité, un petit nombre de hauts fonctionnaires détient le pouvoir et la bureaucratie va régner. Les hommes ne peuvent pas être libres de leurs désirs personnels, ce qui les rend corrompus. Donc ce régime ne marchera pas ». Fin de citation.
L’histoire, il faut le dire, a largement donné raison à votre père. Comme celui-ci l’avait aussi prévu, vous avez quitté le parti communiste peu de temps après. Vous ne supportiez pas le camp gauchiste qui, tout en proclamant les bienfaits de la démocratie, ne pouvait tolérer aucune contradiction. L’esprit du journaliste indépendant vous habitait déjà ; il ne devait plus vous quitter.
C’est alors que vous vous convertissez définitivement au libéralisme économique, dont vous étudiez les mécanismes et l’histoire à la Faculté de sciences économiques de l’Université de Tokyo. Diplômé de cette université en 1951, vous entrez aussitôt au célèbre journal quotidien YOMIURI SHIMBUN, au sein duquel vous faîtes une brillante carrière, jusqu’à en devenir en 1980 Directeur général exécutif. Ce journal, créé en 1874, est aujourd’hui le premier quotidien japonais. Il tire à plus de 14,5 millions d’exemplaires, ce qui constitue le plus fort tirage au monde. Ce chiffre laisse rêveur quand on sait que nos grands quotidiens nationaux ne tirent qu’à quatre cent mille exemplaires au maximum, et que la population du Japon ne représente qu’un peu plus du double de celle de la France. Il faut dire que le Japon se situe au troisième rang mondial pour le nombre d’exemplaires de quotidiens diffusés par habitant. La France, quant à elle, est au trente et unième rang.

C’est au YOMIURI SHIMBUN que vous faites la connaissance et gagnez l’amitié et l’estime de notre cher Yosoji KOBAYASHI. Notre regretté confrère y était entré en 1965 comme rédacteur en chef, après avoir effectué une brillante carrière de haut fonctionnaire. Il devait devenir Président du prestigieux journal en 1981. Votre carrière professionnelle est depuis lors fortement liée à celle de Yosoji KOBAYASHI. En 1981, lorsque ce dernier devient « chairman » de la Nippon Television, c'est-à-dire lorsqu’il accède au poste suprême de la hiérarchie japonaise dans une entreprise, vous le rejoignez et devenez vous-même Vice-président de Nippon Television Network Corporation.
Je rappellerai brièvement que la Nippon Television avait été créée en 1953 par Matsutaro SHORIKI, qui devait plus tard devenir le beau-père de Yosoji KOBAYASHI. Cette chaîne de télévision a accompagné, tout en le favorisant, le remarquable essor économique du Japon de l’après-guerre. Son créateur s’était appuyé sur trois principes : à ses yeux, la télévision représentait un formidable moyen pour redonner à un public ébranlé par la Seconde Guerre mondiale une certaine joie de vivre mais aussi la possibilité de s’ouvrir à la culture ; la télévision était aussi, selon lui, une incitation au développement industriel et à la recherche technologique ; enfin, une chaîne de télévision commerciale lui apparaissait, grâce aux messages publicitaires, susceptible de stimuler la consommation et par là, d’apporter un concours non négligeable à l’économie nationale. Ces intentions étaient à la fois louables et visionnaires. Elles ne supposaient pas à l’époque les débordements que nous connaissons aujourd’hui et le dévoiement certain de nos télévisions commerciales où l’outrance et vulgarité règnent bien souvent. Espérons que notre télévision française publique saura se relever et retrouver le chemin de la qualité.

