Discours de Mme Brigitte TERZIEV
dans la séance de l'Académie des
Beaux-Arts
Mercredi 12 mars 2008
Messieurs les Présidents,
Monsieur le Secrétaire perpétuel,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames les Conseillers,
Chers confrères,
Mesdames, Messieurs,
Je vous remercie pour l’honneur que vous me faites
et je tiens aussi à remercier Claude Abeille pour sa présentation
sensible et très généreuse.
J’aimerais, si vous le voulez bien, partager ce fauteuil avec
le souvenir de mon père, le sculpteur Jean Terzief, qui, j’en
suis convaincue, aurait été très fier de me savoir
parmi vous.
Son métier qui est devenu le mien, m’a permis dès
l’enfance, l’évasion du regard, la sensation que
le monde n’est pas en partage entre le réel et le fictif,
mais qu’il est un seul univers à l’accès multiple
de par sa position et le champs de vision que l’on s’octroie,
lui-même apportant épaisseur, couleur et espace interne.
Je suis née dans une famille d’artistes. Mon père
slave assez bohème, ma mère très française
peintre et musicienne.
Parents contrastés dans leur culture mais unis dans leur vision
d’un monde solaire.
J’ai grandi dans l’enchantement baroque d’un monde
chargé d’imaginaire où l’espace physique n’avait
d’importance que par l’histoire, l’événement
qui nous reliait ou nous séparait. Celui de ma mère :
son piano. Celui de mon père : la pierre qu’il sculptait
et chaque enfant leur propre invention en opposition avec l’étroitesse
de l’espace que nous partagions.
Sous l’outil du sculpteur, la gradine, mordant de ses dents acérées
le bloc de pierre, je voyais se découvrir, jour après
jour, une épaule, une cuisse, un sein, tout un corps de femme
par la main experte de mon père qui criait et jurait souvent
quand le bruit familial l’empêchait de se concentrer.
Honte, j’avais honte de notre lieu où des inventions semblables,
inconnues probablement ailleurs, puissent être vues. Peur, qu’une
petite camarade d’école ne le répète. Aucune
d’elles ne devait venir chez moi pour découvrir le pot
aux roses. Mais malgré cette crainte, c’était aussi
pour moi, inconsciemment, le besoin de garder secret un monde qui ne
pouvait vivre que dans cette autarcie où fleurissait de mes émotions
enfantines la possibilité d’être toujours dans l’invention
acceptée.
Faire ses devoirs, apprendre ses leçons, à la maison,
je n’avais pas le temps. Il fallait me laisser envahir chaque
soir, après une dure journée d’école primaire,
par cette apesanteur : la magie du piano de ma mère et les femmes
nues de mon père. Parfois il chantait aussi, ou bien ils s’accompagnaient
tous les deux en concert.
Alors, les devoirs, vous pensez… Mes résultats scolaires
à l’école primaire furent un choc brutal. Quel fossé
entre le monde merveilleux que nous pouvions inventer chaque soir et
la réalité extérieure, implacable !
C’était une époque où, malgré
la fin des bombardements, nous gardions encore dans la chair, les blessures
du désastre. La pauvreté des gens, la lassitude du regard
de la rue, le manque de chauffage et de viande ne nous empêchaient
pas de grandir, nous les enfants, comme de la mauvaise herbe, avec un
appétit féroce pour le moindre croûton de pain.
Tout l’immeuble où nous vivions était
habité par des artistes. C’est pourquoi nous avions le
professeur de piano au-dessus de notre étage qui nous donnait
à mes sœurs et moi des leçons et pouvait malheureusement
très bien entendre quand j’étudiais mon morceau
de Diabelli, c’est à dire juste avant le cours…
Nous avions aussi le professeur de danse qui donnait
ses cours à l’extérieur, le visage grave et penché
de côté, très inspiré par Martha Graham.
Et puis, il y avait un couple d’Espagnols qui avaient fui le franquisme
pour se retrouver à nouveau dans la guerre, la nôtre celle-là.
Lui aussi sculpteur , il tapait sur son marbre au 6ème étage.
