Rencontre avec Arnaud d’Hauterives, Secrétaire perpétuel



Nadine Eghels : Pourquoi avez-vous souhaité consacrer  un dossier de La Lettre au design ?

Arnaud d’Hauterives : Le design est aujourd’hui une pratique artistique très répandue, plus présente dans la vie quotidienne que certaines expressions plastiques traditionnelles. Il touche un large public, et de manière nouvelle. Il est donc intéressant qu’il trouve un écho dans cette Lettre qui se veut refléter l’évolution du monde des arts, lesquels ne sont heureusement pas figés une fois pour toutes mais constituent une matière vivante, en perpétuelle mutation. C’est en ce sens déjà que nous avons créé il y a cinq ans deux fauteuils pour les photographes, artistes qui de nos jours devaient naturellement trouver leur place au sein de notre compagnie.


N. E. : Envisageriez-vous dès lors de faire entrer  aussi un designer à l’Académie ?

A.H. : Pourquoi pas ? Ce serait conforme à l’évolution des pratiques artistiques, nous sommes au XXIe siècle et l’Académie doit vivre dans son temps. N’oublions pas que le nombre de sièges et de sections a été défini du temps de Louis XIV, il est logique qu’il ne corresponde plus tout à fait à la réalité contemporaine. L’Académie a d’ailleurs déjà accueilli en son sein des artistes qui ne s’inscrivaient pas dans la définition stricto sensu des sections : un ferronnier d’art (Subes), un lissier (Lurçat)... et ce fut bénéfique pour tout le monde ! Par ailleurs, il reste des sièges vacants dans la section de Peinture et il nous est difficile de les pourvoir. Cela montre bien que la peinture traditionnelle n’est plus aujourd’hui représentative de la multitude des pratiques. Je pense qu’il serait temps de redéfinir le contenu de nos sections en y intégrant les expressions actuelles incontestables, qui ont vraiment trouvé leur place dans nos musées, dans nos galeries... dans nos vies.


N.E. : à quand remonte votre intérêt personnel pour le design ?

A.H. : À mes années d’études à l’École des Beaux-Arts, avant mon départ pour Rome. Il y avait boulevard Saint-Germain le magasin Knoll (qui existe toujours) où j’étais attiré par les formes et les coloris, nouveaux, originaux, joyeux. Déjà à l’époque, le design m’apparaissait plus en prise sur la vie que la peinture. Il en proposait une vision nouvelle, plus dynamique. J’appréciais le mariage du fonctionnel et de l’esthétique, qui venait en plus, avec une certaine gratuité propre au geste artistique.


N.E : Au fond, qu’est-ce qui différencie le design de la peinture ?

A.H. : Le design procède d’une nouvelle source d’inspiration. Dans la peinture, même la plus abstraite, on raconte une histoire, on exprime, on suscite une émotion. Le design s’affranchit de cette dimension émotionnelle, et témoigne d’une exigence intellectuelle. Il vise à la satisfaction de l’œil, mais aussi au respect de la fonction. Je dirais que la contrainte de la fonction impose un cadre à l’égo du créateur.


Chaises conçues par Harry Bertoia pour Knoll, vers 1950. Herbert Matter, affiche publicitaire.