Avec Yosoji KOBAYASHI, et désormais seul, puisque vous êtes depuis 1992, après avoir gravi les échelons de la hiérarchie, Président de la Nippon Television et depuis juin 2005 « chairman » (cette année est décidément faste pour vous), vous vous êtes attaché à faire de la télévision un véhicule privilégié de la connaissance. La télévision, en effet, lorsqu’elle est de qualité, peut donner à voir ce qui d’ordinaire est caché ou difficile d’accès : paysages lointains, peuplades méconnues, faune et flore étrangères à nos contrées, et évidemment, chefs-d’œuvre et monuments. Dans le domaine artistique, elle peut devenir une sorte de « musée ambulant », la caméra se substituant à notre regard. En nous ouvrant les portes des musées, des collections, en nous permettant de nous promener dans des architectures sublimes, elle nous fait découvrir les plus nobles aspects de l’activité humaine, elle nous console des guerres et des blessures.

 

Nous abordons ici ce qui nous tient le plus à cœur et qui justifie pleinement votre entrée à l’Académie des Beaux-Arts. Tout comme votre mentor Yosoji KOBAYASHI, vous manifestez depuis toujours un goût prononcé pour l’art, dont vous êtes devenu un grand mécène, tout particulièrement en France. Vous avez pris avec enthousiasme et compétence le relais des projets lancés par votre prédécesseur. Vous me permettrez de rappeler brièvement l’action de Yosoji KOBAYASHI en faveur des échanges artistiques franco-japonais. De nombreuses et prestigieuses expositions consacrées aux artistes français et aux collections des grands musées de notre pays furent organisées au Japon dès 1974, qui permirent au public de découvrir Cézanne, Fragonard, Matisse, Monet, mais aussi les Musées de Lyon et Grenoble, et bien évidemment, notre beau Musée Marmottan Monet. Ce « Temple de l’Impressionnisme » fut entièrement rénové, en particulier pour ce qui concerne la salle des Monet, grâce à l’engagement de Yosoji KOBAYASHI et au mécénat de la Nippon Television. Ce Musée, qui est le joyau des fondations de l’Académie des Beaux-Arts, abrite la plus importante collection privée au monde de tableaux de Claude Monet, ainsi qu’une magnifique sélection d’oeuvres d’autres peintres impressionnistes.
Il faut dire que les liens qui unissent le Japon et les Impressionnistes sont nombreux. Dès 1867, le Japon, invité à participer aux expositions universelles, exerça une véritable fascination sur les artistes français d’avant-garde, qui s’intéressèrent aux maîtres de l’ukiyo-e, l’art du cadrage, de la ligne et du motif. Les artistes, à la suite de Whistler, furent profondément influencés par les estampes japonaises dans lesquelles ils trouvèrent des réponses aux questions qu’ils se posaient alors : celles de l’espace, du mouvement, de la représentation de l’instant fugitif notamment. Emile Zola, dans son roman Au bonheur des dames, écrit « quatre ans venaient de suffire pour attirer toute la clientèle artistique de Paris ».
Claude Monet rassembla une collection de deux cent trente et une estampes japonaises, que l’on peut aujourd’hui encore admirer dans sa maison de Giverny. Par ailleurs, le peintre fit aménager de 1893 à 1895, également dans sa propriété de Giverny, qui appartient aujourd’hui à notre Académie, un merveilleux jardin d’eau japonisant, propre à la rêverie, tenant à la tradition orientale de la contemplation philosophique de la nature. Dans ce jardin, le pont japonais était particulièrement cher à Claude Monet, qui le représenta à maintes reprises au sein du foisonnement végétal des bords de l’étang, baigné dans la couleur changeante au gré des mouvements de l’air, le l’ombre et de la lumière.

Dès 1993, vous avez, Monsieur, pris l’initiative de nouveaux projets culturels d’envergure, en particulier de nouvelles expositions au Japon : je citerai l’exposition consacrée cette année là à Monet et aux Impressionnistes au Musée Marmottan, puis en 1995, l’exposition consacrée à Van Gogh, suivie par celle qui présentait les chefs-d’œuvre du Musée national de l’Orangerie. L’année dernière encore, pas moins de quatre-vingt œuvres qui constituent les trésors du Musée Marmottan ont été présentées dans plusieurs musées du Japon grâce à votre soutien financier. Inlassablement, vous faites connaître au public japonais notre art français, et nous vous en remercions.
Vous me permettrez de vous rendre hommage pour l’aide financière considérable que vous avez apportée à notre Musée Marmottan. Vous poursuivez ainsi fidèlement l’œuvre de votre prédécesseur Yosoji KOBAYASHI. Grâce à vous, nous pourrons encore améliorer la qualité de l’accueil et de la présentation des œuvres dans ce lieu qui nous tient tant à cœur.

