INSTITUT DE FRANCE

ACADEMIE DES BEAUX-ARTS

Discours de M. Louis-René BERGE

à l'occasion de sa réception dans la section de gravure

en hommage à Raymond Corbin

le mercredi 13 décembre 2006

 

Monsieur le Ministre, Monsieur le Président
Mesdames, Messieurs,
Ma chère Consœur et mes chers Confrères,

Il y a maintenant un an, par une belle matinée d’hiver, je reçus une lettre de l’Institut de France - Académie des Beaux Arts dans laquelle l’auteur me signalait la vacance d’un fauteuil dans la section gravure, donnant lieu à une élection.

J’avoue très franchement avoir été surpris, étonné, puis flatté et… peu à peu je réalisai qu’avec un peu de chance…peut-être… beaucoup…
Eh bien me voilà maintenant devant vous, un peu intimidé, un peu gauche dans ce beau costume feuillu et fleuri, celui-là même qu’ont porté et que portent encore tant de grandes figures.

Le fauteuil dont il était question dans cette lettre était celui de Raymond Corbin.

Ne l’ayant pas connu, et connaissant mal l’Art du Médailleur, j'étais un peu préoccupé à la pensée d’avoir à parler de sa vie et de son oeuvre. Heureusement, j’ai eu la chance de rencontrer Claude Gondard et Madame Renée Mayot, ancienne élève de Raymond Corbin, médailleurs tous les deux, dont la réputation est grande en ce domaine, et qui ont eu la gentillesse de m’initier à cette discipline.
D’autre part, tous les confrères qui l’ont bien connu m’ont dit que j’avais beaucoup de chance de faire l’éloge de Raymond Corbin car c’était un homme merveilleux …Je fus tout à fait rassuré.

Mais un homme merveilleux doit bien avoir quelque particularité qui donne du piment au personnage…. Et bien oui, il était gaucher et, pour son apprentissage, il fallait absolument qu’il devienne droitier, surtout à une époque où l’on pensait que la gaucherie était une infirmité, cela commencait mal. Mais conscient et poussé par ses grandes dispositions pour le dessin et son très grand désir de devenir ce qu’il est devenu par la suite, un Maître, il réussit à la suite d’un long et dur apprentissage, à devenir droitier.

Ce trait de caractère définit L’homme, mais avoir un don ne suffit pas, il faut l’exploiter, et le côté passionné de Raymond Corbin fit qu’il sut franchir les obstacles qui auraient pu rebuter un débutant moins bien décidé que lui.

Son milieu familial, le père était cordonnier, ne le prédisposait pas vraiment à s’engager dans une carrière artistique, ses parents, bien qu’ayant remarqué ses facilités pour le dessin ne pensant pas qu’une carrière de dessinateur pût être un bon choix. Mais la visite d’un ornemaniste, client de son père, décidera de la carrière du fils.
Arrêtons nous un instant.

Nous soulevons ici un problème, celui de savoir si la connaissance de la vie d’un artiste est nécessaire à l’appréciation de son travail. Certains amateurs et critiques d’Art, et non des moindres, pensent que cela est parfaitement inutile, d’autres pensent à l’inverse que le récit du vécu est un complément indispensable à la compréhension et à la pénétration de l’œuvre. Pour ma part je pense que certains repères biographiques sont tout à fait importants et précieux.
En effet nous venons de le voir, certains faits de vie peuvent expliquer certains comportements et orienter un destin.

C’est à Rochefort qu’il naquit en 1907 et où il vécut jusqu’à la fin de la Grande Guerre.

En 1919 ses parents décidèrent de monter à Paris, c’est là qu’il débuta dans l’atelier de cet ornemaniste dont nous avons parlé où l’on dessine et surtout où l’on sculpte les parties accessoires des œuvres d’art.
Et voici comment lui-même décrit dans le bulletin du Club français de la Médaille les obligations de l’apprenti : "Après une courte période de convenance réciproque, le jeune homme est engagé pour quatre ans avec un salaire infime mais était par contre adopté comme le fils de la maison... Cette atmosphère familiale n’excluait en rien la sévérité avec laquelle était contrôlée chaque action touchant le métier".
Il découvrit ainsi la vie d’atelier et ses rigueurs. Cette période fut pour lui très formatrice pour sa future carrière... C’est le temps où la couleur de la blouse marque le métier, elle est noire pour le Graveur, blanche pour le Ciseleur, grise pour le Mécanicien, bleue pour l’Estampeur.