J’allais souvent le voir car il y avait promesse de chocolat espagnol
au goût de caramel. L’ennui, c’est qu’en retour
de ce cadeau, il me demandait, en riant, si j’aimais ses sculptures
: des femmes qui avaient des cuisses sans jambes et qui se terminaient
en pointe… Je baissais la tête et préférais
caresser son chat noir. Cet excellent sculpteur était Baltazar
Lobo, fils spirituel de Laurens.
Mon père trouvant enfin un atelier, la maison
magique devint plus calme. Mais le plus important était fait.
En grandissant de cette enfance, je pensais que je serais marquée
à vie par la difficulté de trouver mon chemin dans la
rue. Le creuset, le noyau central, serait comme le souterrain dans le
monde d’Alice où la réalité serait réinventée
dans un lieu clos.
Mon père guidait ma main dans un monde différent
où le muet, l’opaque, le lourd, l’encombrant m’apprenaient
que la réalité est beaucoup plus vaste, que la matière
créait la lumière, la dimension invente l’espace
et qu’une musique singulière s’insère dans
une œuvre à l’instant où le regard s’y
pose.
Il est dit en psychanalyse l’importance de tuer
le père pour se construire: qu’aurait pensé Freud
de ma situation alors, sculpteur fille de sculpteur lui-même.
Fils de ciseleur d’icône ? Cherchons la faille. .. La voilà
: il y a peut-être une autre façon d’affirmer sa
différence… Au lieu de vivre sur un meurtre, gardons la
structure de base, en prolongeant la maison sur pilotis ; le père
garde ses empreintes et laisse à sa descendance la liberté
de prolonger la demeure comme bon lui semble. Ainsi la vie engendre
la vie et ceux qui sont morts sont encore parmi nous.
Etre anachronique sans être rétrograde,
avoir une vision personnelle sans le clamer à tue-tête
de peur que cette particularité ne s’émousse en
un mouvement de groupe, permettre à l’individu de s’exprimer
seul avec ce que cela comporte de risque, donner à l’art
des courants variés et démocratiques. De toute façon,
il y aura drainage et transmission : par le doute, les blessures, la
mauvaise humeur et la persévérance : concentrés
de résonance face à l’énigme de ce que l’on
ressent.
A travers la tragédie, il y a une proposition,
une grâce sous-jacente qui fait basculer la cacophonie en une
douloureuse beauté. Cette voix profonde, c’est peut-être
l’élan vital qui donne la possibilité de se toucher
et de se reconnaître, comme des aveugles devant l’inconnu.
N’est-ce pas cela l’expression artistique ?
Tous les grands artistes, de différentes disciplines, tels Picasso,
Stravinsky, Artaud, Bataille,
Et combien d’autres, ont bu à la source de ce sang régénérateur,
en affrontant les barrières, les notions trop apprises du bien
et du mal et tels des chimistes, en ont disséqué les éléments,
reconnaissant leur saveur particulière, et dosé la composition
pour en faire une force triomphante. Une sorte de symphonie, pour une
fête païenne. L’art africain nous a beaucoup appris
sur cette densité créatrice.
Dans la culture tribale africaine, l’esprit est à l’intérieur
du corps et intercepte les forces invisibles qui s’en approchent,
pour prendre acte de la réciprocité des énergies
pernicieuses ou bénéfiques et transmettre au réel
les formes de la communication souterraine.
Le corps toujours le premier, en catharsis, exprime l’invisible,
sa soif de relation avec les éléments où des forces
contraires tentent une accroche dans un rythme syncopé.
C’est par le sang, les scarifications, la danse,
la sculpture totémique, la dynamique incantatoire et le sacrifice
animal que s’exercent, au moment des funérailles, des actes
collectifs qui engagent la transcendance. Le besoin de toucher l’inaccessible
ouvre sans le vouloir à l’expression artistique.
Parfois, c’est en cérémonie secrète
que les membres d’une tribu sollicitent les esprits et par la
puissance de leur transe, envahissent un espace intérieur pour
un contact plus direct avec le secret, l’énigme qui les
submerge.