Votre action en faveur des arts en France ne s’arrête pas là, loin s’en faut. Nous quittons pour un instant notre Compagnie et ses fondations et traversons la Seine pour évoquer l’étendue de votre générosité en faveur du Musée du Louvre. La Nippon Television a en effet entièrement financé la campagne de réaménagement de la Salle des Etats, qui est la salle de la Joconde. Comme beaucoup ici le savent, cette salle, édifiée à l’origine par Lefuel, était destinée à accueillir, à partir de 1859, les grandes séances législatives sous Napoléon III. Réunie au musée en 1878, elle abrita alors la peinture française du XIXe siècle. La nouvelle Salle des Etats, entièrement rénovée sur les plans de l’architecte Lorenzo Piqueras, a donc été inaugurée le 6 avril dernier Il fallait en effet, pour faire face à l’afflux des millions de touristes avides de contempler le chef d’œuvre de Léonard de Vinci, un écrin à la mesure de la célébrité inouïe de ce tableau. Monna Lisa del Giocondo contemple désormais un autre chef d’œuvre absolu, celui-là de Véronèse, Les Noces de Cana. Dans cette salle sont aussi présentées une cinquantaine d’autres peintures du XVIe siècle, dues notamment à Titien, Tintoret, Bassano. Grâce à un éclairage zénithal judicieusement dispensé par une nouvelle verrière, le public peut découvrir toutes ces merveilles dans les meilleures conditions.
En soutenant ce grand chantier au service d’œuvres majeures de l’art occidental, vous avez là encore mis vos pas dans ceux de votre prédécesseur Yosoji KOBAYASHI, qui avait permis, grâce au mécénat de la Nippon Television, la restauration des peintures murales de la Chapelle Sixtine, et en particulier le Jugement dernier de Michel-Ange, avec le succès que l’on sait. On peut dire que l’entreprise que vous dirigez joue un rôle de tout premier plan dans la préservation et la mise en valeur des plus grands chefs d’œuvres de l’histoire de l’art. Le Musée du Louvre bénéficie encore de votre aide pour le réaménagement de la Galerie où est présentée la Vénus de Milo.

