ACADEMIE DES BEAUX-ARTS
NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX DE
M. Raymond GALLOIS MONTBRUN
(1918-1994)
par
M. Jean-Louis FLORENTZ
lue à l'occasion de son installation comme membre de
la Section de Composition musicale
SEANCE DU MERCREDI 23 OCTOBRE 1996
Madame le Directeur de la Musique,
Monsieur l'Ambassadeur,
Monsieur le Chancelier,
Messieurs les Secrétaires Perpétuels, Mes chers Confrères,
Mesdames, Messieurs,Je suis profondément touché par votre accueil et votre bienveillante amitié.
En vous écoutant, j'ai eu le sentiment du grimpeur qui, au milieu de sa course, se retourne, embrasse d'un regard le chemin parcouru... et sait ce qui lui reste encore à faire, car la montagne est haute.
Vous avez retracé cet itinéraire personnel où la quiétude ne fut jamais à l’ordre du jour. J'aime le risque, vous le savez. J'aurais voulu être chirurgien, ou pilote de ligne... J'aurais alors fait d'autres voyages, et ne serais pas parmi vous aujourd’hui.Lors de mes 25 voyages d'études à travers le monde, principalement en Afrique et au Proche-Orient, j'ai souvent eu l’occasion de vivre des moments exceptionnels, dont certains furent d'une intensité extrêmement éprouvante, aussi bien dans l'ordre esthétique que dans celui du malheur.
L'indescriptible beauté du lever de la pleine lune derrière le Kilimandjaro, ou sur la Mer Rouge, ne m'a pas fait oublier le génocide de l’ethnie Dinka au sud du Soudan. Rien ne m'a échappé de la clochardisation actuelle des Maâsaï aux abords des hôtels de luxe de Nairobi.
J'ai éclaté en sanglots en respirant l’arôme des acacias d'Abu Simbel, qui me rappelaient ceux de la Rift Valley, au Kenya ; mais j'ai aussi vu la misère, la crasse et le malheur des lépreux de la banlieue nord du Caire : ceux auxquels on ne pense jamais, lorsqu'on se rend en Egypte.
Je suis monté au sommet du Mont Kenya. Là-haut, j'ai vu l’immense, la déchirante beauté des paysages de l’Est africain, ceux qui furent le berceau de l’Humanité, c'est-à-dire finalement de la matière vivante devenue pensante, capable de désirs et d'émotions.
J'ai ainsi frôlé plusieurs fois les limites du supportable, et je me suis parfois demandé ce qu'il me restait à voir après tant de chocs émotionnels, que je retiens comme l’essentiel de ma jeunesse.
J'ai assisté à des cérémonies de possession dans les faubourgs de Niamey, au Niger. J'ai dansé avec les Senoufo, au nord de la Côte d'Ivoire, lors d'un rituel funéraire.
C'est en Afrique que j'ai appris peu à peu à me familiariser avec la mort, phénomène impressionnant, inéluctable, terriblement banal aussi, mais que l’Occident s'obstine à nier, à occulter, comme si le silence pouvait éloigner l’échéance.J’ai encore dansé avec les moines de la communauté éthiopienne orthodoxe de Jérusalem, et j'ai fini par comprendre que l'imagination poétique de l'Afrique, exubérante, chargée de lyrisme, et qui ouvre aussi librement les portes du merveilleux, n'était certes pas le reliquat d'une « liturgie primitive » dépassée, mais qu'elle avait peut-être un siècle d'avance sur la liturgie occidentale romaine.
Ainsi, au moment où l'homme est remis en question, le paradoxe d'un retard vient s’offrir comme une espérance dans un monde où le rêve est relégué dans les « activités de loisir ».
J’ai assisté à une cour de justice au Niger oriental ; sous l'arbre à palabres, j'ai longuement croisé les regards des dignitaires Haoussa, revêtus de boubous fastueux, multicolores, perdus dans leurs pensées, tandis que sur les murs de la concession, les iguanes (agames) faisaient leurs révérences au rythme des tambours et des trompes des griots.
