Extraits de textes consacrés à Albert FERAUD
- Extraits des textes de Gérard Xuriguera, Christian Labbaye et Philippe-Gérard Chabert, catalogue de la Galerie Alos, Centre culturel de l’Art présent, Toulouse.
" Dans cette syntaxe audacieuse au lyrisme souvent agressif et tourmenté, il y a l’émotion, de la pudeur, comme une sorte d’humilité immergée dans la somptueuse arrogance des éléments. De même celui qui n’y verrait qu’un désordre esthétique éminemment organisé, aurait une vision bien limitée de cet itinéraire qui établit une harmonieuse synthèse entre le foisonnant et le dépouillé.
Il règne ici une juste cohérence, un ordre secret mais vigilant, enfin une fidélité jamais démentie à une recherche privilégiée, poursuivie avec clairvoyance et ténacité en dépit des clins d’œil de la mode."
" En ramifications nerveuses et souples, en métamorphoses heurtées, en inflexions délicates qui piègent les vibrations lumineuses, naît et croît un espace dynamique à cœur ouvert qui tend naturellement au monumental et soudain explose en proliférations végétales ou minérales. Car à travers cette poétique singulière du métal affleure une respiration tellurique qui est source de joie, de plénitude et annihile les querelles de représentation.
A la fois ample et intime, tumultueuse et retenue, l’œuvre inquiète d’Albert Féraud propage une beauté rude mais chaleureuse qui relève un dialogue authentique et fraternel avec le métal. Elle s’épanouit aujourd’hui dans une verve inventive sans cesse renouvelée qui témoigne de son ambition".
Gérard Xuriguera
" Contradiction entre la rigidité, la fermeté tranquille du matériau et la légèreté souple que le travail du sculpteur lui imprime. Féraud prend un tube à terre et se dirige vers la plieuse. " Regarde… ". La pièce posée dans la rainure se soulève, se redresse, vit sous la pression du coin d’acier qui descend lentement. Attentif soudain, Féraud la retourne, guide l’imprévisible destin de ce qu’il tient, recommence avec des découpes feuilletées qui s’écartent en éventail. "
" Gestes combien de fois répétés… "
" Je sais où je vais, mais je pars de hasards, des hasards que le matériau me propose. Tu sais, je n’assemble pas des éléments industriels. Chaque pièce a ses réactions. La tige, la plaque ou le copeau produit son espace, qu’il faut intégrer dans un espace différent. "
" Ainsi vont les choses, le métal pressé, roulé, enroulé, détourné, assoupli, domestiqué, s’organise (je dirais presque seul, tant le sentiment de liberté qu’il produit est trompeur), dans un jaillissement proliférant, une sorte d’explosion silencieuse.
Le rythme naît d’un extraordinaire sens des articulations, comme un tempo de jazz, un chorus éclaté ".
Christian Labbaye
" Réalisés en acier inoxydable, les fontaines d’Albert Féraud (à Loudun, à Conflans-Sainte-Honorine, à Vitry-sur-Seine, à Tours, à Amboise), ses chandeliers et aussi des " signaux " dont un des plus monumentaux constitue la Porte du Soleil, prélude pour le « Poème de l’Espace » du plateau d’Assy, perpétuent les notions de naissance, de flux vital et d’infini ".
" Le Feu et l’Eau suggèrent aussi l’Air et la Terre. Dans son jaillissement, la sculpture d’Albert Féraud, grouillante, ondulante, vibrante et frémissante, semble née de la terre ou de l’eau pour s’épanouir en une forme monumentale. Le prolongement de ses forces directrices redéfinit la notion d’espace, tout en transmettant des sensations de vie ".
Philippe-Gérard ChabertExtraits des textes de Geneviève Testanière, Conservateur des Musée du Havre, et de Raoul-Jean Moulin, pour le catalogue 83 de la Bibliothèque Louis Aragon, Centre culturel et Ville de Bagneux.
" En partant d’une recherche formelle, Féraud a redécouvert les rythmes essentiels de la nature, de telle sorte que les plus tourmentées de ses arabesques ne sont jamais gratuites ni décoratives, elles ont la force et la nécessité du monde végétal : emportées par un grand souffle baroque tempéré par un sens constant de l’équilibre et du monumental, elles nous restituent la vie dense des fonds marins. Et là n’est pas le moindre des paradoxes de l’œuvre de Féraud : avoir fait de l’acier inoxydable, le plus glacé, le plus aseptisé des métaux, le véhicule d’une sensualité ouverte à toutes les formes de vie ".
Geneviève Testanière" Toute sculpture de Féraud se dessine dans un mouvement ascensionnel, qui multiplie, inverse, modifie les ruptures et les variations de croissance, leur fréquence de reproduction.
Elle s’érige par froissement et par plissement du métal, clôturant et délivrant des vides, découpant de béantes ouvertures dans la torsion et l’entrelacement des surfaces, dans la constante ductilité de leur ligne aux accélérations soudaines.
La soudure, utilisée en tant que mode d’assemblage, devient alors l’outil des rapports de liaison et d’interaction entre les tensions contraires, dont l’ordre impulse une mise en forme dialectique des contradictions de l’espace travaillé par le sculpteur, un changement d’état de la matière dans son processus de flamboyance baroque.
Derrière la visière protectrice de son casque moitié masque nègre, moitié heaume de chevalier, le regard d’Albert Féraud demeure à l’œuvre : dans la lumière aveuglante de l’arc, il explore le lieu des métamorphoses. D’une main, il porte l’illumination du feu dans la jungle de l’acier ; de l’autre, il plante l’électrode à l’endroit précis où s’opère la fusion des règnes. Syntaxe stratégique du travail de sculpture, élaborant la texture de sa poétique à partir d’une approbation des données industrielles de notre époque, à seule fin de leur donner un autre sens dans notre vie, une fonction sémantiquement et socialement neuve qui dépasse nos pratiques répertoriées du réel. "
Raoul-Jean Moulin
Extrait des textes de Serge Hélias, pour le catalogue de l’exposition à la Maison des Congrès et de la Culture de la Ville de Clermont-Ferrand."Albert Féraud dessine. Il dessine la forme, il sculpte l'espace. Il cerne les vides, un trait de mille traits, acérés ou souples, à sa guise le volume se créé. Je vis depuis des années avec un Féraud alors, je sais.
"Chez lui il y a l'oeil. Plus que ses mains qui soupèsent et trient. Plus que ses machines-outils qui cisaillent, frappent, soudent, c'est son oeil qui fait tout, qui organise ces stuctures incisives ou tendres, qui tour à tour s'élancent vers le ciel, se mélangent aux eau vives, s'élance aux arbres, rampent aux pieds des plantes, des fleurs.
"Son regard interroge... La manière inerte encore, en copeaux, en plaques, en tuyaux... il choisit, et puis, tout commence, un pas, un geste. Tout se monte, se construit. En dehors de lui... ou presque, à un point tel que je ne serais pas étonné si ses mains restaient dans ses poches
"Il y a en lui, beaucoup de mer et du ciel.
Un bout de tube, tuyau d'orgue, une lame flexible... puis deux, trois... cent... cent et une et le feu qui fouaille le métal, le transforme, le Transcende. Une vie naît.
D'espace en espace ce crée un espace différent."
Serge Hélias