C’est en aiguisant le don de perception par tous les sens du corps,
en cherchant une approche d’intégration des forces obscures
incontrôlables autrement, qu’ils stimulent la faculté
créatrice, la liberté d’expression et atteignent
l’acte artistique sans que cela soit leur but final. Leur principal
intérêt, c’est la maîtrise du corps pour saisir
les forces occultes.
La grande majorité des artistes du XXe siècle s’en
sont nourris.
Je pense à la grande Germaine Richier qui a su si bien recréer
cette métamorphose du vivant : l’homme, ce magma directement
pris dans la roche, l’oiseau mi-rapace, mi-hachure de feuille,
la fourmi au corps de femme et l’eau mi-seau mi-femme.
Tout est façonné sans scrupule pour la supériorité
de l’homme sur l’animal ; pas d’allégorie,
pas de symbolisme, mais imprégnation par tous les composants
dont sont faits l’être humain et la Nature. Ventre, armure,
bateau, nuit, orage. Tout est mélangé, trituré
pour cette apocalypse ou cette fête terrienne.
Chez Henry Moore, le trou, le morcellement, le découpage
en profil aigu lui apporte la réinvention de l’espace :
espace interne, protecteur, volé par la sculpture elle-même
ou en partage avec l’extérieur, il ouvre la lumière
à ces éléments et révèle à
l’ensemble une harmonie, une tonicité qui exclut toute
morbidité.
Pour Alberto Giacometti, tout est différent. Ce n’est pas
l’extension, mais la vie recentrée presque en un point
dans l’univers. Ce point est ténu, l’existant est
un signe, une trace, évidée de son poids.
Cet artiste trop souvent imité de manière facile, a été
beaucoup moins compris dans son message. Sans anecdote, ni misérabilisme,
il restitue paradoxalement à la carcasse humaine une densité
pharaonique. Là aussi, ce n’est pas la mort qui est au
centre du squelette, mais bien plutôt un signe de vie intemporel,
dans la structure essentielle du corps, ce qui apporte une vision tout
à fait personnelle et contraire au tabou occidental sur la symbolique
de la mort.
J’en arrive maintenant à ma situation
présente devant vous : ce siège créé n’est-il
pas transparent ? Dans le cadre de cette assise n’y a-t-il pas
un nombre incalculable de fauteuils possibles ? Si l’on offre
de m’y asseoir, il faudrait savoir quelle mémoire, quelle
empreinte y laisser ? Parler de soi, c’est aussi parler de l’autre
et faire travailler l’imaginaire de l’autre pour sa propre
histoire. Elle n’est jamais créée de toutes pièces.
Je dois la recentrer dans un espace, une mesure.
En comparant tous les styles des époques, la
nôtre tend à se rapprocher du virtuel, un peu comme l’architecture
contemporaine : un matériau translucide permettant de voir la
personne en angle droit ou légèrement placée vers
l’arrière. Je dirais avec un peu d’humour, que la
position assise peut-être fragilisée par un confort trompeur.
En langage surréaliste, c’est l’ombre chinoise et
l’ombre portée qui permet l’équilibre.
Dans les sculptures de mon talentueux confrère, Claude Abeille,
c’est plutôt l’ombre de la personne qui se projette
dans le modelage du vêtement. Comme les rides sur la peau, les
plis de l’habit restituent l’esprit d’un individu,
son caractère, sa déambulation et son interrogation vitale.
Peut-on parler là de souffle qui prend forme ?
Cet intérêt pour l’empreinte des éléments
qui composent une personne, on le retrouve chez Claude Mary qui, avec
une grande exigence, privilégie souvent le travail en plâtre,
matériau sobre et fragile, pour y inscrire cette interrogation
dans une empreinte, si particulière à sa recherche, presque
monacale.
Le sculpteur Robert Couturier qui fut pour Claude Abeille
et moi notre professeur aux Beaux-arts, nous a appris que l’ennui
est la pire des maladies, que la répétition dans les
Masses est dangereuse et que l’aspect ludique doit être
sous-jacent.
Ses sculptures le prouvent. Il butine le corps féminin en choisissant
ce qui le distrait. Pourquoi modeler deux seins quand un seul met un
accent parfait ? L’harmonie se retrouve justement dans ce déséquilibre.