Je m'étais préparé à ces voyages de façon scientifique pendant des années, presque depuis l'enfance, et je n'avais - plus ou moins consciemment - qu'un seul horizon, en tant que musicien : tenter de chanter, de crier parfois que, derrière la beauté ou le malheur se profile un Visage.
Je pense à celui dont parle saint Marc.
Dire cela avec des sons relève de l'ambition démesurée...
Face à l'expression actuelle de « l'art sacré », dans notre société au comble de la confusion et de la sécularisation, je n'ai d'autres repères que le vide, le vertige... et cette mémoire ancestrale que je suis allé chercher ailleurs…
Me voici à présent parmi vous, au cœur de cette vénérable institution. Initié aux rituels et aux fastes cérémoniels d'ethnies lointaines, c'est avec joie que je participe aujourd'hui, et grâce à vous, à cette liturgie instaurée depuis deux siècles par des hommes de savoir.
Je suis à la fois ému et étonné de succéder à Raymond Gallois Montbrun. Un fil mystérieux relie parfois certains êtres, contre toute vraisemblance.
A l'époque où j'étais au Conservatoire, élève turbulent, parfois rebelle, j'ai surtout eu à faire au conseil de discipline. J’ai connu Raymond Gallois Montbrun beaucoup plus tard, notamment lors de sa visite aux pensionnaires de la Casa de Velazquez à Madrid. C'était en 1984. Je me souviens de son regard d'enfant, applaudissant debout après l'audition d'un de mes ouvrages symphoniques. Ce n'était plus là l'homme un peu distant, le directeur à la stature impressionnante, mais l'aîné venu encourager le cadet et lui témoigner son soutien. Son ombre bienveillante est peut-être parmi nous.Né à Saïgon - le Vietnam s'appelait Indochine - Raymond Gallois Montbrun nous a quittés à 76 ans, au terme d'une existence vouée en grande partie à la pédagogie. Premier Grand Prix de Rome, violoniste virtuose, professeur de composition au Japon, directeur du Conservatoire de Versailles, puis du Conservatoire National Supérieur de Paris pendant 25 ans : sa longue carrière fut presque exclusivement consacrée aux autres.
Sa vie, ses nombreuses activités artistiques furent admirablement décrites dans le discours de Monsieur Tony Aubin, le 18 mars 1981, lors de l'installation de Raymond Gallois Montbrun au fauteuil de Paul Paray.
Je ne saurais faire mieux.
Aujourd’hui, c'est essentiellement le compositeur qui retiendra notre attention.
L'Indochine, le Japon... L'Extrême-Orient ont marqué Raymond Gallois Montbrun, et c'était inévitable. Tous ceux qui ont vécu suffisamment longtemps dans les pays lointains, surtout tropicaux, savent qu'ils seront habités toute leur vie par le désir d'y retourner… Mais une empreinte plus ancestrale fut peut-être à l'origine de ce lien avec l'Orient. Ses ascendants paternels, à la chute du 1er Empire, se rendirent en Inde, à Pondichéry. Son grand-père fut maire de cette ville, son père y naquit. Un père qui deviendra plus tard avocat à la Cour d'Appel de Saïgon, puis Bâtonnier de l'Ordre. Sa mère était issue d'une famille d'armateurs, originaire de Saint-Malo, qui consacrèrent leur vie au service de l'Empereur. La mémoire familiale a certainement gardé ce monde d'images, de mer blanchissante d'écume, de voiles et de mâts claquant au vent du large, tout étincelants d'un soleil exotique...
Alors, quelle fierté, quel émerveillement pour un enfant sensible et déjà musicien, d'entendre ces récits de voyages, magnifiés par le souvenir.
Nul doute que son imagination a fait d'autres voyages au long cours, dans le sillage d'une belle frégate aux voiles blanches, construite par un aïeul admiré.
Nul doute que cet enfant né sous le signe des voyages, a grandi avec la nostalgie de cet « Horizon chimérique » que tout artiste essaie d'atteindre...
Nous avions entre nous ce point commun qui est de taille : un irrépressible « mal du pays ». Lui, c'était l'Extrême-Orient. Moi, c'est l'Afrique orientale.
