Sous le haut patronage de
Monsieur Jacques Chirac
Président de la République

EXPOSITION JEAN LURÇAT
Donation Simone Lurçat


La Belle Armoire, 1962, 245x325cm

16 juin 2004 – 22 août 2004
Palais de l’Institut de France
Salle Comtesse de Caen
27, quai de Conti, 75006 Paris

Horaires d’ouverture
11h00 à 18h00
(du mardi au dimanche inclus)


Jean Lurçat, élu membre de l’Académie des Beaux-Arts le 13 février 1964, fut l’un des artistes majeurs de notre Compagnie au cours de la seconde partie du XXe siècle. Dès 1939, celui qui avait été un peintre reconnu, influencé par le cubisme puis par le surréalisme, s’attacha avec les résultats que l’on sait à redonner ses lettres de noblesse à l’art du lissier.
En élisant au sein de sa section de peinture un peintre-cartonnier, notre Académie officialisait la renaissance d’un art depuis longtemps négligé avant d’être régénéré par Jean Lurçat. Cette ouverture est indispensable à l’évolution harmonieuse d’une institution fort ancienne, qui se doit d’être à l’écoute de l’évolution de l’art de son temps et du caractère parfois mouvant des frontières entre les disciplines artistiques.
L’œuvre de Jean Lurçat est immense : elle témoigne de la multiplicité de l’inspiration de cet homme supérieur, qui créa avec autant de bonheur des dessins, des peintures à l’huile, des gouaches, des lithographies, des céramiques et des ouvrages de bibliophilie. L’exposition organisée au Palais de l’Institut permettra au public d’en découvrir un certain nombre. Toutes les œuvres présentées font partie de l’importante donation faite par Madame Simone Lurçat à l’Académie des Beaux-Arts en décembre 2001. Cette donation est venue enrichir le patrimoine artistique de notre Compagnie, qui en assurera le rayonnement et fera mieux connaître l’œuvre de l’artiste. Celle-ci est trop peu représentée à Paris : l’Académie des Beaux-Arts répare donc une injustice en proposant à tous d’entrer dans le riche imaginaire de Jean Lurçat.
Le visiteur pourra découvrir une quinzaine de tapisseries, datant de toutes les périodes de création de Jean Lurçat, qui constituent un précieux échantillon de son œuvre tissée immense – la plus importante que nous ait laissée un artiste au XXe siècle - mais également des peintures, donnant un éclairage sur les débuts de la carrière de l’artiste, des céramiques, ainsi que des ouvrages de bibliophilie rarement montrés.

Arnaud d’HAUTERIVES,
Secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts

 


