Rencontre avec Christophe Hespel, proviseur


Nadine Eghels : Comment définir l’École Boulle ?

Christophe Hespel : L’École Boulle n’est pas exclusivement une école de design. C’est un lycée des métiers et une école supérieure d’arts appliqués, parmi les quatre que compte Paris : l’École Estienne, qui originellement était orientée vers la typographie ; l’École Duperré, tournée vers les métiers de la mode et Olivier de Serres. L’École Boulle est au départ spécialisée dans les métiers d’art, l’ébénisterie, avant que le travail du métal puis du tissu ne viennent s’ajouter à celui du bois. Plus tardivement la bijouterie a été rattachée à cet ensemble.

Dans les années 70 est apparue la nécessité de développer des formations d’arts appliqués, c’est ainsi que sont nées des filières de design, avec la création des BTS options design. Le design d’espace, de volume (le DCEV) et bien sûr le design d’objets ou produits. Il faut encore ajouter le BTS agencement architectural.

Dans les années 80 fut créé un diplôme supérieur d’arts appliqués, le DSAA. Aujourd’hui les métiers d’art entrent forcément en dialogue avec le design, sauf peut-être ceux qui touchent la restauration de mobilier anciens, et encore, même dans ce cas la réflexion sur le design reste présente. Le design est omniprésent, dans les produits, dans l’architecture intérieure, dans le secteur industriel, dans les services, dans l’évènementiel. Les écoles doivent donc s’adapter et suivre le processus de modernisation visuelle des produits et des espaces.

Le rapport avec l’industrie, notamment, est majeur, et nous attachons, dans la formation, une grande importance aux liens que nous pouvons développer avec des partenaires industriels. Ils constituent en effet un débouché « naturel » pour nos étudiants. Le design est partout, c’est pourquoi l’École Boulle se doit d’être en prise sur le monde. Les partenaires industriels (et institutionnels ou culturels) font de plus en plus appel aux écoles pour recruter des stagiaires, et la dimension technologique, pratique et commerciale de leur formation est pour nous indispensable.


N.E. : Combien d’étudiants à l’École Boulle ?

C.H. : Au total, nous comptons 1050 étudiants, dont environ 400 en design. Mais aujourd’hui, la frontière entre métiers d’art et design est de plus en plus difficile à établir ; un artisan d’art est forcément concerné par le design, du moins s’il s’agit d’un artisanat de création.


N.E. : Quelles sont les caractéristiques  de cet enseignement ?

C.H. : Ce qui singularise les formations de design à l’École Boulle, c’est le rapport avec la matière, toujours très présente, historiquement. Il y a bien sûr une part de recherche virtuelle, le numérique envahit la création et contribue à la modernisation des processus de recherche mais nos étudiants sont confrontés à la réalité des matériaux et restent très proches de la matière. Tout cet effort et toute cette tradition leur facilite l’ouverture de débouchés vers l’industrie ou vers les services.

Les étudiants doivent aussi intégrer de nouveaux processus de travail, en perpétuelle évolution car découlant des technologies les plus innovantes. Je l’ai dit, le lien avec le monde industriel est primordial pour nous, et nous nous efforçons de suivre nos étudiants une fois sortis de l’École. Nous continuons à leur proposer des stages s’ils n’ont pas réussi à trouver un emploi, afin de les aider à s’intégrer dans la vie professionnelle.


N.E. : Quelle est la durée des études,  à quel diplôme mènent-elles ?

C.H. : La durée des études varie selon les diplômes préparés : deux ou trois ans pour les étudiants de BTS ; 4, 5 ou 6 ans pour les étudiants de DSAA, équivalant à un master.

Pour l’heure, dans l’attente de la reconnaissance officielle du master et notre inscription dans le format LMD, nous proposons, outre des partenariats avec des universités, une année supplémentaire aux sortants de DSAA des trois écoles d’art de la ville de Paris, qui leur donne alors droit à une reconnaissance par la ville d’un titre supérieur de design, lequel a un format très proche du master.

Le diplôme de designer est très recherché dans les agences d’architecture intérieure. Les étudiants sortants sont soutenus par les chambres de métiers d’artisanat d’art, par des fondations partenaires, comme Rothschild, Bettencourt-Schuller, Odon Vallet, Culture et diversité, et par l’école, qui suit attentivement les étudiants à la sortie.

Nous nous attachons à développer encore et encore cet aspect, fondamental dans le monde d’aujourd’hui. L’accompagnement des étudiants par des stages, des résidences... Les valeurs de solidarité, d’entraide et de fidélité sont au centre de l’école Boulle et forment, avec le climat de liberté créatrice et la culture, le centre de sa mission éducative.


École Boulle (École supérieure des arts appliqués) | www.ecole-boulle.org


Née en 1886, l’école Boulle demeure aujourd’hui une des grandes écoles en Europe, préparant à la maîtrise des gestes et des savoir faire qui font la qualité et le génie des métiers d’art du bois, du métal et du tissu. Photos DR


Projet de diplôme en DSAA (Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués) - Design de Produits Mobiliers (DPM) par Norman Bouzidi (2009). Photos DR


Christel de Tollenaere, Boîte - Magie en Boîte, 2008, pièce de diplôme de DMA (Diplôme des Métiers d’Art), gravure en modelé. Photo DR