Sans doute a-t-il compris que la musique occidentale, aussi grande et belle qu’elle puisse être, n'est qu'une musique parmi d'autres, que des temps viendraient où il ne serait plus possible de faire l'économie des musiques extra-européennes, tant pour leurs qualités intrinsèques, que dans l'approche de la nôtre, et qu'enfin, notre musique gagnerait en profondeur à être perçue, vécue, et même créée dans une perspective planétaire.
Beaucoup de techniques et procédés compositionnels que nous croyions avoir inventé au XXe siècle, ne sont en fait que des récurrences fortuitement saillantes, en Occident, d'un fonds expressif commun à l'Humanité.
Je pense aux hétérophonies, aux modes rythmiques, aux formes ouvertes, à l'intégration de phénomènes acoustiques d'origine animale dans une polyphonie, aux développements par répétition et densification interne progressive de la matière sonore, pour ne citer que quelques aspects de la musique extra-européenne en général.
Raymond Gallois Montbrun a probablement perçu d'autres phénomènes encore, propres à la musique asiatique extrême-orientale, et qui auront marqué la sensibilité du musicien.
Avait-il tout cela à l'esprit lorsqu'il entreprit de réorganiser les classes d'écriture et le développement des échanges avec les conservatoires étrangers?
Cette période centrale de sa vie a été pour lui par la force des choses, un temps de moindre activité artistique créatrice. Etre directeur de conservatoire est extrêmement éprouvant pour un compositeur, et peu d'entre nous acceptent une charge aussi lourde, surtout lorsqu'elle s'accompagne d'un réel désir de réformes.En matière de réformes, Raymond Gallois Montbrun ne s'est pas arrêté à celles des études au Conservatoire National Supérieur de Paris, puisqu'à peine élu à l'Académie des Beaux-Arts, il entreprend de convaincre le Ministère de la Culture de restituer à celle-ci la direction artistique de la Villa Medicis.
Ce vaste programme, maintenu à l'ordre du jour, a pour principal objectif de veiller au choix des candidats artistes, au moyen d'un concours spécifique à leur discipline, jugé par leurs pairs. Le séjour à l'Académie de France à Rome redeviendrait ce lieu béni, propice à la création, exempt des contingences matérielles.
En fait le séjour à la Villa Médicis ne retrouvera probablement jamais sa magie d'autrefois. Les temps ont changé, les sensibilités aussi. Mais il peut garder son caractère de retraite où l'artiste, dans un décor somptueux, se retrouve seul avec lui-même. Je suppose que Raymond Gallois Montbrun désirait cela.
Il ne fait aucun doute que, pour ma part, je poursuivrai ces travaux dans la même voie.
L’esthétique de Raymond Gallois Montbrun s'inscrit dans la lignée d'une tradition française née aux alentours de Gabriel Fauré, et dont plusieurs branches se sont formées notamment au cours de l’entre-deux-guerres, conséquence des multiples influences qui se dégagèrent de Claude Debussy.
Cette tradition de la musique française eut ses sommets : Fauré, Debussy, Ravel, Dukas (professeur de Messiaen), Roussel, Poulenc, Honegger, et d'autres... Elle eut aussi ses chaînes de montagnes sans lesquelles il n'y aurait point de sommet.
Nous ne devons pas nous méprendre sur les « talents modestes » : j’emploie ce terme dans un sens très fort, celui du grand artiste et critique d'Art Marie-Alain Couturier, fondateur de la revue « L’Art Sacré », décédé en 1953.
Les « talents modestes », qui n'ont rien à voir avec les talents médiocres, ne sont à la portée que d'un petit nombre d'artistes modestes, ceux qui portent, ceux qui éclairent les grands talents, tout en existant par eux-mêmes.
Personne n'est une chaîne de montagnes à lui tout seul, et un sommet ne sera jamais qu’un sommet.
Il fut un temps où la musique n'était pas obligatoirement l'émanation d'une désespérance sociale. Excepté les œuvres dramatiques, elle était le reflet d'un art de vivre et d'une culture jugés désuets en ce siècle finissant.