Il n’abandonna pas pour autant le dessin, suivit des cours du soir et fréquenta ensuite l’école Germain Pilon ; c’est là qu’il rencontra le sculpteur Wlérick., qui lui apprit comment « monter une œuvre ». Rencontre très importante car par la suite Raymond Corbin devint aussi sculpteur.

Mais sa passion pour le dessin et son habilité manuelle l’engagea dans la difficile voie de la gravure de médailles. Après avoir demandé au Maître Dropsy, professeur à cette époque, de suivre les cours de l’École des Beaux-Arts comme élève libre, ce qui fut accepté, il se présenta au bout d’un certain temps, se sentant suffisamment capable, au concours de Rome et obtint un second Grand Prix en 1932. Ce succès lui permit d’être admis définitivement, dans cette École des Beaux-Arts, qu’il ne quittera plus, comme élève d’abord, et comme professeur ensuite.

C’est maintenant le grand départ. Les événements heureux s’enchaînent. Il commence à être apprécié, les commandes arrivent, il a à cette époque sa première commande officielle. En 1936 il reçoit le prix Blumenthal qui le consacre définitivement comme un des meilleurs espoirs de sa génération.
En outre, chose capitale, sa nouvelle réputation lui permet de trouver un atelier. Enfin sa situation étant maintenant stabilisée, il peurépouser celle qu’il avait rencontrée quelques années plutôt aux Beaux-Arts, mademoiselle Canale qui fut dans les jours difficiles, une épouse très présente et participante.
Sa beauté lui servit de modèle pour exécuter médailles et portraits. J’ai d’ailleurs pu admirer récemment un très beau buste de Madame Corbin chez elle.

L’art de la médaille est né en Lombardie au Quattrocento et le premier grand artiste dans ce domaine fut Antonio Pisanello (1394-1455) qui a réalisé à côté de son œuvre picturale, un grand nombre de médailles. Ses portraits des grands hommes de son temps, gravés à l’avers, sont d’un réalisme saisissant et les compositions de ses revers souvent complexes et passionnantes sont du plus grand intérêt. Ce grand ancêtre et bien d’autres qui ont suivi, tel le grand David d’Angers au XIXe siècle, furent des modèles pour Raymond Corbin.

Mais pour pouvoir le suivre dans sa brillante carrière, il nous faut maintenant parler un peu technique.

Les moyens mécaniques que nous connaissons n’étaient pas d’un usage courant à cette époque. Il fallait alors forger et façonner soi-même son outillage, former d’équerre le bloc d’acier du poinçon, pour que la gravure soit assurée de toute la régularité nécessaire La confection de ces outils, dont il se servira la vie durant, comme médailleur, demandait un travail exigeant, une grande habileté et une grande patience.

Il est important de savoir que la fabrication d’une médaille peut s’exécuter de deux façons, soit par les techniques de fonderie soit par la frappe directe du bronze. L’outil de frappe (le coin) peut être obtenu à partir d’un modelage ou par la taille directe. Cette dernière façon de travailler la taille directe, plus sensible, est celle utilisée par Raymond Corbin dans presque toutes ses médailles à partir de 1960. C’est une manière plus exigeante et cela nécessite une grande maîtrise dans le maniement de l’outil et une vigilance de tous les instants, l’erreur étant souvent fatale et en tous les cas difficile à rattraper.