Mais revenons à présent à votre action en faveur des fondations de notre Académie. Nous avons déjà parlé du soutien que vous avez apporté à notre Musée Marmottan Monet, action qui est liée à votre volonté de faire connaître l’art occidental au Japon en y organisant des expositions. Mais vous ne vous contentez pas d’importer, en quelque sorte, l’art occidental au Japon. Vous suscitez un véritable échange culturel entre nos deux cultures. Au mois de mai 2003 a en effet été inauguré le jardin japonais restauré de la Villa Ephrussi de Rothschild. La Villa Ephrussi de Rothschild est l’une des plus charmeuses des demeures de la Côte d’Azur. Elle a été édifiée sur le promontoire de Saint Jean Cap Ferrat de 1905 à 1912, selon les volontés de la baronne Ephrussi de Rothschild, fille du régent de la Banque de France Alphonse de Rothschild et épouse de Maurice Ephrussi, richissime banquier. Cette villa compose un décor idéal pour les objets qu’elle expose ; elle évoque poétiquement les villes et pays aimés par la baronne Ephrussi. Elle est comme une synthèse des architectures méditerranéennes.
La villa Ephrussi de Rothschild est aussi un musée des jardins. Les sept jardins qui enserrent la villa évoquent les natures européennes et exotiques, rappellent les caractères des jardins italiens et espagnols si chers à la donatrice. Devant la villa s’étend le jardin français, un jardin classique qui contraste heureusement avec l’architecture néo-Renaissance de la demeure aux murs roses et avec les splendeurs de la végétation méditerranéenne qui éclatent tout autour. Récemment restaurés, les jeux d’eau qui agrémentent ce jardin confèrent à celui-ci un attrait supplémentaire.
Mais le véritable bijou de ces jardins, c’est à vous, Monsieur, que nous le devons. Le jardin japonais a été conçu et réalisé par le professeur Masao FUKUHARA, de l’Université des Beaux-Arts d’Osaka, et aménagé grâce au mécénat de la Nippon Television. Quatre-vingt dix ans après sa création par la baronne Ephrussi de Rothschild, ce jardin japonais présente donc un véritable caractère d’authenticité et permet à la foule des touristes qui viennent l’admirer de pénétrer dans un monde qui leur est inconnu, de plain-pied avec la culture japonaise. Ce jardin contient les éléments principaux du jardin japonais, chargé de plus de mille ans d’histoire. Il porte un nom fort poétique : « Cho-Seki Tei », ce qui signifie « jardin où l’on écoute tranquillement l’agréable bruit des vagues au crépuscule ». Nous voilà tout à coup transportés dans le monde zen, au cœur de l’univers spirituel japonais.
Les éléments qui composent ce jardin, comme le pavillon en bois, la porte, le pont en bois, les lanternes et les vasques ont été fabriqués au Japon et importés en France. En utilisant au maximum l’espace et les éléments originaux, le jardin se compose de trois parties : le jardin-étang tout d’abord, le jardin sec ensuite, exprimant l’océan avec des gravillons blancs ratissés et la montagne avec des roches naturelles, un espace extraordinairement harmonieux avec la Méditerranée, et enfin le jardin du Thé, qui représente l’atmosphère d’un jardin à la montagne.
Lorsque nous nous promenons dans ce jardin, nous pouvons percevoir la philosophie qu’il exprime, par la disposition des pierres et des rochers, la représentation des éléments naturels comme la montagne, la rivière et l’océan. Il s’agit d’un jardin de contemplation et de méditation, qui est le reflet de l’influence du bouddhisme Zen.

Voici donc en quelques mots résumés à la fois votre parcours professionnel et votre action en faveur des arts. Je ne serais cependant pas complet si j’omettais d’indiquer que vous êtes depuis 2004 Directeur du Musée d’Art Contemporain, et de la Fondation de l’Histoire et de la Culture de la Ville de Tokyo. J’ajouterai encore que les actions de mécénat que vous menez ne sont pas exclusivement destinées à l’art, mais qu’elles se mettent aussi au service de grandes causes humanitaires. La Nippon Television organise tous les ans, au mois d’août, une levée de fonds au profit de réfugiés et d’enfants de pays pauvres.


Devant toutes ces entreprises et ces réussites qui sont les vôtres, l’on pourrait vous imaginer grave et sentencieux. Il n’en est rien. Pour ceux qui ont la chance de pouvoir vous côtoyer dans d’amicales circonstances, vous savez montrer votre goût pour les belles et bonnes choses, et je me réjouis toujours de vous retrouver, lors de mes nombreux voyages au Japon (depuis 1968, je dois avouer que je me suis rendu pas moins de trente fois dans votre beau pays). Vous vous présentez en fait comme un personnage double, à la fois austère, rigoureux, homme d’entreprise constamment tendu vers l’avenir dans l’exercice de vos fonctions officielles, et en même temps amical, épicurien, doux et toujours élégant dans votre intimité. En cela, vous vous confondez avec la représentation mythologique japonaise de l’Empire du soleil levant, personnage à deux visages, à la manière du dieu latin Janus : le visage souriant, représentant la côte du Pacifique, ensoleillée en toute saison, et le visage sombre, rigoureux du géant légendaire, les abords de la Mer du Japon.

J’espère que vous quitterez parfois les rivages lointains de votre beau pays et que vous nous honorerez de votre présence lors de vos passages en France. Vous serez toujours reçu ici à bras ouverts puisque vous y êtes désormais chez vous.

Cher Seiichiro UJIIE, c’est avec plaisir que je vous reçois dans notre Compagnie !