L’École régionale des Beaux-Arts de Saint-Étienne, aujourd’hui École supérieure d’art et design (ESADSE), a été créée en 1857 pour former des créateurs et répondre notamment aux besoins des fabricants de rubans, d’armes et de cycles, soucieux de la diversité décorative de leur production. Elle est donc, depuis son origine, étroitement liée à l’essor économique d’une ville à la pointe de la modernité industrielle pendant tout le XIXe siècle.


Rencontre avec Yann Fabès, directeur.



Nadine Eghels : Quand cette école  a-t-elle été créée ?

Yann Fabès : Il y a plus de 150 ans ! C’était l’école de dessin de Saint-Étienne, une des nombreuses écoles implantées en région pour offrir une alternative à l’Académie de Paris, en rapport avec le développement industriel de certains territoires. À Saint-Étienne, c’étaient l’industrie métallurgique et la passementerie qui prévalaient. Les industriels avaient besoin de dessinateurs pour décorer les objets qu’ils produisaient. L’école est donc née d’une réalité économique.


N.E. : L’école est-elle en lien avec l’université ?

Y.F. : Les écoles d’art se sont développées en dehors de l’université, leur tutelle est toujours le Ministère de la Culture, et non l’Education nationale. Depuis quelques années les 58 écoles d’art du réseau se sont constituées en établissements autonomes et ont changé d’appellation pour signifier leur appartenance au circuit de l’enseignement supérieur.


N.E. : Quel est le diplôme délivré ?

Y.F. : Après cinq ans, le diplôme délivré est un équivalent de master. Nous nous attachons à construire le niveau doctoral. C’est de l’école de Saint-Étienne que sont sortis les premiers diplômés en design.


N.E. : Comment s’organise  l’enseignement du design ?

Y.F. : Dans les années 1980, nous avons formalisé des champs optionnels : le premier est centré sur la photo, le documentaire, la communication ; le deuxième sur les matières artistiques, le troisième sur l’environnement, qui inclut l’option design.


N.E. : Comment l’École est-elle  intégrée dans la ville ?

Y.F. : À Saint-Étienne, l’histoire industrielle est incontournable, aussi l’École a un positionnement très fort dans la ville. Elle est née d’ailleurs de la volonté politique d’initier une reconversion de la ville par le design. Il y a eu d’abord la création de la Biennale Internationale Design Saint-Étienne, en 1998, assumée par l’École pour les trois premières éditions, ensuite est né le concept de la Cité du design, porteur de tout ce qui relève du développement du design à l’échelle de la ville, et même de la région.


N.E. : Et sur le plan international ?

Y.F. : Depuis quelques années l’École est très repérée, et depuis 2011 Saint-Étienne a été reconnue par l’UNESCO comme « ville du design », la seule en Europe avec Berlin. L’école fait partie d’un réseau international d’écoles réputées, 63 établissements dans le monde avec lesquels nous échangeons des élèves (dans le cadre d’Erasmus notamment) et travaillons à faire coïncider nos options pédagogiques, et à développer conjointement des programmes de recherche. En plus la Biennale nous permet d’inviter ces écoles, de leur offrir une plateforme.


N.E. : Quelle est l’histoire du bâtiment ?

Y.F. : Nous avons inauguré ces nouveaux locaux en 2009, avant nous étions dans le bâtiment historique de l’École des Beaux-Arts en centre-ville, qui date de 1850. Ici nous sommes sur le site du GIAT, la Manufacture d’armes de Saint-Étienne. Dans ces vastes espaces nous avons mutualisé entre Cité et école des services comme la médiathèque, la « matériauthèque », les salles d’exposition, l’auditorium, les salles de séminaire. L’École est partie prenante dans tous les programmes de la Cité, de sorte que les étudiants sont immergés dans la vie active, en rapport avec le monde de la culture et celui de l’industrie.


N.E. : Le design est une notion vaste et complexe. Quels sont les domaines privilégiés ici ?

Y.F. : Nous explorons trois champs d’investigation : le design d’objets industriels, le design d’espace (qui comprend l’aménagement intérieur, la scénographie d’expositions ou de lieux publics), et enfin le webdesign, les pratiques numériques, les objets communicants, l’interactivité entre technologie et créativité. Un domaine d’avenir, avec un vecteur d’usage fort.


N.E. : Quelle est la place de l’expérience  dans cet enseignement ?

Y.F. : Elle est centrale. L’École est conçue comme un lieu de production. Les étudiants s’impliquent dans tous les programmes d’exposition ou de recherche. Ils réalisent aussi la revue Azimuts, avec les étudiants du post-diplôme qui restent à l’école une ou deux années supplémentaires. Notre souci est d’imposer un modèle de formation et de recherche qui comprenne l’expérience et la pratique.


École supérieure d’art et design de Saint-Étienne | www.esadse.fr


La médiathèque et la matériauthèque.
Photo CM Pezon.

En haut : vue d’ensemble de l’ancienne Manufacture qui abrite désormais la Cité du design et l’École supérieure d’art et de design. Photo Agence Lin.


Les étudiants et les enseignants bénéficient de structures et d’espaces exceptionnels.

Photos Sandrine Binoux