Son grand combat fut de remettre à l’honneur cette taille directe, de lui redonner ses lettres de noblesse et surtout de la faire sortir de l’artisanat dans laquelle elle s’était enfoncée. Mais il réalisa également de très belles médailles modelées. Et comme un champion de haut niveau doit, pour exceller dans sa discipline, pratiquer d’autres sports, ses autres talents artistiques, notamment la pratique de la sculpture, lui ont permis d’avoir à sa disposition une palette plus large et une vision plus personnelle. Nous ne pouvons pas ne pas citer quelques unes de ces médailles, surtout celles qui ont marqué, plus particulièrement, son aptitude à accueillir les sujets les plus divers ; c’est ainsi qu’il s’est attaqué avec le même bonheur à des thèmes très différents, comme la commémoration de la Commune de 1871, ou des anniversaires d’institutions, comme l’Inspection des finances ou le Ministère du Travail ou encore des hommages à des personnalités célèbres comme, entre autre, Cézanne, Colette, le général de Gaulle, Marcel Pagnol, Léon Jouhaux etc… Ses effigies sont tout à fait ressemblantes, manifestant sa qualité de portraitiste.

Il faut insister sur le fait qu’il attachait une aussi grande importance au revers des médailles qu’à l’envers. Le revers est l’espace où l’imagination de l’artiste est la plus sollicitée, c’est souvent la partie explicative du thème principal qui se trouve sur l’autre face ; et souvent les médailleurs ont, paraît-il, tendance à négliger cette partie du travail.
Nous avons dit qu’il était un excellent dessinateur, cette qualité est absolument indispensable pour pouvoir envisager la conception et l’exécution d’une médaille. La nécessité d’inscrire dans un cercle de quelques centimètres de diamètre les traits d’un personnage ou un vaste paysage demande une vision extraordinairement précise et claire de la mise en scène.

Il y a deux sortes d’artistes, ceux dont l’expression est le résultat de recherches personnelles, qui, donc, ne sont soumises à aucune contrainte extérieure et ceux, comme ce fut le cas de Raymond Corbin, à qui on impose un thème et dont l’imagination artistique doit évoluer à l’intérieur de frontières bien définies à l’avance.
J’aimerais dire à ce propos que, quand il y a création, il n’y a pas de hiérarchie dans les arts et que le burin du médailleur ou du graveur égale le pinceau du peintre ou le ciseau du sculpteur, surtout à notre époque qui est celle de l’indistinction entre les arts, où certains même pensent que tout peut être art….
Chacun choisit son terrain de prédilection et ce choix peut être long et pas toujours définitif... Ce qui crée une certaine hiérarchie à notre époque, c’est le marché influencé par la mode et les conditions économiques du moment.

Raymond Corbin a profité d’une période très favorable. Il fut l’ami de notre confrère Pierre Dehaye, qui a régné sur l’Administration des Monnaies et Médailles pendant plus de 25 ans de 1958 à 1985 et qui a donné à l’Edition des médailles une extension jamais égalée ni en France ni à l’étranger Ce fut pour notre Médailleur l’occasion de montrer toute la mesure de son talent en produisant un grand nombre d’œuvres de qualité.
Nous aimerions maintenant parler de son rôle de professeur à l’Ecole des Beaux arts où pendant plus de 25 ans il enseigna à des générations d’élèves. Voilà ce que disait un de ses élèves se faisant l’interprète du plus grand nombre : " Monsieur Corbin nous corrigeait avec une grande fermeté et une grande délicatesse et nous transmettait son amour de l’Art, avec un tel don total de lui-même, qu’il créait avec ses élèves des liens forts, qui subsistaient bien après la sortie de l’école ".
Nous savons aussi qu’il était généreux et ne manquait jamais, quand c’était possible, d’orienter l’un ou l’autre de ses élèves, les plus compétents, vers une commande qui lui avait été initialement proposée.

Médailleur, il le fut certes, mais aussi sculpteur. Nous avons vu tout à l’heure qu’il avait été l’élève du sculpteur Wlerick pour qui il avait une grande admiration et qui l’engagea dans cette voie. Ainsi il réalisa de belles pièces, par exemple la statue de Sainte-Thérèse de Lisieux envoyée aux Etats-Unis, le grand bas-relief coulé en bronze que l’on peut voir au MémoriaL du Mont-Valérien, sans parler de nombreux bustes.
Ainsi comme nous venons de le voir, Raymond Corbin fut un artiste complet, il a même conçu et réalisé une épée, celle du professeur Leclant, actuellement Secrétaire Perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, œuvre très originale.