Combien de noms aujourd'hui injustement oubliés, combien d'œuvres reléguées dans un purgatoire de mépris ou d'ignorance, au nom d'un illusoire « progrès historique »... Si un certain sectarisme esthétique a banni ce patrimoine musical des ondes et des salles de concert, il n'est parvenu à en effacer ni la mémoire ni les influences.
Raymond Gallois Montbrun s'inscrit dans la généalogie de cette tradition française qui n'a pas connu de rupture et nourrit, aujourd'hui encore, ce mouvement issu des messages de Debussy et de Dukas, tandis que d'autres créateurs cherchent un nouveau langage, une poésie nouvelle, à l'aide de technologies dont la complexité exigera bientôt une autre définition de la création musicale.
Parmi les inventions du XXe siècle, la pensée sérielle n'a pas eu d'effet sensible sur la musique de Raymond Gallois Montbrun, pas plus que sur d'autres compositeurs qui ont su exister sans elle.
La discrétion, la pudeur de Raymond Gallois Montbrun ne lui donnaient pas le profil d'un « combattant d'avant-garde ». Il écrivait sa musique avec sincérité, s'inspirant souvent de ses souvenirs de voyages et des pays où il avait résidé :
- Tableaux indochinois, pour Quatuor à cordes.
- Le Rossignol et l'Empereur, opéra radiophonique d'après un conte d'Andersen.
- Deux poèmes symphoniques :
Les Ménines (d'après Velazquez) ;
Le Port de Delft (d'après Vermeer).
De nombreuses pièces vocales et instrumentales et des musiques de film. Enfin un Concerto pour Violon et orchestre, et surtout une Symphonie japonaise, commande de la radio de Tokyo, écrite sur des thèmes authentiques du folklore japonais. Sa Symphonie japonaise reste un exemple remarquable de réussite dans sa propre esthétique, servie par un métier d'écriture d'une grande finesse et sensibilité. Et ce que l'on pourrait hâtivement prendre pour des « clins d'œil » à l'Extrême-Orient, n'est qu’expression d'une infinie délicatesse envers ce pays qu'il aimait tant.
Rendre hommage à une musique extra-européenne à travers la nôtre, occidentale, n'est pas un pastiche, pas davantage une citation ou un collage, et n'a rien à voir avec la vogue actuelle de la « World Music », lorsque l'intégration est d'un autre ordre, beaucoup plus profond : elle relève alors d'une osmose longuement mûrie dans les tréfonds de l’imaginaire.
Monsieur Gallois Montbrun, gageons que cet imaginaire fut parfois un refuge.
L’ancien collège de Jésuites, transformé en Conservatoire de musique en 1911 par Gabriel Fauré, avait des murs austères aux couleurs incertaines, hésitant entre le beige et le gris. L’étudiant que j’étais s’en souvient encore.
La tradition voulait que le directeur travaillât et vécût dans ses murs. D'aucuns auraient subi cela comme une réclusion. Il n'empêche que pendant les interminables jurys de piano ou de violon, votre esprit s'envolait peut-être vers cette « Asie... Vieux pays merveilleux des contes de nourrice, où dort la fantaisie comme une impératrice... »
Mais la postérité d'un homme est d'abord marquée par son œuvre. Le compositeur Raymond Gallois Montbrun nous a laissé un message musical d'une grande qualité, plein de poésie, de nostalgie, de pudeur et de gravité.
Un message secret où les sons traduisent infiniment mieux que les mots, la nature intérieure des choses.Voici un an, nous fêtions le bicentenaire de l'Institut. A cette occasion, un important colloque a réuni grand nombre de membres de nos 5 académies. Beaucoup de sujets furent abordés. Un immense travail de réflexion fut accompli. De l'ensemble des communications émerge une profonde inquiétude - voire une angoisse - une quête de sens bien dans 1'« air du temps » : un « air du temps » miné par les contradictions et qui ne propose aucune réponse aux grandes interrogations inconscientes... Une question m’a semblé cruciale :
- quel sens donner aujourd’hui à la création et pourquoi créer encore, à notre époque ?
