Discours de M. Lucien CLERGUE
Académie des Beaux-Arts,
Merdredi 10 octobre 2007
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire perpétuel,
Madame et Messieurs les Ambassadeurs, Madame le Conseiller,
Chers confrères,
Mesdames, Messieurs,
Majestés,
Nous voici réunis pour célébrer l'entrée
de la Photographie au sein des disciplines représentées
dans l'Académie des Beaux-Arts.
Dans l’Amphithéâtre d’Arles, lors d’une
corrida, la coutume veut que le "maestro" dédie son
combat à une personnalité. Aujourd’hui, avec votre
permission, je voudrais "brinder" cette séance solennelle
à celui qui devrait être ici à ma place, notre doyen,
Willy Ronis, dont le grand âge ne lui a pas permis d’être
avec nous cet après midi.
Laissez moi dire à notre cher confrère Guy de Rougemont,
combien j’ai été ému et honoré des
paroles aimables et bien trop flatteuses qu’il vient de prononcer
en votre nom, et qui rendent hommage à notre profession.
Reportons-nous donc 168 ans en arrière, lorsque François
Arago, membre de l'Académie des Sciences, annonce la naissance
de "La Photographie".
La France, le 19 août 1839, vient d’offrir au monde cette
invention, sans brevet déposé, c’est-à-dire
sans réclamer les droits qui y sont liés.
La foule informée se pressait dans les couloirs et aux portes
de l’Institut, les journaux rapportent même que l’on
frisa l’émeute !
Croyez bien que la tentation me fut très forte de suivre le précepte
de Boris Pasternak "l'Homme est muet, seule l'image parle",
car je n'aurais pas eu à prononcer ce discours. Toutefois je
vais tenter de vous entretenir de photographie, et de photographes.
Voyons d'abord l'étymologie. :
Photo - graphie : écriture avec la lumière. Ainsi la chose
est entendue : c'est l'art le plus vieux du monde, puisque le big-bang
de la création de l'univers fut le premier flash du Dieu créateur.
Revenons pour l'instant aux circonstances de cette séance historique
de l'Académie : Arago écrit au Président du Conseil
des Ministres et le presse de révéler au monde les principes
de l'invention de Niepce et Daguerre afin que des citoyens de nations
étrangères n'en puissent tirer profit avant nous. En effet,
un certain Fox Talbot, en Angleterre, s'apprête à déposer
des brevets concernant les tirages sur papier.
Le Président du Conseil s'adresse alors à l'Assemblée
nationale en ces termes : "La France ne veut pas laisser aux nations
étrangères la gloire de doter le monde d'une des plus
merveilleuses découvertes dont s'honore notre pays". Il
conseille à François Arago de faire une déclaration
à l'Académie des Sciences, et d’y convier les membres
de celle des beaux-arts.
Après quoi, nos prédécesseurs attendront 167 ans
pour nous inviter à siéger à leurs côtés.
Rendons grâces au secrétaire perpétuel Arnaud d'Hauterives,
qui dans un discours prononcé ici même il y a douze ans,
émettait le vœu que la Photographie vienne s'ajouter aux
disciplines déjà représentées, dont le Cinématographe,
parent direct de la Photographie. Car le Fils était entré
dans le temple avant sa propre mère !
Du big-bang à l'Antiquité, il s'est passé nombre
d’évènements et notamment toutes ces foudres tombées
du ciel, photographies en puissance qui excitèrent les imaginations
; Paracelse écrivait : "la nature suprême, la créatrice,
vient dans une lumière et naît dans une lumière
qui, à son tour, engendre la brume sombre, mère de tous
les êtres".
Plus tard, Dominique de Villepin, reprend cette image : "L'éclair
révèle le regard du poète en cet instant où
le ciel vire au blanc et où le paysage se fige". Photographe
et poète, voilà notre ambition.
Quelles traces avons-nous gardées de ces phénomènes
? Picasso me disait "Oh! Mais la photo ça existe depuis
longtemps, si tu vas au Mont St Michel, tu verras des fentes dans le
mur qui reproduisent à l'envers sur celui d'en face, le paysage
extérieur ! Seulement voilà, on ne savait pas comment
le fixer sur papier !"
Au IVème siècle avant Jésus-Christ, Aristote avait
déjà remarqué ce phénomène optique.
Le principe de la chambre obscure était utilisé dans l'Antiquité
pour l'étude des astres et surtout du soleil. L'ajout d'une lentille
par Jérôme Cardan en 1550 et d'un diaphragme en 1568 par
Barbaro, complètent les recherches de Leonard de Vinci qui fabriqua
en 1515 la "Camera oscura" ou Chambre noire. Elle lui permettait
de dessiner avec plus de précision, utilisant la méthode
du sténopé, remise à la mode de nos jours. Cette
référence à Leonard de Vinci nous renvoie à
la naissance du sourire dans les arts telle qu’elle apparaît
pour la première fois sur la Gioconda du même Léonard.