Pour lui la forme se joue du sens, sans le détruire, cette légèreté
apparente est pleine d’humour et de talent. Je ressens entre ce
sculpteur et, à une autre époque, le musicien Eric Satie,
une certaine correspondance.
A travers l’articulation de la sculpture, j’aimerais
vous parler du mobile déclencheur d’une oeuvre d’art.
Mais derrière le miroir, raconter le balbutiement qui conduit
à la création peut constituer une introspection difficile.
Cet état sauvage, intime de gestation, est-ce un courant d’air
? l’ennui ? Le passé qui gémit aux ras des portes
?
La douloureuse odeur de chaque chambre d’une maison abandonnée,
qui donne envie de détrousser les lits pour en faire revenir
les occupants ?
Est-ce un repas où des hommes, le sourire aux lèvres,
s’entretuent à coups de mots ?
Est-ce la vision d’une cathédrale si grandiose que le besoin
d’imprimer sa force nous réveille, la nuit, pour aller
chercher un bout de terre et dialoguer avec elle, cette immense architecture,
qui malgré les siècles reste imprenable. Puis-je me confronter
à sa démesure ?
Revenir à son état d’enfant démuni
qui, bloc par bloc, entame un processus de restructuration du chaos
en architecture du vécu ?
Est-ce le besoin de recentrer les éléments d’un
jeu d’échecs ? Théâtraliser, créer
l’événement d’une faille, d’une entrave
?
Stabiliser sa défense face à un adversaire invisible,
toujours celui-ci, cet état, ce mirage qui par moments s’échappe
et nous laisse perdu, mais qui, Oh miracle ! soit par un rêve,
une lumière, un je ne sais quoi à la fin d’une journée,
nous ramène au bac à terre pour pétrir à
nouveau quelque chose à tâtons.
Mais encore, me direz-vous, pourquoi la sculpture ?
Pourquoi pas la danse ?
Oui, c’est sûr, la danse exprime en direct les émotions
du corps ici et maintenant. Mais peut-elle retenir dans le temps ce
que l’on veut exprimer?
Fugace, le mouvement disparaît comme l’empreinte d’un
pied sur le sable.
Faut-il analyser ce qui surgit, s’impose à vous ?
Cette concrétisation du souffle que l’on peut dissoudre
à tout moment par incompétence ?
Pourquoi ne pas analyser également notre sommeil ou la manière
dont on marche ou le rythme de notre respiration, ou les personnes rencontrées
la veille et qui semblent différentes le lendemain ?
Moissonneurs du concret : la terre, le fer, les armatures, sont les
éléments qui structurent la statue !
Et le silence, c’est prodigieux ! Il coule sur la forme, il remplit
l’espace et renforce l’équilibre. C’est peut-être
lui, le véritable matériau de base, opaque ou léger,
c’est selon.
De même, une solitude incontournable qui prend
de plein fouet toutes les verticales ; alors je porte des coups de marteau
devant, derrière, je manipule la terre, je la violente comme
pour lui faire avouer son crime… ou tenter de l’exorciser.
Avec le temps, la transition s’opère.
Des ombres prennent de la hauteur, envahissent les statues. Portefaix
de la pression du lieu, elles voyagent dans la douleur d’être
debout et le plaisir de dominer la peur. Etres évidés
de leur substance, ils surgissent, résistent, s’imposent
dans le chaos, deviennent phénix ou mutants. Le signe d’une
pensée qui échappe à elle-même, se fait présence
et module son développement pesant.
Docteurs de l’inconscient, ils acheminent l’enfant-momie
vers le corps glorieux de leur mémoire. Cariatides du désespoir,
ils soutiennent l’inconsolable par un chant de basse.
Venues du fond des âges, entraînant dans leur berceuse,
toute l’artillerie de nos vengeances qui renforce le timbre mâle
de leur voix.
Avec panache, ces statues-caméléons cherchent
dans le regard de l’autre la sculpture de leur désir. Intentions
inavouables, difficiles à décrypter, elles restituent
ce que nous ne pouvons analyser : le mouvement dense, invisible de notre
être.