REPERES BIOGRAPHIQUES

1892 Naissance de Jean Lurçat à Bruyères (Vosges).
1912 Part pour Paris. Fréquente l’École des Beaux-Arts, puis entre à l’Académie de la Grande Chaumière.
1913 Signe un contrat d’apprentissage avec J-P Lafitte, peintre fresquiste.
1914 S’engage dans l’infanterie. Sa jeunesse est profondément marquée par la Grande Guerre dont le traumatisme et les angoisses se retrouveront dans sa peinture.
1916 Première exposition à la galerie Tanner, à Zurich. Sa mère exécute ses premières tapisseries au point de canevas
1919 Démobilisé. Part pour Genève chez Jeanne Bucher.
1920 S’installe à Paris, rue Nollet, XVIIe. Se lie avec Pierre Chareau, Jean-Richard Bloch, Max Jacob, les peintres Bosshard et Marcoussis.
1922 Première exposition Lurçat à Paris.
1923-1927 Voyage en Espagne, en Afrique du Nord, en Grèce et en Asie Mineure. Une fièvre orientaliste s’empare de sa peinture. S’installe 4, villa Seurat dans la maison-atelier construite par son frère, l’architecte André Lurçat.
1928 Exposition à la Valentine Gallery de New York.
1931 S’installe à Vevey, en Suisse, avec sa famille. Expose à Berlin, Philadelphie, Paris.
1934 Séjourne à nouveau à New York où il compose les décors et costumes d’un ballet pour la compagnie « American Ballets ».
1936 Découvre l’Apocalypse d’Angers (la plus grande tapisserie du monde tissée au XVe siècle, par Nicolas Bataille et Jean de Bandol) qui est une véritable révélation pour l’artiste.
1940 Une vingtaine de tapisseries sont tissées dans les ateliers d’Aubusson. Il collabore avec André Derain pour La Chasse, tapisserie composée à « quatre mains » et avec Raoul Dufy pour lequel il numérote le carton Le bel été.
1941-1942 S’installe dans le Lot où il participe à la lutte clandestine. Exécute Liberté, tapisserie qui a pour thème le poème de Paul Eluard. Exposition « Dufy and Lurçat », à New York, à la Bignou Gallery.
1945 Président de l’association des peintres cartonniers sous l’impulsion de Denise Majorel.
1946 « La tapisserie française du moyen âge à nos jours », exposition-événement à Paris au musée national d’Art moderne ; une salle lui est consacrée.
1947 Compose l’Apocalypse pour l’église d’Assy et le Vin pour le Musée du Vin à Beaune.
1951 Réalise ses premières céramiques à l’atelier Sant Vicens près de Perpignan.
1954 Compose une importante tapisserie : Hommage aux morts de la Résistance et de la Déportation (4 x 12 m) destinée au Musée national d’Art Moderne de Paris.
1956 – 1957 Série d’expositions en Europe, aux Etats-Unis, et au Japon. Il commence à créer sa série de tentures sur le Chant du Monde.
1958 Rétrospective de son œuvre au Musée national d’Art Moderne de Paris. Compose deux grandes tapisseries pour le Palais Farnese à Rome.
1959 Elu membre de l’Académie royale de Belgique et l’Académie des Beaux-Arts du Portugal.
1961 Fondation à Lausanne du Centre international de la Tapisserie ancienne et moderne dont il est président. Le Général de Gaulle offre Etoiles de Paris à Sir Winston Churchill.
1962 Rétrospective de l’œuvre peint à la galerie Stiebel, à Paris.
1964 Le 19 février 1964, il est élu membre de l’Académie des Beaux-Arts.
1965 Derniers voyages au Mexique et en Grèce.
1966 Meurt le 6 janvier, à Saint-Paul-de-Vence.
1967 Achat du Chant du Monde (500 m2) par la ville d’Angers.
1981 Inauguration du Centre culturel et artistique Jean Lurçat à Aubusson.
1986 Ouverture à Angers du Musée Jean Lurçat et de la tapisserie contemporaine.
Donation au département du Lot des Tours de Saint-Laurent, atelier de l’artiste ouvert depuis 1988 au public.
2001 Donation de Madame Simone Lurçat à l’Académie des Beaux-Arts.
2003 Donation des bijoux Lurçat à l’Union centrale des Arts décoratifs.

 

« La tapisserie à l’état idéal, c’est un décor qui s’arrête aux angles des murs, aux poutres, à la cheminée.
Le seul cadre naturel de la tapisserie, c’est l’architecture qui doit le lui donner.
La tapisserie c’est principalement chose d’architecture… C’est un objet, et dans son essence un tissu, dont le devoir est d’habiller un peu de bâtiment à qui, sans cet ornement, eût sans doute manqué un je ne sais quoi de charme, de passionnel : de charme pour tout dire…
Comment se présente à nous une tenture murale ? Eh bien, c’est un tissu rugueux, terrien, énergique, souple, certes, mais par chance d’une souplesse moins courtisane que la soie ou le linon. Lourd. Et c’est là où nous atteignons le centre du problème. Lourd de matière et lourd de signification. Car si toute cette laine, toute cette toison nouée sur chaîne par
des entrelacs et des nœuds savants et une attention ouvrière sont de poids certain, si ce tissu est vraiment « retentissant », c’est qu’en plus, il est lourd, et lourd d’intentions.
C’est cela qui arrime sa somptuosité à l’homme et à l’édifice donc. C’est un tissu, et qui comporte donc un duo. L’artiste et son exécutant. Et puis des outils, des peignes, des rouets, des métiers de chêne, des tours de main, des secrets transmis de bouche à oreille ; des traditions familiales ; des conciliabules journaliers entre l’artiste et son exécutant ; des apprentissages ; un souci constant du prix juste et équitable des choses ; un souci de la qualité des matières. Tout un chacun peut se précipiter sur une toile, contre une toile et « l’envahir » de ses caprices.
La tapisserie se venge, elle, de toute outrecuidance puisque, si nous n’avons pas consenti à respecter sa spécificité, nous n’avons plus, l’ouvrage terminé, en face de nous, que faux aspect, fausse monnaie, copie moquée par l’original ; masque ou grimace. »


Jean LURÇAT

Tropiques, 1956, Atelier Picaud, 320x675cm

« J’ai vu là-bas des formes gigantesques, presque inhumaines… Aussi bien dans les feuillages, les orchidées, les fleurs que dans les insectes, les papillons… Ce qui m’intéresse, par exemple, dans le papillon, ça n’est pas la réalité de cet insecte, c’est l’invention extraordinaire que constituent l’entrelacs des formes, le pétillement des coloris, ce côté gratuit – si j’ose dire – de la coloration… »