Et qui n'a vu les oliviers bruire sous le soleil, entendu la brise de
Toscane frémir autour de la maison natale de Vinci, ne peut comprendre
l'émotion que j'éprouve à porter désormais
ces rameaux d'olivier, grâce à vous, chers confrères,
et grâce au talent de Christian Lacroix.
Les alchimistes d'autrefois ouvrirent la voie aux chercheurs qui voulaient
fixer ces images impalpables. Ils avaient remarqué la curieuse
action de la lumière sur le chlorure d'argent, qu'ils dénommaient
"la lune cornée". C'est un romancier, Tiphaine de la
Roche qui en 1760 exprimera une vision prémonitoire dans son
livre "Giphantie", lorsque le héros découvre
une technique permettant de fixer sur la toile à l'aide d'un
"produit visqueux" les images reflétées par
la chambre noire.
Tournons-nous vers nos confrères de l'Académie des sciences
car ce sont eux qui ont recueilli et cautionné les travaux entrepris
par leurs membres ou par des chercheurs étrangers. En effet dès
1733, l'abbé Nollet invente une chambre obscure démontable
que les académiciens approuvent. Grâce à elle, naît
le dessin de la silhouette ou du profil.
C'est le nom de Nicéphore Niepce que retiendra l'histoire. Né
à Chalon sur Saône, en 1765, il y passa sa vie de chercheur.
S'intéressant à la lithographie, il voulait selon ses
propres paroles "trouver dans les émanations du fluide lumineux
un agent susceptible d'empreindre d'une manière exacte et durable
les images transmises par les procédés de l'optique".
Dès 1816, il peut écrire à son frère "je
m'empresse de te faire passer quatre nouvelles épreuves que j'ai
obtenues plus nettes et plus correctes à l'aide d'un procédé
très simple, qui consiste à rétrécir avec
un disque de carton percé le diamètre de l'objectif...
le papier retient exactement l'empreinte de l'image colorée..."
Dès 1822 la Photographie était née car il avait
obtenu d'une nature morte, une image sur verre très lisible.
Il réalisa ensuite des héliographies sur plaque d'étain
enduite de bitume de Judée, qui après morsure à
l'eau-forte donnèrent d'excellentes épreuves. Il était
sur le chemin des fameux daguerréotypes, épreuves uniques
sur métal, mises au point par Louis Jacques Mandé Daguerre
qui se lia avec Nicéphore Niepce et, à sa mort, recueillit
le bénéfice de cette prodigieuse invention.
Daguerre était peintre. Il se rendit célèbre en
créant à Paris, le "Diorama", qu'il ouvrit au
public en 1822. Il avait été décorateur à
l'Opéra et utilisa ses connaissances pour créer des panoramas
plus vrais que nature et si spectaculaires que tout Paris et jusqu’aux
visiteurs étrangers, s'y pressaient. Daguerre voulait aller vite
et reproduire plus fidèlement encore ses œuvres. C'est grâce
aux opticiens Chevalier qu'il put communiquer avec Niepce. Après
bien des péripéties, ils conclurent un accord pour créer
la société Niepce-Daguerre en 1829, où il était
expressément indiqué que l'invention était due
à Niepce.
Les techniques des beaux-arts sont à l'origine de cette invention,
ainsi que celles de la physique, de l'optique et de la chimie, toutes,
préoccupations majeures de nos deux académies, qui travaillèrent
ensemble à répondre aux demandes des chercheurs, parfois
pas toujours dans le même sens. Ainsi, le scientifique et politicien
Arago, allait-il plus vite que les artistes de notre Académie
privilégiant Daguerre au détriment de Bayard, qui s’avéra
être le véritable artiste photographe.
Daguerre reçoit une rente viagère ainsi que le neveu de
Niepce, après sa mort. Le daguerréotype va connaître
une période faste tant en Europe qu’aux Etats Unis. Ainsi
pour la seule année 1853 le New York Daily Tribune estimait leur
nombre à 3 millions. Dans le même temps Fox Talbot en Angleterre
et Hippolyte Bayard en France s'acharnaient à trouver la solution
pour présenter des tirages sur papier. D’ailleurs, Talbot,
conscient du rôle majeur que jouait la photographie soumettait-il
40 dessins "photogéniques" à notre Académie,
et non pas à celle des sciences, le 4 avril 1840. J’ai
été surpris de pouvoir lire à cette occasion les
réticences du peintre de la Roche à l’endroit de
la Photographie. Bayard leur donna le nom de "calotype" qui
est le véritable ancêtre des tirages que nous connaissons
désormais. Malheureux Bayard qui se considérait comme
l'inventeur de la Photographie ! Il ne reçut aucune rente, aussi
en 1840, mit-il en scène sa propre mort, sous forme d’un
suicide dans sa baignoire, mort factice car il ne s’éteignit
qu’en 1896. La photographie sur papier commençait une double
vie documentaire et créative, ainsi la mise en scène de
Bayard introduit-elle les créations d’artistes contemporaines
telles Orlan ou Cyndy Sherman. C'est en 1847 et grâce à
Blanquart-Evrard et toujours sous les auspices des deux Académies,
qu’au cours d'une démonstration au Collège de France,
furent imposés définitivement les tirages sur papier.