En soldats rigoureux, ils écrasent les scories
et ne gardent sur leur corps que les faits d’arme où la
douleur elle-même s’est inscrite en victoire. La métaphore
est là pour étrangler la béance de la mort en symbolique
de la camarde et permet de se confronter activement à un monstre
plutôt que de rester sans voix devant la figure du naufrage.
Une sculpture charge et récupère l’essence
de ce qu’elle capte, devient mouvement interne cristallisé,
synthétisé pourrait-on dire.
Celui qui regarde la statue prend conscience ou non
de son état et s’il y a transmission possible, il devient
l’acteur principal de ce qui lui a été renvoyé.
A travers le corps-statue, il y a un autre corps, non admis et plus
insistant. Je mettrais cela en parallèle avec la grande singularité
que l’on retrouve dans le théâtre Nô.
A l’encontre d’une interprétation trop illustrative,
l’acteur japonais se met dans un état de vide intérieur,
ce qu’il nomme le « ma », pour lui permettre de recevoir
ou de capter avec plus d’authenticité la force du jeu.
Décor sombre, claquement de bâtons saccadés
et voix d’outre tombe aident à faire ressortir de l’ombre
et du temps. La figure magnétique : l’intervenant, attendu,
espéré et pourtant redouté : le spectre.
Il y a dans cette forme de fascination la puissance de l’inconnu,
du secret qui, à travers l’histoire des civilisations,
se perpétue.
Imprégnée de formes différentes suivant les cultures,
cette permanence, cette soif de l’intemporel sur l’instant,
cette pression, nous permet de nous confronter avec l’invisible
et par la frayeur, prendre conscience de sa propre existence.
La tonicité de ces petits bâtons du théâtre
Nô, qui martèlent les blessures, font revenir les auteurs
flottants de notre inconscient qui jongle dans la tourmente, dans l’orgueil,
dans la rage, ce souffle qui gémit toujours sous la porte et
nous émerveille par son intensité, cette jubilation pour
rentrer en contact avec les éléments du jeu, reconnaître
leur pouvoir et créer des incidences.
C’est la cadence intime, profonde, généreuse
qui explose à la lumière. Il y a un rythme interne qui
nous est propre en chacun de nous ; il faut pouvoir tendre l’oreille,
faire du sur-place, trouver le tempo et s’engager dans le mouvement.
Etre amoureux de la complexité de notre condition humaine, face
à la beauté de l’existence est de ce qui nous est
donné en cadeau : la folie artistique.
Cette explosion de liberté que l’on pourrait tous atteindre
si nous avions la possibilité de pouvoir toucher, écouter
et reconnaître les composants extraordinaires de la vie et se
confondre avec elle, en symbiose, pourrait-on dire.
Tout acte artistique devient fortuit s’il n’est
pas porteur de signe. L’œuvre désire l’immortalité
; cela vient de son adjonction à la vie qu’elle capte à
sa source et projette vers l’avant. La force du vécu tend
vers une soif de permanence.
L’empreinte d’une œuvre s’inscrit
dans le temps et cela ne me semble pas une valeur obsolète. Mais
elle doit rester une proposition, une interrogation, un jeu en quelque
sorte.
En ce début du XXIe siècle, l’apport extraordinaire
des moyens techniques ouvre de nouveaux univers créatifs et un
renouvellement des formes. Mais la dérive qui peut s’insérer
dans une surabondance technique, c’est le retrait total du corps.
Quand je parle de corps, je veux dire densité du vivant, respiration
des éléments venue de l’homme vers une expansion
plurielle. Macabre en deviendrait l’objet, sans âme, comme
le veau d’or de la spéculation.
L’art est lui-même une sorte de fiction, une notion où
la pierre d’achoppement reste l’inaccessible. Dans un antagonisme
profond, il exige de nous ce que nous ne pouvons percevoir nous-même.
La ligne d’horizon en permanence observée, toujours en
veille, toujours en guerre, on attend l’intervenant dramatique
ou fusionnel d’une armée imaginaire.
Voilà ce que j’ai tenté de vous
exprimer sur ce marmonnement intérieur qu’est la création,
avec désordre certainement, mais en espérant vous communiquer
l’intérêt de mes curiosités.
Merci pour votre présence, merci de m’avoir
écoutée.