« Je préfère ce qui me touche à ce qui me surprend ».
Cette phrase, Madame Elisabeth Corbin sa fille que je remercie au passage de m’avoir éclairé sur la personnalité de son père, m’a dit qu’il la prononçait souvent et elle résume à merveille sa position dans le monde de l’art, ce pourrait être sa devise. Bien sûr le propre d’un artiste est d’émouvoir, c’est une évidence. Mais chacun réagit selon sa sensibilité, et la même œuvre suscitera des réactions très différentes voire opposées.
En matière d’art plastique comme dans toutes les autres disciplines, que ce soit la littérature, la musique, le cinéma, l’architecture ou la sculpture, la culture, c’est-à-dire la connaissance, est la base indispensable pour apprécier un travail artistique.
Bien sûr la culture peut être faible et l’émotion éprouvée forte. C’est le : J’aime, j’aime pas.
Mais le propre d’un artiste étant de traduire d’une manière personnelle, donc unique, sa pensée ou sa vision, ceux qui auront un "savoir", une "culture", pourront mieux juger par comparaison avec d’autres oeuvres ce qui est montré et ressentir admiration et émotion. Ce sont ceux-là que nous appellerons des connaisseurs, qui ne se laisseront pas séduire par des épigones.
Ainsi pour juger, et pour vraiment apprécier donc être touché, il faut passer du temps à regarder et à comparer.
Nous savons, d’autre part, qu’une œuvre montrée seule, détachée de l’ensemble, ne peut donner qu’une idée faible du sens de la recherche de l’artiste ;
On peut se faire une opinion sur la créativité des différents médailleurs en allant au Cabinet des Médailles de la bibliothèque Nationale ou à la Boutique de l’Hôtel des Monnaies. Et peu à peu on verra les différences entre les uns et les autres, la manière dont chacun traite son sujet et la qualité de sa gravure. Il faut du temps, mais c’est la seule façon de juger les différents styles et leur originalité.

Certains traversent leur époque, selon leur tempérament, et cherchent à suivre les mouvements ambiants ou mieux les précéder (les réussites dans ce cas sont assez rares, il faut le dire, mais éclatantes), d’autres, étrangers aux modes, continuent leur chemin avec opiniâtreté, à leur façon, sans pour autant manquer de talent ni d’invention ni de personnalité. On peut dire que ce fut le cas de Raymond Corbin qui n’a jamais cherché à surprendre pour surprendre ; son travail témoigne d’une grande probité morale et intellectuelle.

"Nul bien sans peine" : cette petite phrase, m’a-t-on dit, qui revenait souvent dans la bouche de Raymond Corbin doit nous faire réfléchir. Certaines formes d’art exigent de la lenteur dans l’exécution, d’autres au contraire de la rapidité. Dans les deux cas, la peine est présente sous des formes différentes. On peut en regardant une œuvre faite de quelques coups de crayon, penser que le travail de l’artiste est léger et facile, sans se douter que ces quelques lignes tracées sur le papier, quand elles sont inédites, ont justement demandé des heures de travail, peut être dans l’angoisse et la souffrance.

Pour le médailleur, la peine est double ; il est artiste et artisan c’est-à-dire à la fois créateur et exécutant. Cela exige des qualités non pas opposées mais différentes. Réflexion et méditation sont celles de l’artiste, patience et concentration celles de l’artisan qui œuvre lentement, souvent péniblement sur son coin de bronze. Mais, justement, le résultat de cette lenteur obligée du "faire" donne des œuvres très pensées, très réfléchies, très équilibrées, comme celles de Raymond Corbin.

Dans ce siècle de la vitesse, nous avons donc ici à faire à l’un des arts de la lenteur, ce qui ne le disqualifie pas, mais le rend finalement plus singulier à notre époque, où le doigt sur un clavier a tendance à remplacer la main, où l’énoncé d’un concept suffit à faire œuvre et où même dans certains cas, l’activité de l’artiste est dissociée de la production de l’œuvre.

"Nous en sommes à l’intensité à l’énormité, à la vitesse, aux actions directes sur les centres nerveux par le plus court chemin" écrivait déjà Valéry, dans Pièces sur l’Art.