Permettez moi de survoler l'évolution de ces recherches photographiques
en n'évoquant que les noms illustres de Hill et Adamson, Julia
Margaret Cameron (la tante de Virginia Woolf), de Le Gray, Baldus, Marville,
Maxime du Camp, Adolphe Braun ou Charles Nègre, pour en arriver
au poète Victor Hugo qui lors de son exil confectionna un album
avec des vues de Jersey accompagnées de ses vers, et photographiées
par son fils Charles et son gendre Auguste Vacquerie . Notre consœur,
Madame Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire
perpétuelle de l’Académie Française écrira
en 2004 : "Si Baudelaire craignait que la photographie ne corrompe
l’art, Victor Hugo avait d’emblée compris la puissance
de ces images, l’usage qui pouvait en être fait pour propager
les idées. Comme toujours, c’est le visionnaire qui aura
entrevu ce que l’invention de Niepce et Daguerre pouvait représenter
pour le monde à venir".
Nous pouvons associer à cette pratique des écrivains,
celle de Lewis Carroll, qui, à la recherche de son "Alice
au pays des merveilles", photographiait des fillettes dont certaines
entièrement dévêtues, les épreuves étant
peintes par une de ses amies. On retrouve là aussi sa grande
compétence photographique et son imaginaire d’artiste.
En 1878 George Eastman produit à Rochester les premières
plaques au gélatino-bromure et crée la maison Kodak. Il
imposera le fameux slogan "appuyez nous ferons le reste".
Désormais la photographie est lancée sur le plan industriel.
Ce qui fait dire au médiologue Régis Debray dans un débat
récent "Nous avons un Etat-Kodak, qui se veut une empreinte
de la société". De nombreux artistes lui donneront
ses véritables lettres de noblesse. Peu avant l'apparition du
procédé de George Eastman, celui du collodion humide eut
une certaine vogue et Corot l’appliqua pour réaliser des
gravures appelées "clichés-verre" ; d'autres
comme Delacroix, Millet et plus tard, Picasso l’utilisèrent
à leur tour.
Les recherches sur le collodion humide furent laborieuses ; je ne résiste
pas au plaisir de vous énumérer les produits proposés
entre 1854 et 1863, pour préserver le collodion négatif
: l'azote de zinc, le sucre, la glycérine, le sirop de gélatine,
de gomme et de miel, le sucre brut, la graine de lin, le lait, le sirop
de framboises, la bière, l'albumine miellée, l'eau de
pruneaux, le malt, le caramel concassé, le tabac gommé,
le café sucré ! Je salue ici la patience de nos confrères
de l'Académie des sciences auxquels furent soumis quantité
de ces expériences, et qui acceptèrent d'y croire, ce
qui nous permet d'être réunis aujourd'hui.
Saluons Nadar. Certes pour son œuvre considérable constituée
des portraits inoubliables de Delacroix, Wagner, Berlioz ou Baudelaire,
réalisés dans les années 1850/60, mais aussi parce
qu'il fut l’initiateur de la photographie en lumière artificielle
et le père de la photographie aérienne pratiquée
depuis un ballon dirigeable au-dessus de Paris en 1866, et dont mon
collègue et désormais confrère Yann Arthus-Bertrand
est aujourd’hui reconnu comme un des maîtres. Ce qui me
touche chez Nadar, c'est son engagement auprès des peintres,
car il fut le premier à exposer les impressionnistes dans son
atelier de photographe.
Les relations entre peinture et photographie sont multiples : Eugène
Atget, praticien discret et modeste était le fournisseur de beaucoup
d'artistes. Ses vues de Paris, des petits métiers, des jardins,
des statues, étaient très utiles à leurs pratiques.
Il eut comme admirateurs Man Ray et Bérénice Abbott ;
elle devait devenir une grande dame de la photographie américaine
et s'acharna à le faire connaître en France. Elle l’appelait
le Balzac de la caméra. Ce fut le Museum of Modern Art de New
York, en la personne de John Szarkowski, qui s’intéressa
à son travail, et produisit expositions et catalogues faisant
désormais référence. Il se passionna aussi pour
un photographe entre parenthèses, connu comme peintre, Jacques
Henri Lartigue, que lui révéla Richard Avedon lorsqu’il
découvrit ses albums intimes.
Au début du XXème siècle, deux photographes : Steichen
et Stieglitz ont été les premiers à présenter
les œuvres de Braque et de Picasso dans leur Galerie de New York,
perpétuant l'innovation de Nadar.
