Parmi les premières galeries dédiées au design


Rencontre avec Philippe Jousse, directeur


Nadine Eghels : Comment est née cette galerie ?

Philippe Jousse : La rencontre avec l’œuvre de Jean Prouvé a été déterminante dans mon parcours. C’était le début des années 80, après l’ouverture du Centre Pompidou avec les grandes expositions pluridisciplinaires qui s’y sont succédé, j’ai ouvert un stand pour exposer ce mobilier aux puces de Clignancourt. Peu à peu, c’est devenu une passion, chercher les meubles et les objets, et la manière de les présenter, de les mettre en scène comme des œuvres d’art. C’était l’époque des premiers collectionneurs de design, les objets commençaient à entrer dans les musées et les grandes collections américaines. En 1989-90, ce fut la grande exposition Prouvé à Beaubourg. J’ai ouvert ma première galerie en 1989, avec des meubles de Prouvé, de le Corbusier et de Charlotte Perriand. C’était une nouvelle aventure. Pour la première fois dans l’histoire du mobilier, le dessin primait sur le matériau.


N.E. : Comment pourriez-vous  caractériser le marché du design ?

P.J. : C’est un marché très porteur en ce qui concerne certains artistes, surtout lorsque les pièces ont été fabriquées en très petites séries. De nos jours la place de Paris est forte. On y trouve une sorte de synthèse de la production du XXe siècle. L’œuvre de Jean Prouvé s’est développée en relation avec l’industrialisation, avec l’essor de l’automobile comme de l’aéronautique. Et puis il a envahi le domaine de la vie quotidienne, en proposant à travers les objets un nouveau style de vie. En France, Philippe Starck a beaucoup contribué à cette évolution, en inventant des objets domestiques où l’utilitaire se conjugue à l’esthétique, en équipant des hôtels et des lieux publics, une nouvelle façon d’habiter, de vivre.


N.E. : Comment votre métier évolue-t-il ?

P.J. : Aujourd’hui on ne trouve plus d’objets sur les sites industriels abandonnés ou reconvertis, on ne fait plus de récupération miraculeuse, notre métier se rapproche de celui d’antiquaire. On essaie malgré tout de trouver des pièces originales, parfois on les restaure, et on invente des modes de présentation originaux. Par ailleurs je m’attache maintenant à défendre l’œuvre de vidéastes dans ma galerie du Marais, afin de retrouver ce côté plus créatif que marchand.


Galerie Jousse | www.jousse-entreprise.com

En haut : Roger Tallon, fauteuil, 1967, plastique et métal, 44 x 128 x 72 cm. Photo Marc Domage.


Jean Prouvé, fauteuil Cité, dessin 131, 1933, métal, cuir et toile, 85 x 70 x 90 cm. Photo Adrien Dirand.


Vue de la galerie Jousse Entreprise, au cœur du quartier de Saint-Germain, à Paris. Photo CM Pezon.