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Confusions autour du droit d’auteur    

La France est la patrie du droit d’auteur, depuis Beaumarchais, comme l’a récemment rappelé le Président Jacques Chirac dans un discours prononcé lors des Deuxièmes Rencontres Internationales de la Culture. Or le droit d’auteur est aujourd’hui en danger, menacé par le concept anglo-saxon du copyright et par la volonté, notamment des Etats-Unis, de déréglementation en matière culturelle, qui aboutirait à rendre illégales une large partie des aides octroyées par l’Etat au monde artistique. Il est aujourd’hui important de réaffirmer que l’art n’est pas une marchandise, et que la culture doit être exclue du champ de compétence de l’Organisation Mondiale du Commerce, à défaut de quoi la libéralisation des échanges internationaux fera disparaître en peu de temps la diversité culturelle à laquelle nous sommes attachés.
La position de la France sur ce sujet est claire, mais elle est menacée de l’intérieur, de façon plus ou moins insidieuse, et cela transparaît notamment dans de récents articles parus dans de grands quotidiens nationaux, qui entretiennent une confusion dangereuse sur la notion même de droit d’auteur.
En dénonçant des abus du droit à l’image, ou encore du simple droit de propriété, les journalistes en viennent à glisser vers des situations qui relèvent du véritable droit d’auteur, pour finalement aboutir, de façon plus ou moins consciente, à remettre en cause ce droit.

L’un des articles détaille avec précision les difficultés auxquelles sont confrontés les photographes, et les procédures de plus en plus nombreuses engagées par des propriétaires qui ont entraperçu leur commerce, leur maison, leur moto ou même leur chien sur une photographie publiée par la presse. Il ne s’agit là souvent que d'un simple abus du droit de propriété.
Le glissement au deuxième niveau du raisonnement est quasiment imperceptible. On dénonce dans la même logique la revendication, légitime celle-ci, des architectes qui réclament une prise en compte de leur droit d’auteur lorsque certains de leurs bâtiments sont utilisés sur des images à des fins commerciales. Nous sommes bien ici dans le domaine du droit d’auteur, et l’architecte, qui a certes reçu une rémunération lors de la réalisation de son œuvre, est aussi en droit de réclamer une prise en compte de ses droits d’auteur lorsque cette œuvre est reproduite à des fins commerciales.
Voilà donc un exemple typique d'un amalgame consistant à dénoncer un abus pour contester une revendication légitime.
Un autre article critique le fait que la Chine désire négocier l’utilisation de l’image et du nom de Mao Zédong et cite, comme exemple de cette dérive, la revendication de la famille du peintre Dong Xiwen dont la reproduction du tableau représentant Mao a été très largement diffusée. Là encore l'exemple est mal choisi car ce qui est dénoncé relève d’accords commerciaux, alors que la revendication des ayant droits du peintre relève du droit d’auteur.
Ces deux exemples illustrent bien comment l'abus de droit commercial est utilisé pour remettre en cause le droit d'auteur.
La dernière étape du raisonnement concerne Internet et le débat actuel sur la notion et les limites de la copie privée.
Les tenants de la liberté de circulation des œuvres sur Internet, dans une totale gratuité et sans aucun contrôle, se font les alliés objectifs des propriétaires des réseaux qui veulent pouvoir utiliser le travail des artistes sans aucune contrepartie.
Les groupes de pression qui prônent la suppression de la copie privée, ou ceux qui refusent toute limitation de son usage abusif, dévaluent gravement la notion de propriété littéraire et artistique et contribuent à la réduction de la diversité des œuvres.
Le développement sans précédent des modes de copie de CD ou de DVD, d'une qualité équivalente à l'original, ne constitue aucunement, comme on voudrait nous le faire croire, un mode de démocratisation culturelle, bien au contraire.
Même si une redevance est désormais perçue sur les supports vierges de reproduction et sur les appareils de copie, la somme revenant aux auteurs sur un CD data est d’environ 10 fois inférieure aux droits qui leur reviennent sur un CD du commerce. Mais surtout, les redevances de copie privée ne peuvent être réparties que d’une manière aléatoire, en fonction des sondages et de subtiles péréquations, ce qui favorise inévitablement les tenants du Hit-Parade, alors que le droit de l’auteur est identifié disque par disque, et donc réparti avec une parfaire équité.
La conclusion de ces journalistes est claire : le droit d’auteur appartient au passé, l’art et la culture sont des marchandises comme les autres, « l’exception culturelle » n’existe pas pour les créateurs. C’est précisément contre ce postulat que l’Académie des Beaux-Arts se doit de prendre position.

Texte élaboré avec le concours de
Laurent Petitgirard