Cette relation avec les peintres et les sculpteurs n'a cessé
de s'exprimer au fil du temps. Le français Marey fit une série
de photographies d'un cheval au galop en 1877, et pût ainsi prouver
aux observateurs, dont les peintres, que leur interprétation
était fausse ; voulant relever le défi, un riche américain
de San Francisco demanda à Muybridge de reproduire l’expérience.
Le résultat étant identique, il s'inclina et publia ses
travaux. On sait l'importance qu'ont jouées les planches des
animaux et des humains en mouvement, dans l'œuvre de Francis Bacon
et de notre confrère Vladimir Vélickovic. Au tournant
du siècle Steichen photographie Rodin et ses œuvres, en
particulier sa très controversée sculpture de Balzac.
L'illustre sculpteur était émerveillé par ces prises
de vues faites la nuit durant de très longues poses et affirma
"Grâce à cette photographie, les gens comprendront
mieux mon Balzac".
Dans le même temps, le procédé "au charbon"
attirait les photographes pictorialistes, car ils tendaient à
rapprocher la matière photographique de la peinture. Robert Demachy
était un adepte de ce genre de tirages que son ami Fresson avait
perfectionné pour lui. Le procédé amélioré
est toujours utilisé par ses descendants dans leur atelier de
Savigny-sur-Orge.
Mais le monde bouge, la guerre éclate, les photographes sont
une fois encore sur les lieux de combats comme le furent pendant la
guerre de sécession aux Etats-Unis, Fenton et Brady. Ils parcouraient
les champs de bataille, préparant leurs plaques avec le collodion
humide sur les lieux mêmes des combats et faisaient porter à
cheval leurs épreuves aux politiques siégeant à
Washington. Et c'est en voyant leurs frères morts sur les talus,
que ces messieurs décidèrent de mettre fin à cette
guerre. Dans un tout autre domaine, les photographes de l'Ouest fixaient
les paysages, avec leurs grandes chambres en bois, le rigoriste O'Sullivan
et l’artiste de la caméra Watkins faisaient prendre conscience
au public de la beauté de la nature et c'est alors que naquirent
ces fameux parcs nationaux.
Au début des années 20, peu après la révolution
d'octobre 1917 en Russie, deux hommes vont bouleverser le cours des
choses. Edward Weston installé à Los Angeles pratique
la photographie pictorialiste avec succès.Il part à Mexico
avec sa compagne ,excellente photographe , Tina Modotti, rejoindre l'intelligenzia
communiste dominée par Diego Rivera, et sa femme Frida Kahlo
pour photographier des objets simples, poteries mexicaines, jouets artisanaux,
voire la cuvette des WC. Ses images bouleversent ses nouveaux amis.
De retour à Los Angeles, brûlant ses négatifs antérieurs,
il s'attache à photographier des légumes et des coquillages,
qui créent une rupture totale avec le pictorialisme. La netteté
est de rigueur, un cadrage simple, un constat sublimé, la lumière
à sa plus haute note en particulier dans un artichaut coupé
en deux ou un poivron aussi sensuel que les nus de sa femme Charis qu'il
photographie dans les dunes océaniques. Il crée avec Ansel
Adams le groupe F64. 64 s’avère être la plus petite
ouverture de diaphragme connue et donne de ce fait une netteté
absolue à toutes les distances.
A l'Est, Man Ray quitte Philadelphie pour rejoindre, à Paris,
le groupe surréaliste dominé par le peintre Max Ernst,
le graveur et photographe Bellmer, le poète Paul Eluard, l'écrivain,
gourou du groupe, André Breton. Il y trouve un terrain propice
à la conduite de ses expériences, en utilisant l'effet
Sabatier, dit solarisation, qui donne un contour noir aux portraits
; sans l'aide de la caméra, il crée aussi ce qu'il appellera
les rayogrammes, avec des objets posés directement sur le papier
sensible. Ces deux artistes, utilisent peu leur agrandisseur, Weston
tire ses épreuves par contact direct, d'abord sur le toit de
sa maison mexicaine selon la technique en vogue des tirages au platinum-palladium,
sous le soleil , puis en Californie sur papier aux sels d'argent. Aujourd'hui
les épreuves de ces deux novateurs sont parmi les plus recherchées.
A la même époque le russe Rodchenko se fait le champion
de "la nouvelle photographie" qui débouchera sur "le
constructivisme". "A bas l’Art ! Vive la technique !"
affirme-t’il, bientôt suivi par le hongrois Moholy-Nagy,
un des maîtres du Bahaus dirigé par Walter Gropius à
Weimar, dont les vues du Pont Transbordeur de Marseille en 1929 résument
son esthétique constructiviste.
Entre temps Oscar Barmack met au point en 1925, en Allemagne, un appareil
qui va simplifier la vie des photographes, c'est le Leica. Il permet
d'utiliser une pellicule de 36 vues, et surtout, il est petit, bien
plus léger que toutes ces chambres en bois dont on s'efforçait
de réduire le format d'année en année. Il donne
un négatif de forme rectangulaire, de 24 par 36 millimètres,
et va très vite être adopté notamment par les reporters,
en tête desquels Henri Cartier-Bresson, qui revient du Mexique
en 1932, où il a élaboré ses premiers chefs d'œuvre
après avoir pratiqué la peinture avec André Lhote,
pendant deux ans.
