« Mon but a toujours été la libération du son » disait le compositeur Edgard Varèse dans une de ses communications en 1939. Ce visionnaire avait dès cette époque prévu tous les grands bouleversements de la musique au XXe siècle.
Dans ses entretiens avec Georges Charbonnier réalisés en 1955, il redéfinit avec une clarté surprenante les principaux paramètres de la musique, la forme, le contrepoint, le rythme :
« La forme est un résultat, le résultat d’un processus » (et non d’un « moule à remplir »).
Le contrepoint devient « à la place de l’ancien contrepoint linéaire, fixe, le mouvement de plans et masses sonores, variant en intensité et en densité. » Quant au rythme, « souvent confondu avec la métrique, il provient de l’effet combiné et simultané d’éléments disparates qui interviennent à des moments calculés, mais non réguliers ».
Et surtout, « le matériau brut de la musique est le son » : voilà qui résume toute l’aventure de la musique contemporaine de Debussy à nos jours, de Pierre Schaeffer et la création du Groupe de Recherches Musicales (GRM), Pierre Boulez et celle du Domaine Musical, de l’Ensemble Intercontemporain et de l’Institut de Recherche et de Coordination Acoustique Musique (Ircam), au mouvement spectral porté par l’Ensemble Itinéraire.

Henri Dutilleux, en toute indépendance, a traversé ce siècle et ses révolutions. Incarnant l’amour du timbre et le génie de la spatialisation, il est devenu la référence de nombreux jeunes compositeurs. Sa récente disparition nous a incités à lui rendre hommage et à souligner sa singularité dans ce vaste panorama de l’évolution de la musique dite «  contemporaine » développé dans ce dossier.


Edith Canat de Chizy, membre de la section de Composition musicale


www.edithcanatdechizy.com

Illustration : Kathinkas Gesang, de Karlheinz Stockhausen, pour flûte et bande.

Création le 9 mai 1985 à l'Espace de projection de l'Ircam. Photo Marion Kalter