Mais voilà, cette belle époque, où une génération de médailleurs a pu s’exprimer et renouveler cet art en explorant toutes les ressources techniques de la frappe, en faisant voler en éclats le carcan de la médaille traditionnelle et en signant ainsi des œuvres profondément originales, touche à sa fin. Cet art que Raymond Corbin a porté haut n’est plus de nos jours aussi prisé. La mode a changé, l’argent s’investit ailleurs.

D’autre part, l’outil informatique commence à occuper une place de plus en plus importante dans la réalisation des médailles. Pour le moment en tout cas, le résultat n’est pas comparable au travail "Fait main". Le sera-t-il jamais ? L’utilisation du numérique ouvrira de toutes les façons d’autres voies et les critères d’appréciation et de jugement que l’on portera sur cette nouvelle manière de travailler ne seront plus les mêmes. De nos jours, tout va si vite.

Pour conclure j’aimerais dire à quel point le fait de se pencher sur une œuvre, somme toute assez éloignée de celle de celui qui en parle, est un exercice passionnant et enrichissant. Trouver des points de convergence, ou de divergence, provoque une interrogation, une réflexion sur son propre travail. Et l’on s’aperçoit que les artistes, quelles que soient leurs disciplines, parcourent les mêmes chemins, et expriment à leur manière, avec leur écriture personnelle, ce que d’autres peut être disent, ou pensent. Mais Dire autrement, voilà l’essentiel. C’est d’une certaine façon faire sentir quelque chose de plus, c’est un ajout à une pensée, à une vision. Dire autrement c’est dire plus.

La technique employée par l’artiste joue un rôle éminent dans ce Dire. On ne dit pas la même chose avec un burin ou un pinceau ou avec un ordinateur.
D’autre part l’intérêt se trouve dans l’ambiguïté de l’interprétation que propose volontairement ou non l’artiste à celui qui regarde, qui analyse, et qui compare, lui-même il faut le souligner étant d’une certaine façon un coauteur.

Mais attention notre époque abuse trop souvent de cette opportunité, en offrant au public dans certains musées les images les plus extravagantes, fabriquées à la va-vite, le plus souvent imitées ou d’une originalité sans lendemain, qui de surcroît demandent des pages d’explications. Est-ce encore de l’art ? Je m’interroge.
Certes, la rupture avec la tradition, est et a toujours été la règle ; cela est même la caractéristique de la création. Mais actuellement le hors-norme est devenu la norme, c’est ainsi que se fabrique l’avant-garde, dont le mot d’ordre est la transgression pour la transgression. Est-ce le reflet de notre époque ? Sans doute.

En définitive c’est le temps qui départagera le bon grain de l’ivraie, en sachant, toutefois, que chaque époque découvre son ou ses artistes oubliés. Souvenons nous de la phrase fameuse "Quelle est l’influence de Picasso sur Le Greco ?" Nous voyons toujours le passé à travers notre époque.

On peut dire sans se tromper que l'art actuel effraierait notre médailleur. Mais son classicisme, sa technicité et la matière qu'il travaille, le bronze, le met semble-t-il à l’abri du temps.

Je voudrais pour terminer remercier Jean-Marie Granier d’avoir bien voulu, à ma demande, participer à mon installation. Connaissant son œuvre, où le dessin et la gravure au burin jouent un rôle important, j’ai pensé que ce graveur, reconnu comme l’un des tout premiers d’entre nous, était bien placé pour défendre notre mode d’expression artistique.

Il faut bien dire que le graveur, spécialement s’il utilise le burin - cette espèce de poignard – ce graveur dis-je, qui est toujours assis, la tête penchée pendant des heures et des heures sur son cuivre, souvent mal aimé, peu apprécié du public doit avoir quelques excuses si son caractère est un peu particulier ; de plus, cet obstiné est un homme en danger. Il y a de nombreux exemples de graveurs dans le passé qui ont fini à l’asile, pour ne citer que Meyrion, Bredin,William Blak et… aujourd’hui même…

Je suis très sensible au fait que l’Académie des Beaux-Arts continue à réserver à notre section une place parmi d’autres disciplines plus unanimement appréciées… mais moins dangereuses…

Merci pour votre patience.