Cet appareil est en concurrence avec le Rolleiflex, qu’une firme
française tentera d’imiter sous le nom de Semflex. De format
carré, il a été utilisé par toute une génération
de photographes.
On n'imagine pas le pouvoir de l'appareil photographique : la ville
de Wetzlar où était fabriqué le Leica fut épargnée
durant la guerre, parce que le général américain
qui aurait du donner l'ordre du bombardement en était un fervent
adepte et ne voulait pas qu'on détruise les usines de sa fabrication.
A Paris se retrouvent quantité d'émigrés, qui photographient
sans relâche. La revue VU publiera les plus belles images de Kertesz
le hongrois, Brassaï le transylvain, et le français Emmanuel
Sougez, dans des mises en pages qui sont restées un modèle
du genre. Aux USA c'est la revue LIFE qui s'attache la collaboration
des plus grands photographes : Margaret Bourke-White, Dorothy Lange,
William Eugene Smith, Edward Steichen, qui deviendra, après avoir
été enrôlé comme photographe aux armées,
le conservateur en chef du département de photographie au Museum
of Modern Art de New York. Les photographes étaient enfin reconnus
comme artistes à part entière, et je dois dire que mon
étonnement fut immense lorsque visitant pour la première
fois ce Musée mythique, en 1961, j’ai vu qu'il fallait
traverser les salles de photographie pour aller admirer Guernica, confié
par Picasso à ce Musée ; on notera d’ailleurs que
cette toile est peinte en camaïeu de gris, noir et beige, semblable
aux reproductions photographiques dans les quotidiens d’information.
La photographie n’est toujours pas officiellement collectionnée
en France, bien qu’il existât des archives exceptionnelles
notamment à la Société Française de Photographie,
au Musée Carnavalet et, reconnaissons-le à l’Institut
de France, ici-même, qui en détient 40.000 parmi lesquelles
de somptueuses épreuves de Gustave le Gray, Marville, Baldus,
des frères Bisson, de Nadar, de Maxime du Camp (le compagnon
de voyage de Gustave Flaubert), qui firent l’objet d’une
exposition intitulée "Eclats d’histoire" au musée
Marmottan, en 2004. Nul doute que nous l'enrichirons d'œuvres contemporaines,
sachant que l’Académie gère la Casa de Velazquez
à Madrid où plusieurs pensionnaires sont des photographes.
D’ailleurs l’Académie octroie pour la première
fois cette année un Prix de Photographie. Mais seule la Bibliothèque
Nationale tentait de constituer une véritable collection, de
façon parfois empirique, et je me souviens que Jean Adhémar,
le responsable du département, se cachait presque pour acheter
les photographies de son temps, bien vite imité par l'infatigable
Lemagny que j'ai vu lui-même payer des œuvres de sa poche
pour enrichir les collections nationales.
En revenant de New York en 1961 j'ai convaincu l’ami Rouquette
conservateur des Musées d'Arles d'ouvrir une salle à la
photographie dans le Musée Réattu. "Pour créer
un département de photographie il nous faut une collection"
me dit-il. Qu'à cela ne tienne ! J'écrivis à 40
photographes que j'admirais particulièrement et très vite
tous répondirent avec enthousiasme en nous offrant des tirages.
Aujourd'hui et grâce à l'opiniâtreté de Michèle
Moutashar, la collection du Réattu, est riche de 4500 œuvres,
dont un bel ensemble d'Edward Weston, de Man Ray, Brassaï, Ansel
Adams, Doisneau, Dieuzaide, et elle peut désormais acheter quelques
œuvres récentes. Car je me souviens de Steichen se plaignant
toujours et me disant "Quand je demande 10000 dollars pour acquérir
des photographies on me répond toujours NON, mais pour acheter
des millions une toile de Van Gogh ou de Matisse ils trouvent les fonds
tout de suite". En 1959 Steichen achetait les tirages des plus
grands comme des inconnus à 10 dollars l'unité. J'ai été
stupéfait d'apprendre que dans nos collections arlésiennes,
une épreuve de Weston, était désormais estimée
dix fois plus qu'un dessin original de Picasso ! Lequel disait dans
sa jeunesse, (mais était-ce une boutade) "Maintenant que
la photographie existe, je peux mourir". Je retiendrai de lui ces
confidences faîtes à Brassaï et que celui-ci rapporte
dans son livre "Conversations avec Picasso" : "La photographie
est arrivée à point nommé pour libérer la
peinture de toute littérature, de l'anecdote et même du
sujet... en tout cas un certain aspect du sujet appartient désormais
au domaine de la photographie... les peintres ne devraient-ils pas profiter
de leur liberté reconquise pour faire autre chose ?".