« Naturellement, le coq est considéré comme un de mes principaux symboles… Pour moi, il n’est souvent qu’un exercice de vocalise. En tapisserie, c’est avec lui que j’essaie mes nouveaux effets, mes nouvelles sonorités, mes nouveaux timbres… Mais à d’autres moments, au contraire, il a une très grande signification. Par exemple, quand je lui colle des cornes de taureau ou lorsque je le mets sur le ventre ou sur la tête de l’homme. Le coq, alors, c’est l’éventreur, c’est le type qui perpétue. C’est le mâle et c’est l’équinoxe… »

 

 

Les Ardents, 1963, Pinton Frères, 220x147cm

« Il me semble qu’une tapisserie ou un mur ou même un bijou est un objet uniquement décoratif et un peu mince de substance si je n’y ai pas mis un soleil, des étoiles ou une lune. Il me semble que mon travail est incomplet si je ne tiens pas compte de ces éléments, exactement comme le jour ne serait pas complet s’il n’y avait pas la nuit, le lever des étoiles, la voie lactée, etc… »

 

 

Solaria, 1963, Pinton Frères, 163x121cm

DONATION LURÇAT
ŒUVRES EXPOSEES

Tapisseries
- LE GRAND SOLAIRE (1964) Picaud 1434 (2,20x3,33)
- SOLEIL DE PARIS (1962) Tabard 3700 (2,40x2,52)
- HOMME JAUNE (1958) Picaud 1509 (1,65x0,81)
- LUNE ET TORO (1962) Legoueix 236 (1,41x1,05)
- LA GRANDE REINE (1962) Brivet 450 (2,56x1,78)
- PALAIS DU PRINCE (1954) Tabard 3791 (2,28x1,80)
- TROPIQUES (1956) Picaud 1024 (3,20x6,75)
- LA VIGNE (1943) Picaud 1490 (2,63x3,71)
- LA BELLE ARMOIRE (1962) S.A. 224 (2,45x3,25)
- LA ROSEE (1947) Tabard 26 (2,24x1,50)
- LES ARDENTS (1963) Pinton Frères 643 (2,20x1,47)
- SOLARIA (12963) Pinton Frères 573 (1,63x1,21)
- LE JARDIN DU REVEUR (1947) Brivet 54 (2,00x2,95)

Tableaux
- TRAFALGAR (1930) (113x144) huile
- CHARMEUR DE SERPENTS (1926) (185x96) huile
- GRANDE MARINE (1931) (80x161) huile
- FEMME AU VOILE ROUGE (1928) (130x82) huile
- MARIN GREC (1926) (155x75) huile

Céramiques
- Grand vase (2 anses) 1/25, hauteur 40 cm
- Vase évasé 2/50, hauteur 30 cm
- Grand vase fond marron 1/25, hauteur 56 cm
- Grand vase tube, fond marron : hauteur 56 cm
- Grand vase tube, fond marron : hauteur 78 cm
- Grand vase tube, fond marron : hauteur 119 cm

Livres illustrés


CATALOGUE DE L’EXPOSITION
en vente sur place, au prix de 15 euros

Avec la participation de :

- Jean ROLLIN, correspondant de l’Institut, Conservateur en chef honoraire du Musée d’Art et d’Histoire de la Ville de Saint-Denis.
- Denise MAJOREL, fondatrice et directrice de la galerie La Demeure à Paris, marchand d’art de Jean Lurçat, attachée à promouvoir la tapisserie contemporaine.
- Viviane HUCHARD, conservateur général, directeur du Musée de Cluny à Paris, spécialiste de la tapisserie ancienne et contemporaine.
- Gérard DENIZEAU, professeur d’histoire de l’art à l’Université de Nancy et de Paris ; auteur de plusieurs ouvrages sur la peinture, l’architecture, la musique ; auteur du catalogue raisonné de l’œuvre peint de Jean Lurçat.
- Christian et Ariane DELACAMPAGNE, respectivement professeur à l'Université Johns Hopkins à Baltimore (Etats-Unis) et photographe, auteurs d’une vingtaine d’ouvrages, principalement des essais philosophiques et des textes sur l’art ; leur dernier livre, Animaux étranges et fabuleux, un bestiaire fantastique dans l’art, aux éditions Citadelles & Mazenod, a reçu le Prix du Cercle Montherlant et de l’Académie des Beaux-Arts en 2003.
- Bruno FOUCART, professeur d’histoire de l’art à l’Université Paris IV Sorbonne, directeur scientifique de la Bibliothèque Marmottan
- Dominique FOREST, conservateur du Musée des Arts décoratifs.


Vase céramique de Sant-Vicens, ca 1951