J’ajouterais ceci : la création est-elle compatible avec la liberté ?
Qu’elle devienne aéroport ou cathédrale, qu’elle surgisse du bronze, du marbre ou d’un orchestre de 120 musiciens, la création - malgré les contraintes qu’on lui impose - est avant tout acte de liberté. Nous en assumons les risques car créer c’est aussi prendre des risques.
Servi par le talent et le génie, l'Art s’épanouit non seulement à travers l'œuvre d’un auteur majeur mais aussi, et peut-être plus encore, en traversant en irradiant ses collatéraux, sans les asservir.
Que serait en effet le pic de l'Everest sans le massif de l'Himalaya qui l’a fait naître et l’a porté à pareille altitude ?
Que deviendrait le Kilimandjaro si on lui retirait les immensités d’Amboseli et du Tsavo sans lesquelles il ne serait plus que bosse plantée sur le vide ?
Les plus grands chefs-d’œuvre, ceux dont l'évidence, la singularité, l'individualisme assurent le maximum d’universalité, sont souvent l'écho des grands cris d’humanité qui déchirent le monde.
Tous ces cris et tous ces chefs-d’œuvre sont des appels prophétiques pour proclamer, pendant qu’il en est temps encore, que l'homme n'est le « sujet » de personne, qu’il est encore moins « objet », mais que toute sa beauté, c’est d’être un « projet ».
Alors l'Art véritable se projette dans le futur, non pas par ses « surprises sympathiques » ou ses «trouvailles captivantes», mais par ses répétitions solennelles, sans cesse variées et remises en question, d’un auteur à l'autre, d’une époque et d’une civilisation à l'autre, de l'émerveillement le plus débridé face au plus grand mystère : celui de l'existence humaine.
Pour être émerveillé, il faut être ingénu et homme libre. L'ingénuité est ce qu’il y a de plus pur, de plus précieux pour tout artiste, de plus fragile et de plus menacé.
La liberté, c’est celle qui ne s'apprend pas car, comme le talent, elle est donnée dès l’enfance. L’âge adulte ne sert plus qu'à la transmettre... Cet âge adulte où les émotions, les passions d'enfant, d'adolescent, sont censées être dominées, ...raisonnées, parfois reniées... Pour moi, c'est au contraire l’âge où tous les sentiments, toutes les ombres et lumières du cœur peuvent être exaltées, exacerbées... parce qu'on en a enfin les moyens.
Ceux qui peuvent alors raconter leur âme, même du fond des mirages ou du chagrin, savent creuser une trouée dans l’implacable.
La vraie liberté, c'est celle qui peut choisir, celle qui peut s'engager, en dehors des préjugés, et autres idées convenues d'où qu'elles proviennent, parce qu'elle est imperméable à l’endoctrinement.
Celle qui n'est pas dupe de ses certitudes et de ses rectitudes, car elle sait ce qui l’attend à sa table de travail : toujours s'éprouver elle-même, car sinon elle n'existe pas.
Celle qui, à tout moment, sait parfaitement où elle en est : capable simultanément, de n'avoir de compte à rendre qu'à sa conscience, mais aussi de reconnaître la fertilité de sa propre filiation et de sa mémoire.
C'est l'insoumission paisible.
C'est extrêmement inconfortable. Mais pour moi, la liberté c'est l’inconfort. C'est comme la Foi.
C'est la nature exacte de mon lien affectueux avec l’Académie des Beaux-Arts, la description fidèle de mon état d'esprit en tant que membre de l’Institut.
C'est mon étrave, et je ne m'en départirai pas.
Au reste, il me semble avoir trouvé la réponse à cette question lancinante qui me poursuit depuis mon élection : « L'Institut, à quoi ça sert ? » !
La réponse, elle est dans Isaïe :
« Sur tes remparts, Jérusalem, j'ai posté des veilleurs. Ni la nuit, ni le jour,
Jamais,
Ils ne doivent se taire. » (Es. 62,6).