Si aujourd'hui des artistes comme Fromanger, Estes ou Blackwell continuent
d'utiliser la photographie pour peindre, Peter Klasen mène une
double vie de peintre, et de photographe, le sculpteur Bernar Venet
a célébré le noir dans ses photographies, le peintre
Ernest Pignon-Ernest les a affichées sur les murs de Paris et
de Venise, et le regretté Arman, nous a livré ses expériences
au Musée Réattu. Souvenons-nous de Degas, photographe
et peintre, d’Utrillo peignant d’après des cartes
postales, de Salvador Dali qui disait à Jean Cocteau (qui me
l'a confié) "Leonard (de Vinci) ne besognait que d'après
des photographies" !
La photographie n'est donc pas la propriété des seuls
photographes. Gordon Parks était aussi compositeur de musique,
auteur de films ; Frédéric Sommer a même élaboré
des compositions musicales photographiques qui furent jouées
par des quatuors, Pascal Kern a photographié ses propres sculptures.
Je songe à ces écrivains adeptes de l’objectif :
Hervé Guibert, Claude Simon, Jean Baudrillard, notre confrère
Marc Fumaroli et même Michel Tournier. L’univers de la mode
est riche d'un étroit échange du même ordre, Richard
Avedon pour le film "Funny Face" en est un bel exemple alors
que Cecil Beaton, monta lui-même décors et costumes de
"My fair Lady" et de "Gigi". D'autres, comme William
Klein, Brassaï, Agnès Varda et Cartier-Bresson ont aussi
tenté avec succès l'aventure cinématographique,
quant à Karl Lagerfeld, il photographie ses propres créations.
Le nom de Roland Barthes nous vient en mémoire, bien qu’il
ne soit pas photographe, ses écrits sur ce médium ont
eu tellement d’importance, et dois-je l’avouer humblement,
le rôle éminent qu’il joua lors de ma soutenance
de thèse à l’Université de Provence fut si
encourageant, qu’il a sa place dans ce Panthéon, ne serait-ce
que pour avoir comparé la photographie aux Haïkus de la
poésie japonaise.
Dans les années 80, David Hockney nous prend tous de court en
réalisant à l'aide d'un appareil Polaroïd des composites
extrêmement complexes de paysages, de portraits, qu'il perfectionnera
plus tard avec la caméra classique. Chuck Close, se servit du
seul appareil Polaroïd de dimension humaine, en réalisant
son autoportrait à l'aide de 9 épreuves géantes.
Karel Appel utilisa pendant une période de sa vie le Polaroïd
50 x 60 cm pour réaliser des "photo-sculptures" assemblées
avec des cordes. Rauschenberg effectuera le plus grand tirage de l'histoire,
qui mesurait 100 yards et il fallut fabriquer une tireuse spéciale
pour le réaliser d'un seul tenant, et que dire de Georges Rousse
qui mêle peinture et photographie dans une même restructuration
in situ ? Mais à côté des stars de la peinture qui
utilisent la photographie, il y a celle dite "vernaculaire"
des anonymes, que les collectionneurs ont acheté sur les marchés
aux puces et ont élevé, comme l'aurait dit Cocteau "à
la dignité de servir".
Nous, les photographes, sommes conscients aujourd’hui de la possible
disparition de notre outil premier : le papier, déjà les
hologrammes considérés comme la photographie en relief,
nous ont alertés. C'est le triomphe du numérique et des
tirages au laser ou aux jets d'encre avec des garanties de pérennité
plus ou moins discutables. Sans nul doute les mêmes progrès
accomplis au XIXème siècle à pas lents, le seront
aujourd'hui pour obtenir des tirages de qualité à partir
d'images prises avec un appareil numérique ou même avec
le téléphone portable, voire avec les inventions à
venir dont je prédis la plus stupéfiante : après
avoir placé dans notre corps je ne sais quelle puce électronique
un seul clignement d'yeux et la photo sera prise !
Chers confrères de l'Académie des Sciences, tenez-vous
prêts !
Lorsque j'étais au Lycée Mistral de ma ville natale, les
magazines comme Playboy n'existaient pas et nous nous contentions de
revues naturistes qui montraient des photographies d'hommes ou de femmes
entièrement nus face à l'objectif mais totalement asexués
!
Cela me semblait une injure à la personne humaine et je promis
à mes camarades de tenter dès que possible des photographies
de NU et… de TOUT montrer. Ce que j’entamais un peu plus
tard. Il est à remarquer que peintres, sculpteurs, graveurs,
pouvaient montrer le sexe de l'homme ou de la femme, tandis que les
photographes n'en avaient pas le droit ! Lorsque je fis mes premiers
nus, il y avait en Camargue une brigade de répression du naturisme
qui sévissait sur nos plages, et je dus me mettre sous la protection
du sous-préfet pour être assuré de ne pas aller
en prison, ni de voir mes modèles inquiétées. Ces
photographies parurent en illustration de poèmes de Paul Eluard
et mon éditeur espérait bien la saisie du livre pour accéder
à la publicité. Mais rien ne vint, jusqu'à ce que
l'on apprenne l’existence d’un jugement qui stipulait :
je cite : "là où il y a la tête il ne faut
pas le poil et là où il y a le poil il ne faut pas la
tête" ! J'étais sauvé, car je ne saisissais
jamais les visages de ces charmantes collaboratrices !
Mes travaux des dernières années m'ont amené à
aller souvent dans les Musées qui détiennent des oeuvres
du XIVème au XVIIIème siècle, afin d’entreprendre
des surimpressions de tauromachies ou de nus avec des fragments de tableaux.
Et vient cette question capitale : Si le Christ n'avait pas été
crucifié, qu'y aurait-il sur les murs, les Musées seraient
vides ? Il est frappant de voir dans les œuvres peintes sur ce
thème des situations tragiques exacerbées par l’auteur
grâce aux personnes qui devaient poser pour représenter
entre autres la souffrance de la Vierge Marie ou le désespoir
de Marie Madeleine. Récemment est parue dans le Monde 2 la photographie
de Scout Tufankjian, montrant une famille de Gaza pleurant la mort d'un
des leurs. Plus de recul comme dans ces tableaux du XIVème siècle
qui ne font qu'interpréter les Evangiles, ici, c'est de l’instant
même qu’on témoigne. Et cette composition peut être
rapprochée des plus tragiques pietàs, l'attitude, l'expression,
la composition sont identiques.
Acceptera-t-on enfin d'accrocher cette bouleversante image à
côté des tableaux mythiques de Botticelli, Crivelli ou
Grünewald ? Ce serait pourtant dans la continuité de notre
histoire.
Voilà donc une bataille à mener encore, mes chers confrères.
François Arago écrivait dans son rapport de janvier 1839
"Il serait certainement hasardeux d'affirmer que les couleurs naturelles
des objets ne seront jamais reproduites dans les images photogéniques".
La couleur sera expérimentée et menée à
bien par Charles Cros, poète et physicien qui en 1869 invente
un procédé de trichromie en même temps que Louis
Ducos du Hauron : et depuis cette date, les recherches pour obtenir
des photographies en couleur n'ont cessé de se poursuivre jusqu'à
aujourd'hui avec les procédés électroniques et
notamment les jets d'encre. Charles Cros mourut jeune en 1888, et ce
sont les frères Lumière, qui en 1895, concrétisèrent
ces premières recherches en mettant au point un procédé
appelé "autochrome Lumière" dont l'élément
déterminant était ... la fécule de pomme de terre.
On sait le rôle éminent qu'ont joué ces deux frères
si étroitement associés, et votre serviteur a longtemps
tiré ses premières images en noir et blanc sur ce merveilleux
papier aux sels d'argent appelé "Lumière Elysée".
Un jour pourtant, les héritiers revendirent cette marque mondialement
connue, qui devint propriété de la Société
Ilford en Angleterre. Le nom doublement magique de "lumière"
s’éteignait. Je me souviens d'avoir écrit au Ministre
de l'Industrie pour dire mon indignation d'avoir laissé disparaître
un nom si beau, si riche d'enseignements, LUMIERE ! Ecriture avec la
lumière ! Nous perdions notre identité !
Mais l'art dans tout cela ? C’est à Albert Camus que je
me réfère lorsqu’il affirme en 1957 "…si
les formes ne sont rien sans la lumière du monde, elles ajoutent
à leur tour à cette lumière".Et John Szarkowski
d’affirmer : "Le photographe découvrit que ses images
pouvaient révéler, non seulement la clarté, mais
aussi l’obscurité des choses, et que ces photos mystérieuses
et évasives pouvaient à leur manière, paraître
ordonnées et porteuses de sens". Christian Gattinoni, professeur
à l’Ecole Nationale Supérieure de Photographie d’Arles,
dans un récent ouvrage écrit : "Pratique impure,
la Photographie s’acoquine avec les arts plastiques comme avec
le spectacle vivant pour documenter nos légendes individuelles
et collectives".
Pourquoi introduire la photographie dans cette illustre Académie
? Il est vrai qu'au début des recherches, seuls comptaient les
résultats tangibles et on se souciait fort peu du résultat
artistique. La première photographie, obtenue par Nicéphore
Niepce des toits de Chalon sur Saône, ne se trouve pas dans les
collections françaises, Helmuth Gernsheim, ayant vainement essayé
de la vendre à notre pays. Elle fait partie des collections de
l'Université d'Austin au Texas où on peut la voir en soulevant
discrètement un petit rideau sous lequel elle se cache ... à
l'abri de la lumière. De là à évoquer un
certain tableau de Courbet sur l'origine du monde et la façon
dont il était caché... Ah! Ces troublantes origines !
Serait-ce la "beauté à faire peur" dont parle
Jean Cocteau ? Cette image est désormais une icône qui
participe de l'histoire de l'Art, et nous en arrivons aux épreuves
récentes de Richard Prince qui, re-photographiant une célèbre
affiche publicitaire d'une marque de cigarettes utilisant les cow-boys
dans des paysages sauvages, redonne à l'image initiale sa liberté
d'expression.
Il serait trop long d'évoquer ici toutes les écoles de
photographie. Retenons "le moment décisif" cher à
Cartier-Bresson et "la photographie subjective" d’Otto
Steinert dans l’Allemagne des années 50, qui ont chacun
marqué le milieu du siècle, suivis plus tard par les installations
de Sophie Calle et de Boltanski, pour en arriver à l’Ecole
de Düsseldorf, où le couple Becher a formé une pléiade
d’artistes-photographes dominée par Andreas Gurski, que
prolonge en France Stéphane Couturier, ainsi que l’Ecole
de Vancouver fortement représentée par Jeff Wall. Permettez
moi de célébrer ici l’Ecole Nationale Supérieure
de Photographie d’Arles, fille légitime des Rencontres
de la Photographie fondées en I969 , qui fit partie des Grands
Projets du Président Mitterand. Elle est devenue depuis peu sous
la direction de Patrick Talbot, un Etablissement Public. Depuis plus
de 20 ans, chaque année 20 à 25 élèves,
de France et de l’étranger, en sortent diplômés.
Elle aménagera prochainement dans la nouvelle Fondation européenne
autour de la Photographie, chère à Michel Vauzelle qui
l’a inauguré la semaine dernière avec le Maire d’Arles
, sur le site des anciens ateliers SNCF, que l’on devait au poète
et homme d’Etat Lamartine, lors de sa campagne électorale
, peu après la naissance de la Photographie.
Il est toutefois une spécialité qui retient notre attention
c'est celle des reporters, ceux de la rue mais aussi de la guerre. Les
images de Robert -Bob- Capa, fondateur avec Cartier-Bresson de l’agence
Magnum en 1947, sont sans doute les plus célèbres et les
plus controversées : celle du soldat blessé à la
guerre d'Espagne que l'on a dit "truquée" et celles
du débarquement allié qui faillirent être perdues
à jamais par la faute du laborantin faisant une erreur de développement
et du coup leur a donné une aura mythique. Ces photographies
utilitaires, des chefs d'œuvre du genre, sont devenues des chefs
d'œuvre tout court. On sait que Bob Capa perdit la vie au cours
d'une mission au Vietnam, comme Gilles Caron devait disparaître
au Cambodge des années plus tard. Et je songe avec terreur que
si cette invention était née plus tôt, qui sait
s'ils n'auraient pas été brûlés vifs sur
la place publique, comme les sorciers qu'on traînait au bûcher
! Mais d’autres perdurent, Dieu merci ! Distinguons : William
Klein, Christine Spengler, Salgado, Don Mc Cullin, Depardon, Natchwey
et Luc Delahaye.
Je n’ai pas été choisi par mes pairs, mais par mes
maîtres ou leurs descendants en peinture, sculpture, gravure,
cinématographe, mode, architecture, musique, et je les en remercie
une fois encore. Les seuls photographes qui m’encouragèrent
dans ma jeunesse furent Izis, dont je salue la mémoire, et Agnès
Varda.
Ma chance fut de pouvoir séjourner pendant une semaine, à
l’âge de 22 ans, dans un "Château des merveilles"
situé près du Pont du Gard : Douglas Cooper historien
d'art et collectionneur, m’en confiait la garde pendant qu'il
s’en allait sélectionner des dessins inédits chez
Picasso. J'eus ainsi le privilège de vivre au milieu d'une collection
de tableaux cubistes unique au monde, complétée d'œuvres
de Miro, Paul Klee et Nicolas de Staël, de sculptures de César
et d'Auguste Renoir, de découvrir des livres illustrés
d’estampes de la plupart de ces maîtres, d’écouter
les compositions musicales de cette époque révolutionnaire,
vivre dans une architecture baroque et de m’être aventuré
sur l'un des plus fameux monuments romains. Bref, vous l'aurez compris,
le destin me replace 50 ans plus tard dans ce "Palais des merveilles"
qu'est l'Institut, je retrouve cette famille de cœur que j'avais
découverte en Provence, et me voici au bord de la Seine plus
calme que le Rhône et le Gardon, mais témoin de tant de
siècles d'histoire. Dans l'un de ses poèmes Saint John
Perse nous lance "Grand Age nous voici, prenez la mesure du cœur
d'homme". Le paraphrasant j'ai envie de dire : Grand Age nous voici,
prenez mesure de cette merveilleuse découverte et laissez entrer
avec nous les chantres de cet Art. Pardonnez-moi chers confrères
de vouloir pousser ces illustres colonnes, faire ouvrir bien grande
cette porte face au Pont des Arts, le bien nommé, car nous serons
nombreux je l’espère, à entrer sous cette coupole
et nous vous remercions de nous y accueillir.